Les protéines, faisons le point

Avec les glucides et les lipides, les protéines forment le trio des macronutriments essentiels. Mais à la différence des deux autres, elles ne servent pas qu’à fournir de l’énergie : elles construisent nos muscles, nos enzymes, nos hormones, nos anticorps — et même nos neurotransmetteurs. L’ANSES recommande aujourd’hui un apport de 0,83 g/kg/jour chez l’adulte en bonne santé, soit 10 à 20 % de l’apport énergétique total. Pourtant, les questions se multiplient au comptoir : faut-il manger plus de protéines en vieillissant ? Les poudres protéinées sont-elles dangereuses ? La créatine est-elle sûre ? Et surtout, quel est ce lien méconnu entre protéines, micronutriments et équilibre psychique ? Tour d’horizon complet, des recommandations officielles aux applications micronutritionnelles les plus pointues.

1. Que sont les protéines ?

Les protéines constituent, avec les glucides et les lipides, l’une des trois grandes familles de macronutriments. Elles sont fabriquées par notre organisme à partir des acides aminés. Sur les centaines d’acides aminés existants, seuls 20 sont utilisés pour synthétiser les protéines de notre corps. On les qualifie pour cette raison d’« acides aminés protéogènes ».

Acides aminés indispensables et non indispensables

Parmi ces 20 acides aminés :

  • 11 peuvent être synthétisés par notre organisme (alanine, glycine, sérine, etc.) ; on les dit « non indispensables ».
  • 9 doivent obligatoirement être apportés par l’alimentation car le corps ne les fabrique pas en quantité suffisante. Ce sont les acides aminés indispensables : histidine, isoleucine, leucine, lysine, méthionine, phénylalanine, thréonine, tryptophane et valine.

ℹ️ La notion de « protéine complète »

Une protéine est dite complète lorsqu’elle contient les 9 acides aminés indispensables en proportions équilibrées. C’est généralement le cas des protéines animales (œuf, lait, viande, poisson) ainsi que de quelques protéines végétales remarquables : soja, quinoa, sarrasin, amarante, chia, spiruline. La plupart des protéines végétales présentent en revanche un acide aminé « limitant » (lysine pauvre dans les céréales, méthionine pauvre dans les légumineuses), ce qui justifie de varier les sources.

2. Quels sont leurs rôles dans l’organisme ?

Les protéines sont impliquées dans la quasi-totalité des fonctions vitales. On distingue classiquement deux grandes catégories de rôles : structurels et fonctionnels.

Une fonction structurale

Les protéines participent au renouvellement permanent des tissus : muscles, peau, cheveux, ongles, poils, matrice osseuse, tendons, cartilages. Le collagène — protéine la plus abondante du corps humain — représente à lui seul environ 30 % des protéines totales et structure la peau, les os, les vaisseaux et les articulations.

Des fonctions physiologiques majeures

Les protéines interviennent dans une multitude de processus biologiques :

Type de protéine Exemples Fonction
Enzymes Amylase, lipase, protéase Catalyseurs des réactions métaboliques
Transporteurs Hémoglobine, albumine, transferrine Transport de l’oxygène, du fer, des hormones
Hormones Insuline, glucagon, hormone de croissance Régulation métabolique
Anticorps Immunoglobulines (IgG, IgA, IgM) Réponse immunitaire
Récepteurs Récepteurs hormonaux et neuromédiateurs Transmission des signaux cellulaires
Structure Collagène, kératine, élastine, actine, myosine Soutien tissulaire, contraction musculaire
Coagulation Fibrinogène, facteurs de coagulation Hémostase

🔑 À retenir

Contrairement aux glucides et aux lipides, l’organisme ne stocke pas les protéines. Les acides aminés en excès sont oxydés (production d’énergie) ou convertis en glucose ou en lipides. Cela explique pourquoi un apport régulier et quotidien est nécessaire — et pourquoi consommer 200 g de protéines en un seul repas n’a pas d’intérêt.

3. Où trouve-t-on des protéines ?

Les sources alimentaires de protéines se répartissent en deux grandes catégories : les protéines animales et les protéines végétales.

Les principales sources animales

  • Viandes (bœuf, volaille, porc, agneau) : 18 à 30 g de protéines/100 g
  • Poissons et fruits de mer : 18 à 25 g/100 g
  • Œufs : 12 à 13 g/100 g (un œuf moyen ≈ 6-7 g)
  • Produits laitiers : 3 à 4 g/100 g pour le lait, 5 à 10 g pour les yaourts, 15 à 30 g pour les fromages affinés

Les principales sources végétales

  • Légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots, fèves) : 7 à 10 g/100 g cuites, 20 à 25 g sèches
  • Soja et dérivés (tofu, tempeh, edamame) : 8 à 20 g/100 g — protéines complètes
  • Céréales (blé, avoine, riz complet, sarrasin, quinoa) : 7 à 14 g/100 g
  • Oléagineux (amandes, noix, noisettes, pistaches, graines de courge ou de tournesol) : 15 à 30 g/100 g
  • Pseudo-céréales (quinoa, amarante, sarrasin) : 12 à 14 g/100 g — profil d’acides aminés équilibré
  • Algues et spiruline : 50 à 70 g/100 g sec, mais consommées en très petites quantités

ℹ️ Pour aller plus loin

La table Ciqual de l’ANSES recense la composition nutritionnelle détaillée de plus de 3 000 aliments consommés en France, avec la teneur exacte en protéines, en chaque acide aminé, en vitamines et en minéraux. C’est l’outil de référence pour les professionnels et les patients curieux.

4. Protéines animales vs végétales : quelles différences ?

Le débat entre protéines animales et végétales est aujourd’hui largement médiatisé. La position de l’ANSES est nuancée : les deux sources peuvent contribuer à une alimentation équilibrée, mais elles présentent des spécificités à connaître.

Critère Protéines animales Protéines végétales
Teneur en acides aminés indispensables Élevée et équilibrée Variable, souvent un acide aminé limitant
Digestibilité 95 à 100 % 70 à 95 % selon l’aliment et la cuisson
Apports associés Fer héminique, vitamine B12, zinc, calcium (laitages) Fibres, polyphénols, magnésium, fer non héminique
Acides gras saturés Souvent élevés (sauf poisson, blanc d’œuf) Faibles (oléagineux : insaturés)
Impact environnemental Plus élevé (émissions GES, ressources) Plus faible

Le mythe de la « combinaison céréale + légumineuse »

Une idée reçue tenace veut qu’il faille systématiquement associer céréales et légumineuses au cours d’un même repas pour obtenir une protéine « complète ». L’ANSES a tranché : cette association systématique au sein du même repas n’est pas nécessaire dès lors que l’alimentation reste diversifiée sur la journée et la semaine. L’organisme dispose en effet d’un pool d’acides aminés permettant les complémentarités à distance.

🔑 Le point de l’ANSES

En France, les apports énergétiques et protéiques de la population générale atteignent les références nutritionnelles. Aucune carence en protéines n’est à redouter dès lors que les sources sont diversifiées — y compris dans les régimes végétariens bien construits.

5. Quels apports recommandés selon les profils ?

Les références nutritionnelles établies par l’ANSES sont les suivantes :

  • Adulte en bonne santé : 0,83 g/kg/jour (référence nutritionnelle, 2007), soit 10 à 20 % de l’apport énergétique total (recommandation 2016)
  • Aucune limite supérieure de sécurité n’a pu être définie par l’ANSES par manque de données, mais l’AFSSA a fixé un seuil pratique de prudence à 2,2 g/kg/jour

Tableau des besoins par population

Profil Apport recommandé Justification
Adulte sédentaire 0,83 g/kg/j Renouvellement tissulaire de base
Personne âgée (> 65 ans) 1 à 1,2 g/kg/j Lutte contre la sarcopénie, résistance anabolique
Personne âgée dénutrie ou agressée 1,2 à 1,5 g/kg/j Cicatrisation, infection, hospitalisation
Femme enceinte (2ᵉ-3ᵉ trim.) + 1 à 25 g/j supplémentaires Croissance fœtale, placenta
Femme allaitante + 19 g/j environ Production lactée
Enfant (1-3 ans) ≈ 0,9 g/kg/j Croissance
Adolescent 0,85 à 1 g/kg/j Croissance, développement musculaire
Sportif d’endurance 1,2 à 1,4 g/kg/j Réparation tissulaire
Sportif de force / musculation 1,6 à 2 g/kg/j Synthèse protéique musculaire

ℹ️ Le concept de « résistance anabolique » chez le sujet âgé

Avec l’âge, l’efficacité de la synthèse protéique musculaire diminue : à dose égale d’acides aminés ingérée, le muscle âgé en intègre moins. Ce phénomène, appelé résistance anabolique, justifie d’augmenter les apports chez le sujet âgé. La stratégie dite de « nutrition pulsée » consiste à concentrer 80 % des apports protéiques en un seul repas (souvent le déjeuner), pour saturer l’extraction splanchnique et améliorer la biodisponibilité musculaire des acides aminés.

Et la répartition dans la journée ?

La synthèse protéique musculaire est optimale lorsque chaque repas apporte au moins 25 à 30 g de protéines de bonne qualité, soit environ 0,4 g/kg/repas. En pratique, beaucoup de Français consomment trop peu de protéines au petit-déjeuner (souvent < 10 g) et concentrent leurs apports au dîner. Rééquilibrer les apports sur les trois repas optimise l’utilisation des acides aminés.

6. Protéines et neuromodulation : le lien micronutritionnel

C’est ici que la nutrition rejoint la psychiatrie et la neurologie. Les acides aminés ne servent pas qu’à fabriquer des muscles : ils sont les précurseurs directs de la quasi-totalité des neurotransmetteurs. Comprendre ce lien permet d’éclairer une part importante des troubles de l’humeur, du sommeil et de la concentration que l’on rencontre au comptoir.

Les acides aminés, briques des neurotransmetteurs

La synthèse de chaque neurotransmetteur suit une chaîne enzymatique précise, qui nécessite à la fois l’acide aminé précurseur et un cortège de cofacteurs micronutritionnels (vitamines et minéraux). Si l’un manque, la synthèse est ralentie ou bloquée.

Acide aminé Neurotransmetteur produit Fonction principale Cofacteurs nécessaires
Tryptophane Sérotonine → Mélatonine Humeur, sommeil, satiété Vit. B6, B9, B12, Zinc, Magnésium, Fer
Tyrosine (issue de la phénylalanine) Dopamine → Noradrénaline → Adrénaline Motivation, vigilance, concentration Vit. B6, Cuivre, Vit. C, Fer
Glutamine / Glutamate GABA Détente, inhibition neuronale Vit. B6
Méthionine SAMe (S-adénosylméthionine) Méthylation, soutien de l’humeur Vit. B9, B12
Choline / Sérine Acétylcholine Mémoire, fonctions cognitives Vit. B5
Histidine Histamine Éveil, immunité Vit. B6

🔑 Point praticien majeur

Un patient déprimé, anxieux ou souffrant de troubles du sommeil peut présenter un déficit fonctionnel en cofacteurs (fer bas, vitamine B6 insuffisante, magnésium intracellulaire bas) qui bloque la synthèse de sérotonine — indépendamment de tout diagnostic psychiatrique.

C’est tout l’intérêt de l’approche micronutritionnelle : avant (ou en complément) d’une prise en charge médicamenteuse, restaurer les substrats biochimiques nécessaires à la production des neuromédiateurs. Un bilan biologique orienté (ferritine, vitamine B6 érythrocytaire, B9, B12, magnésium érythrocytaire, zinc) peut révéler des terrains carencés silencieux.

Implications cliniques concrètes

  • Insomnie d’endormissement : penser au tryptophane (œuf, banane, dinde, légumineuses) le soir, et vérifier le statut en magnésium et en B6.
  • Fatigue matinale, manque de motivation : la tyrosine au petit-déjeuner (œufs, fromage, amandes) avec le fer (ferritine basse fréquente chez la femme) et la vitamine C peut aider.
  • Troubles anxieux, hyperréactivité : la glutamine et le GABA s’appuient sur la vitamine B6 et le magnésium ; les régimes carencés en protéines végétales variées peuvent fragiliser cet axe.
  • Brouillard mental, troubles cognitifs : explorer la méthylation (B9, B12, méthionine) et la voie cholinergique.

👨‍⚕️ Conseil de comptoir

Avant de conseiller un complément à base de tryptophane ou de tyrosine seul, il est souvent plus pertinent de vérifier d’abord le terrain micronutritionnel. Une simple optimisation du fer, de la vitamine B6, du magnésium et du zinc peut suffire à relancer la synthèse de sérotonine et de dopamine. C’est ce qu’on appelle l’« approche par les cofacteurs », au cœur de la micronutrition moderne.

7. Carences et déséquilibres protéiques : signes d’alerte

Bien que les carences sévères en protéines (kwashiorkor) soient exceptionnelles dans nos pays, les déficits modérés et chroniques sont fréquents, en particulier chez les personnes âgées, les patients dénutris, les régimes restrictifs mal construits ou les pathologies digestives.

Signes cliniques évocateurs d’un apport insuffisant

  • Fonte musculaire, faiblesse, perte de force de préhension
  • Œdèmes (notamment des chevilles)
  • Ongles cassants, cheveux fins, peau atone
  • Cicatrisation lente, infections à répétition
  • Fatigue chronique, troubles de la concentration
  • Perte de poids involontaire (alerte forte chez la personne âgée)

Bilan biologique pertinent

Marqueur Demi-vie Intérêt
Albumine ≈ 21 jours Marqueur de dénutrition chronique (< 30 g/L = dénutrition sévère)
Préalbumine (transthyrétine) ≈ 2 jours Marqueur de dénutrition récente, sensible aux variations rapides
CRP À doser systématiquement (l’inflammation abaisse l’albumine)
IMC + perte de poids Critères diagnostiques HAS de la dénutrition (GLIM)

Et à l’inverse : les excès protéiques sont-ils dangereux ?

L’ANSES n’a pu fixer de limite supérieure de sécurité, faute de données suffisantes. Néanmoins, des préoccupations existent au-delà de 2,2 g/kg/jour sur le long terme, en particulier :

  • Surcharge rénale : pas de risque démontré chez le sujet sain, mais aggravation d’une insuffisance rénale préexistante.
  • Acidose métabolique chronique avec impact possible sur la masse osseuse à long terme — données discutées.
  • Risque cardiovasculaire indirect lié aux excès de protéines animales transformées (charcuteries notamment).

⚠️ Contre-indications à un régime hyperprotéiné

  • Insuffisance rénale chronique (DFG < 60 mL/min) : restriction protéique souvent indiquée
  • Insuffisance hépatique sévère
  • Goutte ou hyperuricémie : limiter purines (abats, charcuteries, certains poissons)
  • Phénylcétonurie et autres maladies métaboliques héréditaires
  • Grossesse et allaitement : éviter l’auto-supplémentation protéique non encadrée

8. Poudres hyperprotéinées et créatine : que faut-il en penser ?

Les compléments protéinés et la créatine se sont massivement démocratisés ces dernières années, en particulier chez les jeunes pratiquants de musculation. La question revient régulièrement au comptoir : que conseiller ? Et surtout, à qui le déconseiller ?

Les poudres protéinées : utiles, mais pas indispensables

La whey (lactosérum, issu du petit-lait), la caséine, les protéines de soja, de pois ou de riz se présentent sous forme de poudres à diluer. Leur intérêt réel est essentiellement pratique : elles permettent d’atteindre facilement les apports protéiques recommandés chez les sportifs de force ou les personnes ayant des besoins augmentés (séniors dénutris, post-chirurgie).

✅ Atouts ⚠️ Effets indésirables 🚫 Contre-indications
Apport rapide et concentré (20-25 g/dose) Troubles digestifs (ballonnements, diarrhée) Insuffisance rénale ou hépatique
Pratique en post-effort Contamination possible par produits dopants (poudres non labellisées) Cardiopathie, facteurs de risque cardiovasculaire élevés
Profil d’acides aminés complet (whey, soja) Présence d’édulcorants, émulsifiants, additifs Allergie aux protéines de lait, intolérance au lactose (préférer isolat ou végétal)
Utile chez le séniors dénutri sous prescription (CNO) Acné parfois rapportée Enfants, adolescents en croissance, femmes enceintes ou allaitantes (sauf indication médicale)

⚠️ Position de l’ANSES sur les compléments destinés aux sportifs

L’ANSES, via son dispositif de nutrivigilance, alerte régulièrement sur les risques liés aux compléments hyperprotéinés vendus aux sportifs : contamination possible par des stéroïdes anabolisants ou des hormones de croissance, présence d’édulcorants et d’additifs à fortes doses, signalements d’effets indésirables (atteintes hépatiques, rénales, cardiovasculaires).

L’Agence déconseille fortement ces produits aux personnes présentant des facteurs de risque cardiovasculaire, une cardiopathie, ou une altération de la fonction rénale ou hépatique.

La créatine : un complément bien étudié

La créatine est un dérivé d’acide aminé (synthétisé à partir de la glycine, l’arginine et la méthionine) naturellement présent dans le muscle, le cerveau et les testicules. Son rôle est de régénérer rapidement l’ATP — la molécule énergétique — lors d’efforts brefs et intenses (sprint, musculation, sports de combat).

L’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a validé deux allégations spécifiques pour la créatine : amélioration des performances physiques lors d’exercices répétés de courte durée et de haute intensité, et augmentation de l’effet de l’entraînement de force chez les adultes > 55 ans. À l’inverse, les allégations sur l’endurance, la prise de masse ou les effets cognitifs ne sont pas validées.

✅ Atouts ⚠️ Effets indésirables 🚫 Contre-indications
Forme la mieux étudiée : créatine monohydrate Prise de poids initiale (rétention d’eau intracellulaire) : 0,5 à 2 kg en 2 semaines Insuffisance rénale (toute forme et tout stade)
Sécurité bien documentée à 3 g/jour (statut « GRAS » FDA, position EFSA favorable) Troubles digestifs aux doses élevées (> 5 g/prise) Grossesse et allaitement
Pas de toxicité hépatique ni rénale démontrée chez le sujet sain Crampes possibles si hydratation insuffisante Enfants et adolescents (selon Vidal)
Pistes intéressantes en gériatrie (sarcopénie) et neurologie — à confirmer Risque de contamination si produit non labellisé (anti-dopage) Contrôle anti-dopage : choisir des produits certifiés (Informed Sport, AFNOR NF V94-001)

ℹ️ En pratique

La forme monohydrate (idéalement label Creapure® pour la pureté) est de loin la plus étudiée et la moins coûteuse. Les autres formes (créatine HCl, créatine ester, kre-alkalyn, créatine nitrate, etc.) ne démontrent aucun avantage scientifiquement établi malgré un coût souvent supérieur.

Posologie standard validée : 3 g par jour en prise unique, sans phase de charge (la phase de charge à 20 g/j × 5 jours n’apporte qu’une saturation plus rapide, sans bénéfice supplémentaire à long terme).

Le cas particulier des adolescents

🚫 Vigilance particulière chez les jeunes

L’âge moyen de début de consommation de poudres protéinées et de créatine ne cesse de baisser, parfois dès 14-15 ans. Ces produits sont déconseillés avant la fin de la croissance :

  • Les besoins protéiques de l’adolescent sont normalement couverts par une alimentation équilibrée
  • Risque d’image corporelle déformée et de troubles du comportement (bigorexie)
  • Données de sécurité à long terme insuffisantes chez le sujet en croissance
  • Risque de contamination par des substances dopantes

Le pharmacien est en première ligne pour identifier ces situations, dialoguer sans culpabiliser, et orienter vers une approche alimentaire adaptée.

9. Régimes végétariens et végétaliens : couvrir les besoins

L’ANSES a publié en mars 2025 une expertise sur les repères alimentaires destinés aux populations excluant tout ou partie des aliments d’origine animale. Conclusion : oui, les apports protéiques peuvent être couverts, mais à condition d’une diversification suffisante et d’une vigilance sur certains micronutriments associés.

Repères quotidiens proposés par l’ANSES

Aliment Lacto-ovovégétariens Végétaliens
Fruits et légumes 700 g/j 700 g/j
Légumes secs 75 g/j 120 g/j
Féculents et pains (dont complets) 170 g/j (dont 120 g complets) 250 g/j (dont 120 g complets)
Oléagineux 65 g/j 50 g/j
Analogues laitiers (boissons végétales) 350 g/j 270 g/j
Levure de bière 10 g/j 15 g/j
Lait, œufs, fromage 450 mL lait, 30 g œufs, 50 g fromage Aucun

⚠️ Points de vigilance dans les régimes végétaliens

  • Vitamine B12 : supplémentation systématique indispensable (présente uniquement dans les produits animaux). Une carence peut survenir en quelques mois à années et provoquer une anémie macrocytaire et des troubles neurologiques irréversibles.
  • Fer : le fer non héminique végétal est moins bien absorbé. Associer aux sources de vitamine C ; éviter le thé/café au repas.
  • Calcium : surveiller en l’absence de produits laitiers (privilégier eaux calciques, choux, sésame, boissons végétales enrichies).
  • Zinc, iode, sélénium : surveillance accrue.
  • Oméga-3 (EPA/DHA) : envisager une supplémentation en huile d’algue.

10. Quand consulter et que conseiller à l’officine ?

Quand orienter vers le médecin ?

  • Personne âgée avec perte de poids involontaire (> 5 % en 1 mois ou > 10 % en 6 mois), fonte musculaire visible, fatigue marquée → bilan de dénutrition (HAS 2021)
  • Sportif consommant déjà des poudres ou de la créatine sans bilan préalable → vérifier rénale et hépatique
  • Patient avec troubles de l’humeur, du sommeil, brouillard mental persistant → bilan micronutritionnel orienté (ferritine, B6, B9, B12, magnésium érythrocytaire, zinc, vitamine D)
  • Régime végétalien strict sans suivi → bilan B12, fer, calcium, vitamine D, oméga-3
  • Adolescent consommant des compléments hyperprotéinés ou de la créatine → consultation de prévention

Le rôle clé du pharmacien

👨‍⚕️ Le pharmacien, premier conseiller en micronutrition

  • Évaluer les apports par un rapide questionnaire alimentaire (variété des sources, fréquence, répartition jour)
  • Détecter les profils à risque : séniors isolés, régimes restrictifs, sportifs jeunes, post-chirurgie
  • Conseiller des sources de qualité : favoriser les protéines complètes, varier animal/végétal
  • Vérifier la pertinence des compléments avant délivrance, en particulier whey/créatine
  • Penser cofacteurs dans toute plainte évoquant une voie neuromodulatrice (humeur, sommeil, motivation)
  • Orienter vers le médecin ou le diététicien selon les situations

Tableau récapitulatif : les protéines en pratique

Source / approche Évaluation Recommandation
Œufs, poissons, volaille ✅ À privilégier Sources complètes, bien digérées, riches en cofacteurs
Légumineuses + pseudo-céréales ✅ À privilégier Excellente alternative végétale, à varier
Créatine monohydrate (3 g/j, sujet sain) ✅ Acceptable Si sportif adulte sans contre-indication, produit labellisé
Whey isolat de qualité ⚠️ Utile selon contexte Sportifs intensifs ou besoins augmentés ; jamais en remplacement de repas
CNO (compléments nutritionnels oraux) ⚠️ Sur prescription Patients dénutris ou à risque, cadre HAS
Charcuteries, viandes transformées ⚠️ À limiter Risque cardiovasculaire et oncologique avéré
Compléments hyperprotéinés non labellisés 🚫 À éviter Risque de contamination dopante ; nutrivigilance ANSES
Régime hyperprotéiné sans encadrement 🚫 À éviter Surtout si IRC, hépatopathie, FDR cardiovasculaires
Whey/créatine chez l’adolescent 🚫 Déconseillés Pas de bénéfice démontré, risques mal évalués

🔑 En résumé

Les protéines sont des macronutriments indispensables aux fonctions structurales (muscle, peau, tissus) et à toute la machinerie biologique (enzymes, hormones, anticorps, neurotransmetteurs). L’ANSES recommande 0,83 g/kg/jour chez l’adulte sain, avec une majoration chez la personne âgée (1 à 1,2 g/kg/j) pour prévenir la sarcopénie et chez le sportif de force (1,6 à 2 g/kg/j).

Le lien protéines-cofacteurs-neuromodulation est central en micronutrition : tryptophane → sérotonine, tyrosine → dopamine, glutamine → GABA, méthionine → SAMe. Ces synthèses dépendent toutes de cofacteurs vitaminiques et minéraux (B6, B9, B12, fer, zinc, magnésium) qu’il convient de doser et d’optimiser avant tout recours médicamenteux.

Les poudres hyperprotéinées et la créatine ne sont pas dangereuses en soi pour l’adulte sain mais nécessitent un encadrement, des produits labellisés, et restent contre-indiquées en cas d’insuffisance rénale ou hépatique, de grossesse, et chez les adolescents en croissance. Les régimes végétariens et végétaliens couvrent les besoins protéiques s’ils sont diversifiés, mais imposent une supplémentation systématique en B12 chez le végétalien strict.

Le pharmacien occupe une place centrale : conseil sur les sources, repérage des terrains à risque, vigilance sur les compléments, raisonnement par cofacteurs.

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Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace en aucun cas une consultation médicale. En cas de pathologie chronique (insuffisance rénale ou hépatique, diabète, maladie cardiovasculaire), de grossesse, d’allaitement, ou avant toute modification importante de votre alimentation, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Sources : ANSES (Apport en protéines : consommation, qualité, besoins et recommandations, 2007 ; mise à jour 2016 ; expertise sur les régimes végétariens, mars 2025) ; HAS (Diagnostic de la dénutrition, novembre 2021) ; Inserm Canal Détox ; INRAE ; EFSA (allégations santé créatine, 2011 et 2016) ; Vidal ; Position stand de l’International Society of Sports Nutrition sur la créatine ; Table Ciqual (anses.fr).