Compression veineuse médicale

La compression veineuse médicale reste le traitement de référence des affections veineuses chroniques à partir du stade C2 de la classification CEAP. Accessible aux hommes comme aux femmes, elle se décline en chaussettes, bas, bas-cuisses et collants. Cette fiche intègre la révision CEAP 2020, les nouvelles sous-classes cliniques et les recommandations actualisées de la HAS et de la SFMV.

🩸 Mécanismes d’action

La compression exerce une action mécanique sur les veines superficielles et profondes, réduisant leur diamètre et améliorant le retour veineux. On distingue quatre effets principaux :

Effet Description
Hémodynamique Augmentation de la vitesse du flux veineux, meilleur remplissage du système profond, réduction de la stase
Sur la paroi veineuse Réduction de la dilatation pariétale et des reflux valvulaires
Microcirculation Diminution de la perméabilité capillaire, réduction de l’œdème
Antalgique Amélioration de la sensation de jambes lourdes après 10 à 15 jours de port régulier
💡 Le saviez-vous ?
La compression veineuse est souvent comparée à un « médicament que l’on porte ». Comme tout traitement, elle possède des indications précises, des contre-indications et des règles d’utilisation strictes.

📊 Classification CEAP Mise à jour 2020

La classification CEAP (Clinique – Étiologique – Anatomique – Physiopathologique) est la référence internationale pour décrire et graduer les affections veineuses chroniques. La révision de 2020 apporte plusieurs nouveautés importantes :

Nouveautés CEAP 2020 :

  • Ajout de C4c : corona phlebectatica (couronne phlébectasique), associée à un risque 5× plus élevé de progression vers l’ulcère
  • Création de sous-classes C4a, C4b et C4c
  • Introduction du modificateur « r » pour les récidives (C2r = varices récidivantes, C6r = ulcère récidivant)
  • Séparation des causes secondaires en Esi (intra-veineuse) et Ese (extra-veineuse)

Stades cliniques C0 à C6

C0Aucun signe visible ou palpable
C1Télangiectasies, veines réticulaires
C2Varices ≥ 3 mm
Début traitement
C3Œdème veineux
C4Modifications cutanées
a: dermite ocre / eczéma
b: atrophie blanche / lipodermatosclérose
c: corona phlebectatica ★nouveau
C5Ulcère cicatrisé
C6Ulcère actif ouvert
⚠️ Point HAS important
La compression médicale est recommandée en traitement de base à partir du stade C2. Pour les stades C0 et C1, l’effet sur l’évolution de la maladie n’est pas démontré. La décision reste clinique, au cas par cas.

🔵 Classes de compression

Quatre classes de compression sont disponibles en France, définies par la pression exercée à la cheville. C’est le médecin (généraliste, phlébologue, angiologue) qui détermine la classe adaptée à chaque patient.

Cl. I
10–15 mmHg (13–20 hPa)
Compression légère

  • Télangiectasies, varicosités
  • Jambes lourdes sans pathologie
  • Femme enceinte sans varices constituées
  • Professions à risque (station debout)
  • Voyages (prévention)
Cl. II
15–20 mmHg (20–27 hPa)
Compression modérée — la plus prescrite

  • Varices constituées (C2)
  • Œdème vespéral (C3)
  • Prévention de la thrombose veineuse
  • Grossesse avec varices
  • Post-sclérothérapie / post-opératoire
  • Voyages à haut risque
Cl. III
20–36 mmHg (27–48 hPa)
Compression forte

  • Varices sévères avec œdème
  • Troubles trophiques (C4a, C4b, C4c)
  • Ulcère cicatrisé (C5)
  • Syndrome post-thrombotique
  • Lymphœdème modéré
Cl. IV
> 36 mmHg (> 48 hPa)
Compression très forte

  • Ulcère veineux actif (C6)
  • Lymphœdème sévère
  • Troubles trophiques majeurs
  • Syndrome post-thrombotique sévère
  • Obtenu par superposition de 2 dispositifs
✅ Classe IV en pratique
Aucun fabricant ne propose de dispositif classe IV préfabriqué en une seule pièce. Pour atteindre ce niveau, la prescription doit préciser la superposition : par exemple une classe I + classe III, ou deux classes II. Privilégier des matières glissantes (éviter le coton) pour faciliter l’enfilage.

🚫 Contre-indications

🔴 Contre-indications absolues

  • Artériopathie oblitérante sévère des membres inférieurs (IPS < 0,6)
  • Insuffisance cardiaque décompensée
  • Microangiopathie diabétique évoluée
  • Phlegmatia caerulea dolens
  • Hypodermite infectieuse aiguë
  • Dermatose suintante étendue

🟡 Contre-indications relatives

  • Artériopathie modérée (IPS 0,6–0,9) — avis vasculaire recommandé
  • Neuropathie périphérique sévère
  • Allergie au latex — des modèles sans latex existent
  • Dermatose chronique localisée (eczéma, psoriasis)
  • Plaies non cicatrisées (évaluation au cas par cas)
  • Intolérance cutanée (chercher la cause, adapter la fibre)
⚠️ Mesure de l’IPS obligatoire avant prescription d’une classe III ou IV
Un index de pression systolique (IPS = pression cheville / pression brachiale) < 0,6 contre-indique formellement la compression forte. Entre 0,6 et 0,9, une compression adaptée peut être envisagée avec avis vasculaire et surveillance.

🧶 Choisir sa fibre de compression

🌿 Coton

✔ Thermorégulateur, confortable pour peaux sensibles, facile à enfiler

✘ Peu élastique, moins résistant, aspect épais — déconseillé pour superposition classe IV

💎 Microfibre / Polyamide

✔ Doux, extensible, imperméable, respirant — idéal hiver

✘ Plus fragile, sensible aux taches, peut boulocher

⚡ Polyamide-Élasthanne

✔ Grande élasticité, légèreté, aspect brillant, facile à laver et sécher. Confort optimal +++

✘ Sensible aux assouplissants (dégradent l’élasthanne)

🌸 Viscose de Bambou

✔ Très douce, thermorégulateur, anti-transpiration, hypoallergénique, facile à enfiler

✘ Plus épais

✨ Soie

✔ Finesse, légèreté, aspect brillant, confort exceptionnel en été

✘ Fragile, entretien délicat, coût élevé

🌱 Tencel® (Lyocell)

✔ Fibre naturelle de dernière génération : tolérance cutanée excellente, résistance mécanique, éco-responsable

✘ Moins disponible en France

👟 Comment porter ses bas de compression ?

Les règles d’or :

  • Tous les jours, dès le lever (ou dans l’heure suivant le lever, avant que les jambes gonflent)
  • Jamais la nuit (sauf prescription explicite pour prévention en milieu médical ou chirurgical)
  • Un bas porté 8 heures consécutives maintient son effet compressif encore 3 heures après le retrait
  • Renouveler tous les 4 à 6 mois (environ 100 lavages) — la fibre perd son élasticité avant d’être visiblement abîmée
  • Laver chaque jour à la main à l’eau froide ou en machine (programme délicat 30°, essorage réduit). Ne jamais utiliser d’assouplissant. Séchage à plat, jamais sur radiateur.

Technique d’enfilage

Étape Conseil pratique
Choisir le bon moment Mettre le bas en position allongée (idéalement avant le lever) ou assis après s’être rallongé quelques minutes
Préparer la jambe Sécher soigneusement, talquer légèrement si besoin. Poser un pansement protecteur sur les lésions
Bijoux & ongles Retirer bagues et alliances. Attention aux ongles longs qui peuvent filer le bas
Crémer Appliquer la crème hydratante en fin de journée après le retrait, jamais avant l’enfilage
Uniformiser Après l’enfilage, masser légèrement de bas en haut pour uniformiser la pression le long de la jambe
Bas qui ne tiennent pas Passer la bande auto-adhésive à l’alcool à 60°. Si persistance : colle spéciale hypoallergénique (type Satien®)
Difficulté à enfiler ? — Astuce classe III/IV
Utilisez un enfile-bas (disponible en pharmacie). Si vous ne supportez pas une classe III, vous pouvez superposer une classe I + une classe II pour obtenir une pression équivalente. Privilégiez alors des matières glissantes (microfibre, élasthanne) pour faciliter la superposition.

🔧 Solutions aux problèmes courants

Problème Cause probable Solution
Sécheresse cutanée Friction de la fibre Préférer microfibre ou bambou. Crème hydratante le soir après retrait des bas
Douleur au ventre / aine Taille inadaptée, pli tissulaire Vérifier hauteur sol/entrejambes. Un collant maternité peut mieux s’adapter aux morphologies rondes
Douleur au niveau du genou Bas jarret trop court Opter pour un bas taille longue ou un bas-cuisse
Douleur aux malléoles / tibia Zones de faible rayon de courbure, pression concentrée Ajouter des coussinets de capitonnage pour mieux répartir la pression
Douleur aux orteils Chaussage inadapté Chaussures à bout large, talon 2–3 cm. Les fabricants proposent des articles à pieds ouverts
Allergie à l’autofixant Réaction au silicone du bord Préférer chaussette ou collant. En cas d’allergie de contact : crèmes à effet barrière. Colle hypoallergénique si nécessaire

❓ Questions fréquentes

Bas, bas-cuisses ou collants : quelle différence ?
Sur le plan hémodynamique, c’est la chaussette qui est la plus efficace (elle couvre la zone la plus importante : pied-mollet). Les bas-cuisses et collants sont des « chaussettes améliorées » : l’effet compressif au-dessus du genou est faible, voire négligeable. Le choix se fait surtout selon la confort et les préférences personnelles.
Doit-on porter la compression la nuit ?
Non, sauf en cas de prescription explicite (prévention des thromboses en milieu chirurgical ou médical avec immobilisation). Il existe dans ce cas des bas anti-thrombose, différents des bas de compression quotidiens.
Le lavage améliore-t-il l’efficacité ?
Oui ! Comme un jean, le bas se détend légèrement au port de la journée. Un lavage et un séchage doux à plat resserre la maille et restaurent la pression nominale. Ne jamais tordre, ni essorer, ni utiliser d’assouplissant. Nettoyer la bande siliconée avec de l’alcool dilué.
J’ai un trou dans mon bas : peut-on le réparer ou le garder ?
Un petit trou peut être réparé s’il n’est pas trop important. Les trous surviennent souvent à l’avant-pied (frottement dans les chaussures), zone où l’effet compressif thérapeutique est moindre. Un trou en zone de mollet ou de cheville doit conduire au remplacement du bas.
À quel rythme renouveler ses bas ?
Tous les 4 à 6 mois en moyenne (environ 100 lavages), même si le bas ne semble pas abîmé. La fibre élastique perd ses propriétés compressives avant d’être visiblement usée.
La compression est-elle remboursée par la Sécurité Sociale ?
Oui, les dispositifs de compression médicale sont inscrits sur la LPPR (Liste des Produits et Prestations Remboursables). Le remboursement varie selon la classe, l’indication et le prescripteur. Une ordonnance médicale est nécessaire pour les classes II, III et IV. La classe I peut être dispensée sans ordonnance mais avec avis pharmaceutique.

📚 Sources et références :
• HAS — Fiches de bon usage des technologies de santé : La compression médicale dans les affections veineuses chroniques (déc. 2010, réévaluée 2020)
• HAS — La compression médicale en prévention de la thrombose veineuse (déc. 2010)
• Lurie F. et al. — The 2020 update of the CEAP classification system and reporting standards, J Vasc Surg Venous Lymphat Disord, 2020
• SFMV / SFAR / GIHP — Recommandations pour la thromboprophylaxie veineuse péri-opératoire (RFE mai 2024)
• ESVS 2022 Clinical Practice Guidelines on Chronic Venous Disease
www.has-sante.fr | www.portailvasculaire.fr