Maladie d’Alzheimer : traitements, IAChE et nouveautés 2025
Donépézil, mémantine, lécanémab : guide complet sur les traitements de la maladie d'Alzheimer. Fondé sur les recommandations HAS et EMA 2025.

La maladie d’Alzheimer — première cause de démence dans le monde, touchant 1,2 million de personnes en France avec 225 000 nouveaux cas par an — vit une révolution thérapeutique sans précédent depuis 2023. Pendant vingt ans, les pharmaciens ont délivré les mêmes quatre molécules symptomatiques (donépézil, rivastigmine, galantamine, mémantine), depuis déremboursées en France en 2018. L’arrivée des anticorps anti-amyloïdes — lecanemab et donanemab — marque le premier changement de paradigme réel : on ne soulage plus seulement les symptômes, on s’attaque au mécanisme pathologique lui-même. Pourtant, la HAS a refusé l’accès précoce au lecanemab en septembre 2025, créant une situation inédite et très débattue. Ce guide fait le point complet sur l’arsenal thérapeutique actuel, les données de preuve, et ce que vous pouvez dire à vos patients dès aujourd’hui.
Pour aller directement aux recommandations officielles : HAS – Évaluation des traitements symptomatiques de la maladie d’Alzheimer.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Maladie d’Alzheimer : mécanismes moléculaires à connaître pour comprendre les traitements
- 2. Maladie d’Alzheimer : stratégie thérapeutique 2025 — ce qui a changé
- 3. Inhibiteurs de l’acétylcholinestérase (IAChE) : donépézil, rivastigmine, galantamine
- 4. Mémantine (Ebixa®) : le seul antiglutamate disponible
- 5. Lecanemab et donanemab : la maladie d’Alzheimer entre dans l’ère des anticorps anti-amyloïdes
- 6. Traitements non médicamenteux de la maladie d’Alzheimer : la preuve est là
- 7. Traitements des troubles psycho-comportementaux associés à la maladie d’Alzheimer
- 8. Tableau récapitulatif des traitements
1. Maladie d’Alzheimer : mécanismes moléculaires à connaître pour comprendre les traitements
Pour qu’un traitement ait du sens, encore faut-il comprendre ce qu’il cible. La maladie d’Alzheimer repose sur deux lésions histologiques fondamentales, identifiées depuis les travaux d’Alois Alzheimer en 1906 et aujourd’hui caractérisées au niveau moléculaire.
Les plaques amyloïdes (ou plaques séniles) résultent de l’agrégation extracellulaire du peptide bêta-amyloïde (Aβ), issu du clivage anormal de la protéine précurseur APP (Amyloid Precursor Protein) par les sécrétases β et γ. Ces dépôts sont neurotoxiques par induction d’un stress oxydatif local et d’une réponse inflammatoire impliquant les cellules microgliales. Fait important pour le pharmacien : c’est précisément cette cible — le peptide Aβ — que visent le lecanemab et le donanemab, les nouvelles molécules en attente d’accès en France.
La dégénérescence neurofibrillaire correspond à l’accumulation intraneuronale de protéine tau hyperphosphorylée sous forme de filaments appariés en hélice. Ces enchevêtrements perturbent le transport axonal et conduisent à la mort neuronale. Les neurones cholinergiques — ceux qui utilisent l’acétylcholine comme neuromédiateur — sont touchés en premier, notamment dans le noyau basal de Meynert, expliquant le déficit mémoriel précoce. C’est ce déficit en acétylcholine que compensent les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase (IAChE).
Troisième mécanisme, moins connu mais crucial : une hyperactivité glutamatergique chronique due à la perte du contrôle inhibiteur normal des récepteurs NMDA (N-méthyl-D-aspartate). Cette excitotoxicité — le glutamate, principal neurotransmetteur excitateur du cerveau, active en excès ses récepteurs et détruit les neurones — justifie l’utilisation de la mémantine dans les stades avancés.
Schéma des 3 mécanismes moléculaires de la maladie d’Alzheimer et de leurs cibles thérapeutiques respectives — situation réglementaire en France à mai 2026.
ℹ️ Pourquoi le gène ApoE ε4 change tout
La présence de l’allèle ε4 du gène de l’apolipoprotéine E (ApoE ε4 — la protéine de transport des lipides dans le cerveau) multiplie par 3 le risque de maladie d’Alzheimer à l’état hétérozygote, et par 8 à 12 à l’état homozygote. Mais c’est aussi un facteur de risque majeur d’ARIA (Amyloid-Related Imaging Abnormalities — anomalies cérébrales d’imagerie liées à l’amyloïde), l’effet indésirable redouté des anticorps anti-amyloïdes. C’est précisément pourquoi l’AMM européenne du lecanemab exclut les homozygotes ApoE ε4 : trop exposés au risque d’œdème cérébral vasogénique et de micro-hémorragies.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Quand une famille vous demande « pourquoi son médecin a arrêté Aricept® ? », vous pouvez expliquer : « Ce médicament compense le manque d’acétylcholine dans le cerveau, mais la HAS a estimé en 2019 que son effet réel — statistiquement démontré, mais modeste en pratique — ne justifiait plus son remboursement. Votre médecin peut encore le prescrire s’il l’estime utile pour votre proche, mais il reste à votre charge. »
2. Maladie d’Alzheimer : stratégie thérapeutique 2025 — ce qui a changé
La stratégie thérapeutique de la maladie d’Alzheimer a profondément évolué en France entre 2018 et 2025. Trois ruptures majeures méritent d’être exposées clairement.
Rupture 1 — Le déremboursement de 2018 : une décision toujours contestée
Depuis le 1er août 2018, les quatre médicaments symptomatiques de la maladie d’Alzheimer (donépézil, rivastigmine, galantamine, mémantine) ne sont plus remboursés par l’Assurance maladie. La HAS avait conclu que leur service médical rendu (SMR) était insuffisant — un effet statistiquement significatif sur la cognition, mais jugé de « pertinence clinique discutable » au long cours, pour un coût annuel de 90 millions d’euros. Cette décision a suscité une vive opposition de France Alzheimer et d’une partie du corps médical. Important à savoir : leurs AMM restent valides, ils peuvent toujours être prescrits, mais le patient les paie intégralement.
🔑 À retenir — Le Lancet et Cochrane nuancent la position HAS
Un article du Lancet (2024) et une méta-analyse Cochrane (2024) portant sur la galantamine ont remis en question la position de la HAS, estimant que le rapport bénéfice/risque des IAChE reste favorable lorsqu’ils sont bien prescrits — notamment pour réduire les troubles comportementaux qui épuisent les aidants. Cette controverse scientifique est réelle et justifie que des médecins continuent de les prescrire hors remboursement.
Rupture 2 — Le nouveau paradigme : modifier le cours de la maladie
Jusqu’à 2023, aucun traitement ne modifiait la trajectoire biologique de la maladie. Les IAChE et la mémantine compensaient le déficit en neurotransmetteurs, comme des béquilles chimiques, sans freiner la neurodégénérescence. L’approbation du lecanemab par la FDA en janvier 2023, suivie du donanemab en juillet 2024, rompt avec cette logique : ces anticorps monoclonaux éliminent les plaques amyloïdes, s’attaquant à la physiopathologie même de la maladie. Il s’agit des premiers vrais disease-modifying treatments (DMT) — traitements modificateurs de maladie — jamais autorisés en neurologie dégénérative.
Rupture 3 — La position française : entre prudence et controverse
Malgré l’AMM européenne accordée au lecanemab (Leqembi®) par la Commission européenne le 15 avril 2025, la HAS a rendu le 4 septembre 2025 une décision de refus d’accès précoce, invoquant « une efficacité modeste considérée comme non cliniquement pertinente, associée à un profil de tolérance préoccupant » et une organisation des soins jugée incompatible avec le déploiement actuel. La Fédération des Centres Mémoire (FCM) et la SF3PA ont vivement critiqué cette décision. Une procédure de droit commun reste possible — le débat est ouvert.
⚠️ Ce que le pharmacien doit savoir en 2026
En France à ce jour : aucun traitement modificateur de la maladie d’Alzheimer n’est disponible ni remboursé. Le lecanemab a une AMM européenne mais pas d’accès remboursé. Les IAChE et la mémantine conservent leur AMM mais sont non remboursés depuis 2018. La prise en charge reste donc non médicamenteuse en priorité, complétée de traitements symptomatiques à la charge du patient si le médecin et la famille en décident ainsi.
3. Inhibiteurs de l’acétylcholinestérase (IAChE) : donépézil, rivastigmine, galantamine
Les IAChE partagent un mécanisme commun : en inhibant l’acétylcholinestérase (AChE — l’enzyme qui détruit l’acétylcholine dans la synapse), ils augmentent la concentration disponible de ce neurotransmetteur dans les fentes synaptiques cérébrales. C’est une logique de compensation : on ralentit la dégradation du peu d’acétylcholine encore produit. Leur efficacité est donc dose-dépendante et conditionnée à la présence de neurones présynaptiques encore fonctionnels — raison pour laquelle ils sont inutiles aux stades sévères où ces neurones ont massivement disparu.
Il n’existe pas de différence d’efficacité démontrée entre les trois molécules (HAS, 2019). Le choix dépend de la tolérance individuelle, de la voie d’administration et du profil du patient.
Donépézil (Aricept® et génériques)
Inhibiteur sélectif et réversible de l’AChE, le donépézil a une demi-vie longue de 70 heures, permettant une prise unique quotidienne. Indiqué dans les formes légères à modérément sévères (MMSE entre 10 et 26/30). La posologie initiale est de 5 mg le soir au coucher pendant un mois, puis augmentation possible à 10 mg/j. La prise vespérale réduit les nausées — mais en cas d’agitation nocturne ou de cauchemars, basculer en prise matinale. Effets indésirables principaux : diarrhées, nausées, vomissements, insomnies, crampes musculaires, vertiges, céphalées.
Rivastigmine (Exelon® et génériques)
Seul IAChE à double mécanisme : inhibiteur à la fois de l’acétylcholinestérase et de la butyrylcholinestérase (BuChE — une enzyme dégradant également l’acétylcholine, particulièrement présente dans les zones cérébrales touchées par la dégénérescence neurofibrillaire). La rivastigmine présente une affinité préférentielle pour l’isoforme G1 de l’AChE, prédominante dans les régions lésées. Disponible en gélules et en patch transdermique (4,6 mg ou 9,5 mg/24h), ce dernier améliorant nettement la tolérance digestive — un argument fort chez les patients fragiles. Posologie orale : initiation à 1,5 mg × 2/j, augmentation par paliers de 2 semaines jusqu’à 6 mg × 2/j.
Galantamine (Réminyl® LP et génériques)
Mécanisme double : inhibition réversible et sélective de l’AChE, et modulation allostérique des récepteurs nicotiniques présynaptiques à l’acétylcholine — ce qui amplifie la libération du neurotransmetteur en amont. Posologie LP : 8 mg/j pendant 4 semaines, puis 16 mg/j en dose d’entretien. La méta-analyse Cochrane 2024 remet en lumière un rapport bénéfice/risque favorable lorsqu’elle est bien prescrite — notamment sur les troubles du comportement.
| Classe médicamenteuse à éviter avec les IAChE | Mécanisme de l’interaction | Risque clinique |
|---|---|---|
| Neuroleptiques (surtout phénothiazines) | Effet anticholinergique antagoniste | Annulation de l’effet thérapeutique + confusion aggravée |
| Antidépresseurs imipraminiques (amitriptyline, clomipramine…) | Puissante action anticholinergique centrale | Aggravation cognitive, rétention urinaire, tachycardie |
| Antiparkinsoniens atropiniques (trihexyphénidyle…) | Blocage muscarinique central | Confusion, hallucinations, aggravation du syndrome confusionnel |
| Antihistaminiques H1 de 1ère génération (diphénhydramine, prométhazine…) | Passage cérébral + effet anticholinergique | Somnolence, confusion, chute — fréquents dans l’automédication |
| Oxybutinine (Ditropan®) et antispasmodiques atropiniques | Effet anticholinergique central marqué | Paradoxe thérapeutique : souvent prescrit chez les mêmes patients |
| Scopolamine (patchs cinétose) | Antagoniste muscarinique central puissant | Syndrome confusionnel aigu |
| Disopyramide (Rythmodan®) | Antiarythmique à effet anticholinergique | Aggravation cognitive, constipation, rétention |
👨⚕️ Conseil au comptoir — L’automédication, ennemi silencieux
Le piège classique : un patient Alzheimer sous donépézil se plaint de troubles du sommeil, achète du Noctyl® (diphénhydramine, antihistaminique H1 de 1ère génération à fort passage cérébral et effet anticholinergique marqué) en automédication. Résultat : confusion aiguë, chute, hospitalisation. Systématiquement, interrogez l’entourage sur les médicaments sans ordonnance, les sirops pour la toux et les antiallergiques. Un antihistaminique de 1ère génération chez un patient sous IAChE, c’est une contre-indication pratique.
4. Mémantine (Ebixa® et génériques) : le seul antiglutamate disponible
La mémantine agit selon un mécanisme radicalement différent des IAChE. Elle est antagoniste non compétitif et voltage-dépendant des récepteurs NMDA — elle s’introduit dans le canal ionique du récepteur lorsqu’il est anormalement activé, le bloquant sans perturber la neurotransmission glutamatergique physiologique normale. Imaginez un bouchon qui ne se met en place que quand la porte est bloquée ouverte en permanence : c’est ce mécanisme sélectif qui en fait un antagoniste bien toléré dans les stades modérés à sévères.
Indication : formes modérément sévères à sévères (MMSE inférieur à 20/30). Son association à un IAChE est possible — les experts considèrent que les deux mécanismes sont complémentaires, même si les données de bithérapie restent limitées.
Posologie : titration obligatoire pour prévenir les effets neuropsychiques. Semaine 1 : 5 mg le matin. Semaine 2 : 5 mg × 2/j. Semaine 3 : 10 mg le matin + 5 mg l’après-midi. Semaine 4 et au-delà : 10 mg × 2/j en dose d’entretien, en une prise quotidienne. Les effets indésirables sont principalement neuropsychiques (vertiges, céphalées, somnolence, confusion, agitation) et justifient cette montée lente.
⚠️ Contre-indications formelles avec la mémantine
L’association avec d’autres antagonistes des récepteurs NMDA est contre-indiquée : amantadine (Mantadix®), kétamine (anesthésique et usage croissant en psychiatrie), dextrométhorphane (DXM — présent dans de nombreux sirops contre la toux en vente libre). Ce dernier point est crucial au comptoir : un patient Alzheimer sous mémantine qui vous demande un sirop antitussif contenant du DXM, c’est une interaction à signaler systématiquement.
👨⚕️ Conseil au comptoir — Vague de chaleur et médicaments Alzheimer
Lors d’une alerte canicule, les IAChE et la mémantine peuvent aggraver les troubles de thermorégulation chez le patient âgé déjà vulnérable. Le médecin traitant doit être alerté pour réévaluer l’intérêt de ces traitements et envisager un arrêt temporaire ou une réduction de dose. C’est un point systématique à aborder lors de la dispensation en période estivale.
5. Lecanemab et donanemab : la maladie d’Alzheimer entre dans l’ère des anticorps anti-amyloïdes
Pour la première fois en deux décennies, il existe des traitements capables de modifier le cours biologique de la maladie d’Alzheimer — et non plus de simplement atténuer ses conséquences sur la neurotransmission. Ces molécules, toutes deux des anticorps monoclonaux ciblant le peptide bêta-amyloïde, ont franchi le cap réglementaire aux États-Unis et en Europe. Leur statut en France reste cependant bloqué à ce jour.
Lecanemab (Leqembi®) — AMM FDA janvier 2023, AMM EMA avril 2025
Le lecanemab est un anticorps monoclonal humanisé IgG1 qui se lie préférentiellement aux protofibrilles solubles d’Aβ — les formes intermédiaires considérées comme les plus toxiques, avant leur agrégation en plaques insolubles. L’essai clinique de référence, CLARITY-AD (Eisai/Biogen, New England Journal of Medicine, 2023), a porté sur 1 795 patients en stade précoce de maladie d’Alzheimer (troubles cognitifs légers ou démence légère avec amyloïde confirmée en TEP). Administré en perfusion IV toutes les deux semaines (10 mg/kg), il a démontré un ralentissement du déclin cognitif de 27 % sur 18 mois mesuré sur le score CDR-SB (Clinical Dementia Rating–Sum of Boxes), avec une réduction parallèle significative de la charge amyloïde en TEP cérébral.
L’effet indésirable majeur reste les ARIA (Amyloid-Related Imaging Abnormalities) : œdèmes cérébraux vasogéniques (ARIA-E, 12 % des patients), micro-hémorragies cérébrales (ARIA-H, 17 %), parfois asymptomatiques mais nécessitant une surveillance IRM régulière. Ces événements sont significativement plus fréquents chez les porteurs homozygotes de l’allèle ApoE ε4 — exclus de l’AMM européenne.
Donanemab (Kisunla®) — AMM FDA juillet 2024
Le donanemab cible une forme pyroglutamylée du peptide Aβ déposé dans les plaques, permettant une clairance amyloïde potentiellement plus rapide. L’essai TRAILBLAZER-ALZ 2 (Eli Lilly, JAMA, 2024) a inclus 1 736 patients et rapporté un ralentissement du déclin de 35 % sur le score CDR-SB, avec une caractéristique notable : le traitement peut être arrêté dès que la charge amyloïde devient indétectable en TEP, réduisant la durée d’exposition. Les ARIA restaient l’effet indésirable principal (ARIA-E ≈24 %, ARIA-H ≈31 %). Le donanemab n’a pas encore reçu d’AMM européenne à ce jour.
Comparaison des deux anticorps anti-amyloïdes pour le traitement de la maladie d’Alzheimer à stade précoce — données issues des essais pivots de phase 3 et situation réglementaire en France à mai 2026.
ℹ️ Pourquoi la HAS a dit non en septembre 2025
La décision de refus d’accès précoce au lecanemab (Leqembi®) de la HAS repose sur trois arguments : (1) une efficacité certes statistiquement significative mais jugée « de pertinence clinique modeste » à l’échelle individuelle — un ralentissement de 27 % sur un score composite ne se traduit pas forcément par un bénéfice perceptible au quotidien pour tous les patients ; (2) un profil de tolérance préoccupant (risque d’ARIA-E et ARIA-H nécessitant une surveillance IRM régulière, hémorragies intracérébrales >1 cm rapportées) ; (3) une organisation des soins jugée incompatible avec un déploiement sûr en France actuellement — manque de capacités IRM, de centres spécialisés en nombre suffisant. Une procédure de droit commun reste ouverte. La Fédération des Centres Mémoire et la SF3PA estiment que cette décision est trop restrictive au regard des données européennes. Ce débat est loin d’être clos.
👨⚕️ Conseil au comptoir — Répondre aux patients informés
Des patients et des familles ont lu des articles sur le lecanemab ou le donanemab aux États-Unis ou au Royaume-Uni, et vous demandent si elles peuvent y avoir accès en France. La réponse honnête en mai 2026 : « Le lecanemab a bien reçu une autorisation européenne, mais la Haute Autorité de Santé a refusé son remboursement en accès précoce en septembre 2025 — la procédure normale est toujours en cours. Ces traitements ne sont pas disponibles en France actuellement. Votre médecin spécialiste en centre mémoire est le mieux placé pour suivre l’évolution de cette situation. »
6. Traitements non médicamenteux de la maladie d’Alzheimer : la preuve est là
Dans le contexte actuel — où les traitements médicamenteux symptomatiques sont non remboursés et les DMT inaccessibles en France — les approches non médicamenteuses constituent le pilier central de la prise en charge. Ce n’est pas une consolation : elles ont un niveau de preuve reconnu par la HAS dans son guide parcours de soins 2018, et leur impact sur la qualité de vie du patient et de l’aidant est démontré.
| Approche | Mécanisme / cible | Bénéfice démontré | Niveau ⭐ |
|---|---|---|---|
| Orthophonie | Stimulation des fonctions cognitives liées au langage et à la communication | Maintien de la communication, réduction de l’isolement | ⭐⭐⭐ |
| Ergothérapie | Adaptation des gestes quotidiens, aménagement de l’environnement | Préservation de l’autonomie, réduction du fardeau aidant | ⭐⭐⭐⭐ |
| Ateliers mémoire | Stimulation cognitive des souvenirs résiduels (mémoire épisodique, sémantique) | Ralentissement du déclin cognitif aux stades légers | ⭐⭐⭐ |
| Musicothérapie | Activation des réseaux émotionnels et mnésiques (mémoire musicale longtemps préservée) | Réduction de l’anxiété, de l’agitation, de la dépression | ⭐⭐⭐ |
| Art-thérapie | Expression non verbale, stimulation de la motricité fine et de la concentration | Amélioration de l’estime de soi, réduction de l’isolement social | ⭐⭐ |
| Activité physique adaptée | Neurogenèse hippocampique stimulée, réduction des biomarqueurs inflammatoires | Préservation cognitive, réduction du risque de chute, amélioration de l’humeur | ⭐⭐⭐⭐ |
Un point souvent sous-estimé : le soutien aux aidants fait partie intégrante de la prise en charge. L’épuisement de l’aidant principal est un facteur majeur d’entrée en institution — retarder cet épuisement, c’est aussi retarder l’hospitalisation. La Stratégie nationale maladies neurodégénératives 2025-2030 du Ministère de la Santé en fait un axe prioritaire.
7. Traitements des troubles psycho-comportementaux associés à la maladie d’Alzheimer
Les troubles psycho-comportementaux — agitation, agressivité, hallucinations, dépression, anxiété, déambulation nocturne — surviennent chez plus de 80 % des patients Alzheimer au cours de l’évolution et représentent la principale source d’épuisement pour les aidants. Leur traitement médicamenteux doit rester exceptionnel et cadré.
Antipsychotiques : usage très restreint
Leur usage est fortement déconseillé chez les patients Alzheimer en raison d’un risque démontré d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques et de surmortalité (méta-analyses Cochrane). La prescription ne se justifie qu’en cas de trouble psychotique sévère non contrôlable autrement, après échec des mesures non médicamenteuses. Si elle est décidée : antipsychotiques de seconde génération uniquement (rispéridone, olanzapine), à dose minimale efficace, sur la durée la plus courte possible, avec réévaluation très régulière.
Antidépresseurs : les IRS en première ligne
Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (IRS — sertraline, citalopram, escitalopram) sont recommandés en cas de dépression avérée chez le patient Alzheimer, mais aussi pour l’anxiété chronique, l’irritabilité et l’agitation. Ils ont l’avantage de ne pas aggraver les fonctions cognitives, contrairement aux antidépresseurs imipraminiques (tricycliques) qui sont contre-indiqués (effet anticholinergique central majeur).
Benzodiazépines : uniquement en situation de crise
Réservées aux situations aiguës (agitation intense, examen médical urgent), sur une durée la plus courte possible. Les benzodiazépines aggravent les troubles mnésiques, augmentent le risque de chute et de syndrome confusionnel. En cas d’anxiété chronique, seuls les IRS sont recommandés — jamais les benzodiazépines au long cours.
🚫 Ne jamais utiliser chez un patient Alzheimer
Médicaments formellement déconseillés ou contre-indiqués : antidépresseurs imipraminiques (amitriptyline, clomipramine), antihistaminiques H1 de 1ère génération (diphénhydramine, hydroxyzine en automédication), neuroleptiques phénothiaziniques (lévomépromazine), anticholinergiques en général (oxybutinine, scopolamine, disopyramide). Ces molécules aggravent la confusion, augmentent le risque de chute et antagonisent l’effet des IAChE si le patient en prend.
👨⚕️ Conseil au comptoir — Le bilan anticholinergique à faire systématiquement
Lors de toute dispensation chez un patient Alzheimer (ou pour un aidant qui vient chercher ses médicaments), évaluez mentalement la charge anticholinergique totale de l’ordonnance. La score de Burden of Anticholinergic Cognition (BAC) ou l’échelle ACB (Anticholinergic Cognitive Burden) permettent de mesurer cet impact. Un score élevé est associé à une aggravation cognitive indépendante de la maladie elle-même. La revue de médication chez un patient Alzheimer, c’est une occasion de repérer ces excès et d’alerter le prescripteur.
8. Tableau récapitulatif des traitements de la maladie d’Alzheimer
| Médicament | Classe | Indication (stade) | Posologie simplifiée | Remboursement FR | Niveau ⭐ |
|---|---|---|---|---|---|
| Donépézil (Aricept®) | IAChE | Léger à modérément sévère (MMSE 10-26) | 5 mg/j → 10 mg/j au coucher | Non (depuis 2018) | ⭐⭐⭐ |
| Rivastigmine (Exelon®) | IAChE (double) | Léger à modérément sévère | 1,5 mg ×2 → 6 mg ×2/j (ou patch) | Non (depuis 2018) | ⭐⭐⭐ |
| Galantamine (Réminyl® LP) | IAChE + modulation nicotinique | Léger à modérément sévère | 8 mg/j → 16 mg/j en LP | Non (depuis 2018) | ⭐⭐⭐ |
| Mémantine (Ebixa®) | Anti-NMDA | Modérément sévère à sévère (MMSE <20) | Titration → 10 mg ×2/j | Non (depuis 2018) | ⭐⭐⭐ |
| Lecanemab (Leqembi®) | Anticorps anti-amyloïde (DMT) | Stade précoce (TCL/démence légère + amyloïde confirmée) | 10 mg/kg IV /2 semaines | AMM EMA — Non remboursé (refus HAS sept. 2025) | ⭐⭐⭐⭐ |
| Donanemab (Kisunla®) | Anticorps anti-amyloïde (DMT) | Stade précoce (amyloïde confirmée) | Perfusion IV mensuelle | Pas d’AMM européenne à ce jour | ⭐⭐⭐⭐ |
🔑 En résumé — Maladie d’Alzheimer : traitements 2025
La maladie d’Alzheimer dispose d’un arsenal thérapeutique en pleine mutation. Les quatre médicaments symptomatiques historiques (donépézil, rivastigmine, galantamine, mémantine) sont non remboursés en France depuis 2018, mais conservent leur AMM et restent disponibles sur prescription — leur rapport bénéfice/risque, encore débattu dans la littérature récente (Lancet 2024, Cochrane 2024), peut justifier leur maintien au cas par cas. La révolution thérapeutique vient des anticorps anti-amyloïdes (lecanemab, donanemab) : premiers DMT approuvés, avec un ralentissement du déclin cognitif de 27 à 35 % sur 18 mois, mais dont l’accès en France est suspendu à une décision HAS qui reste très attendue. En attendant, la prise en charge non médicamenteuse pluridisciplinaire (ergothérapie, orthophonie, activité physique, soutien aidants) constitue le pilier central de la stratégie. Au comptoir : vigilance absolue sur la charge anticholinergique de l’ordonnance et les interactions médicamenteuses, souvent sources de confusion aiguë évitable.
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Disclaimer et sources : Cet article est rédigé à des fins d’information professionnelle et grand public. Il ne se substitue pas à une consultation médicale. Les informations sur les remboursements et les décisions réglementaires sont exactes à la date de publication (mai 2026). Sources principales : Haute Autorité de Santé — Évaluation des traitements symptomatiques de la MA (2019) ; Décision HAS n°2025.0204/DC/SEM du 4 septembre 2025 portant refus d’accès précoce du Leqembi® ; van Dyck CH et al. (lecanemab, CLARITY-AD), New England Journal of Medicine, 2023 ; Sims JR et al. (donanemab, TRAILBLAZER-ALZ 2), JAMA, 2024 ; AMM Commission Européenne Leqembi®, 15 avril 2025 ; Réseau Pro Santé — Panorama international de la MA 2024-2025 ; Ameli.fr — Maladie d’Alzheimer : traitement et rôle des aidants. Anne-Sophie DELEPOULLE (Dr en Pharmacie) — Dernière mise à jour : mai 2026.



