Phytothérapie gynécologique : plantes et bourgeons pour le cycle féminin
Règles douloureuses, SPM, libido : plantes et gemmothérapie efficaces. Guide pharmacien fondé sur les méta-analyses 2020–2024.

La phytothérapie gynécologique accompagne les femmes depuis l’Antiquité, mais c’est seulement depuis une vingtaine d’années que les essais cliniques randomisés commencent à en préciser les mécanismes et les indications réelles. Règles douloureuses, syndrome prémenstruel, cycles irréguliers, libido fluctuante : les plantes et les bourgeons (gemmothérapie) offrent des outils d’accompagnement dont certains ont aujourd’hui un niveau de preuve solide, d’autres un usage traditionnel bien établi. Ce guide, actualisé avec les données publiées jusqu’en 2024, vous aide à distinguer les deux — et à conseiller juste au comptoir.
⚠️ Les plantes à action hormonale (gattilier, sauge, réglisse, grémil) nécessitent un avis médical ou pharmaceutique avant utilisation. Plusieurs sont formellement contre-indiquées pendant la grossesse.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Phytothérapie gynécologique : soulager les règles douloureuses (dysménorrhée)
- 2. Phytothérapie gynécologique : règles trop abondantes (hyperménorrhée)
- 3. Huiles d’onagre et de bourrache : les précurseurs de prostaglandines anti-inflammatoires
- 4. Phytothérapie gynécologique : syndrome prémenstruel (SPM)
- 5. Plantes à éviter pendant les règles
- 6. Gemmothérapie gynécologique : bourgeons et jeunes pousses pour le cycle féminin
- 7. Tableau récapitulatif : niveaux de preuve et posologies
1. Phytothérapie gynécologique : soulager les règles douloureuses (dysménorrhée)
La dysménorrhée primaire (douleurs de règles sans lésion organique) touche 50 à 90 % des femmes en âge de procréer — c’est la première cause de consultations gynécologiques chez l’adolescente. Son mécanisme est bien connu : en fin de cycle, la chute de progestérone déclenche une libération massive de prostaglandines PGE2 et PGF2α (des médiateurs inflammatoires) par l’endomètre (la muqueuse utérine). Ces prostaglandines provoquent des contractions utérines ischémiantes — littéralement, elles coupent l’alimentation en oxygène du muscle utérin — d’où les crampes. Les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens, type ibuprofène) sont le traitement de référence parce qu’ils bloquent la cyclooxygénase (COX), l’enzyme qui fabrique ces prostaglandines. Plusieurs plantes partagent tout ou partie de ce mécanisme.
Camomille matricaire — Tanacetum parthenium
La camomille matricaire (à ne pas confondre avec la camomille romaine, Chamaemelum nobile) contient du parthénolide, un lactone sesquiterpénique qui inhibe la phospholipase A2 et les COX, réduisant ainsi la synthèse des prostaglandines inflammatoires. Elle exerce également un effet spasmolytique direct sur le muscle lisse utérin.
Posologie validée : infusion 10 g/L de capitules, 15 min, 250–500 ml/jour dès J−2 des règles. En teinture mère : 15 à 25 gouttes par prise, renouvelable.
Contre-indication : hypersensibilité aux Astéracées (arnica, souci, camomille) — allergie croisée fréquente et cliniquement significative.
ℹ️ Camomille matricaire vs camomille romaine : ne pas confondre
La matricaire (Tanacetum parthenium) est la camomille de choix en gynécologie pour son action antispasmodique et anti-inflammatoire. La camomille romaine (Chamaemelum nobile) est plus utilisée pour les troubles digestifs. En pratique au comptoir, précisez toujours l’espèce latine pour éviter les confusions.
Fenouil — Foeniculum vulgare
Les fruits de fenouil contiennent de l’anéthole et de la fenchone, composés dotés d’effets antispasmodiques, anti-inflammatoires et d’une légère activité phytoestrogénique. La méta-analyse de Lee HW et al. (Nutrients, 2020), portant sur 12 ECR et 502 patientes, a conclu que le fenouil réduit la douleur de façon équivalente à l’acide méfénamique (un AINS), avec un profil de tolérance favorable. C’est à ce jour la plante la mieux documentée dans la dysménorrhée primaire.
Posologie : 30 gouttes de teinture mère 3×/jour dès J1, ou infusion de 2 g de fruits concassés dans 150 ml d’eau bouillante, 3–4 tasses/jour.
⚠️ Depuis les avis EMA/HMPC 2023 et EFSA 2024 sur l’estragole (composé potentiellement génotoxique à dose élevée), le fenouil en tisane médicinale quotidienne prolongée est déconseillé pendant la grossesse et l’allaitement.
Gingembre — Zingiber officinale
Les gingérols et shogaols du rhizome de gingembre inhibent les cyclooxygénases COX-1 et COX-2, mais aussi la 5-lipoxygénase — une double action anti-inflammatoire que n’ont pas les AINS classiques. Une revue systématique Cochrane (2016, mise à jour 2020) a confirmé son efficacité dans la dysménorrhée primaire, et la Société des Obstétriciens et Gynécologues du Canada (SOGC, 2017) le recommande en traitement complémentaire avec une cote de recommandation I-A (données issues d’essais randomisés).
Posologie étudiée : 500 à 2 000 mg de poudre de rhizome/jour, répartis en 2–4 prises, à partir de J−2 et durant les 3 premiers jours des règles. À dose supérieure à 4 g/jour, risque d’interactions avec les anticoagulants (effet antiagrégant plaquettaire).
Anémone pulsatille — Anemone pulsatilla
Sédatif et antispasmodique du muscle utérin, la pulsatille est utilisée de façon traditionnelle dans les dysménorrhées accompagnées de flux abondant. Son usage est limité par un profil de sécurité plus étroit : à haute dose, risque d’atteinte rénale. Alcoolature : 20 à 50 gouttes/jour ; dose maximale journalière à ne pas dépasser : 80 gouttes. Réservée à une prescription homéopathique ou phytothérapique encadrée.
Autres plantes antispasmodiques classiques
Viburnum (écorce de tige, Viburnum opulus) : antispasmodique musculotrope utérin. Infusion 10 g/L, 15 min, 250–500 ml/jour. Potentille ansérine (Potentilla anserina, parties aériennes fleuries) : traditionnellement utilisée pour les crampes utérines, usage bien établi selon l’EMA/HMPC (usage traditionnel).
👨⚕️ Conseil au comptoir — Dysménorrhée
Pour une patiente cherchant une alternative végétale aux AINS, le fenouil (le mieux documenté, méta-analyse 2020) et le gingembre (recommandé SOGC I-A) constituent les choix de premier rang. L’association camomille matricaire + gingembre en complément alimentaire est bien tolérée et couvre les deux mécanismes (antispasmodique + anti-COX). À commencer 2 jours avant les règles prévues et à poursuivre les 3 premiers jours — l’anticipation est clé car les prostaglandines sont déjà libérées lors de l’apparition des douleurs.
Cascade prostaglandinique dans la dysménorrhée primaire et cibles des principales plantes utilisées en phytothérapie gynécologique. Sources : Lee et al., Nutrients 2020 ; SOGC Directive 345, 2017 ; EMA/HMPC monographies.
2. Phytothérapie gynécologique : règles trop abondantes (hyperménorrhée)
On parle d’hyperménorrhée (ou ménorragie) lorsque les pertes menstruelles dépassent 80 ml par cycle — le chiffre cliniquement retenu — soit environ 6 protections par jour saturées. Avant de prescrire des plantes hémostatiques, il convient d’éliminer une cause organique (fibrome, polype, troubles de la coagulation, DIU en cuivre), ce qui relève du bilan médical. Dans les hyperménorrhées fonctionnelles (sans lésion retrouvée), certaines plantes peuvent réduire le flux par un mécanisme vasoconstricteur ou utérotonique.
Plantes hémostatiques
Bourse-à-pasteur (Capsella bursa-pastoris, parties aériennes) : contient des flavonoïdes et des amines vasoconstrictrices (bursin) qui réduisent la perméabilité capillaire et favorisent la coagulation locale. Tisane : 2 tasses/jour à partir de J−2. Contre-indication : grossesse (action utérotonique), antécédents de lithiase rénale (oxalates).
Ortie (Urtica dioica, feuilles) : riche en vitamine K (phylloquinone, cofacteur de la coagulation), en fer et en chlorophylle. L’infusion de feuilles (2–3 tasses/jour) est justifiée par son apport nutritionnel en période de pertes abondantes, plus que par un effet pharmacologique direct. Particulièrement utile pour prévenir l’anémie ferriprive — un point souvent négligé.
Plantes utérotoniques
Cyprès (Cupressus sempervirens, cônes) : les cônes contiennent des proanthocyanidines et des diterpènes à action vasoconstrictrice veineuse et utérotonique. Décoction : 15 à 25 g de cônes frais concassés par litre d’eau, bouillir 15 min, une tasse avant chaque repas. Indiqué également en cas de congestion pelvienne et de varices. Bien toléré aux posologies usuelles.
Alchémille millefeuille (Alchemilla vulgaris, sommités fleuries) : plante à la fois antispasmodique et utérotonique, dont l’astringence (tanins) la rend plus adaptée aux règles abondantes que douloureuses. L’EMA classe son usage comme « bien établi » pour les troubles menstruels. Infusion 10 g/L, 15 min, 250–500 ml/jour. En bain de siège pour les convulsions douloureuses du petit bassin : infusion 100 g/20 L. Contre-indication : hypersensibilité aux Astéracées.
👨⚕️ Conseil au comptoir — Hyperménorrhée
Rappeler systématiquement que des règles abondantes peuvent générer une carence martiale (en fer) — la NFS et la ferritinémie sont à vérifier dès 3 cycles symptomatiques. L’ortie en tisane est un geste simple et nutritionnellement cohérent. Si la patiente ne consulte pas encore, l’orienter : une hyperménorrhée persistante mérite un bilan médical avant toute prise en charge phytothérapique.
3. Huiles d’onagre et de bourrache : les précurseurs de prostaglandines anti-inflammatoires
Ces deux huiles méritent une section à part, car leur mécanisme d’action est radicalement différent des plantes antispasmodiques classiques. Elles ne bloquent pas la cascade inflammatoire — elles la rééquilibrent en amont.
Les huiles d’onagre (Oenothera biennis) et de bourrache (Borago officinalis) sont les sources végétales les plus riches en acide gamma-linolénique (GLA, oméga-6) : 7–14 % pour l’onagre, 20–25 % pour la bourrache. Ce GLA est le précurseur de l’acide dihomo-gamma-linolénique (ADGL), qui est ensuite oxydé en prostaglandine E1 (PGE1) via la cyclooxygénase. Or la PGE1 est un puissant anti-inflammatoire et vasodilatateur — l’inverse de la PGE2 pro-inflammatoire responsable des crampes. L’hypothèse centrale : les femmes souffrant de SPM auraient une déficience enzymatique (delta-6-désaturase réduite) qui appauvrit leur production de GLA à partir de l’acide linoléique alimentaire, d’où l’intérêt d’un apport direct.
🔑 À retenir — PGE1 vs PGE2 : la balance prostaglandinique
Imaginez deux équipes adverses : la PGE2 (pro-inflammatoire, contraction utérine) et la PGE1 (anti-inflammatoire, relaxation vasculaire). L’alimentation moderne, pauvre en GLA et riche en acide arachidonique (viandes grasses), penche la balance du côté de la PGE2. Les huiles d’onagre et de bourrache apportent le précurseur manquant pour rééquilibrer en faveur de la PGE1.
Posologie : cure sur les 10 derniers jours du cycle (phase lutéale, après l’ovulation), à renouveler 3 mois minimum. Onagre : 1–3 gélules de 500 mg/jour ; Bourrache : 1–3 gélules de 500 mg/jour (ou association des deux). Précaution : interaction potentielle avec les anticoagulants et les AINS à haute dose (effet sur la coagulation). Déconseillées en cas d’épilepsie (abaissement du seuil épileptogène, notamment pour l’onagre).
⚠️ Niveau de preuve à nuancer
Les essais cliniques sur les huiles d’onagre dans le SPM restent de qualité méthodologique limitée (petits effectifs, hétérogénéité des critères). L’EMA reconnaît un usage traditionnel plausible mécanistiquement, mais ne classe pas ces huiles dans les « usages bien établis ». À présenter aux patientes comme un accompagnement à mécanisme cohérent, et non comme un traitement de première ligne.
4. Phytothérapie gynécologique : syndrome prémenstruel (SPM)
Le syndrome prémenstruel (SPM) touche environ 50 % des femmes en âge de procréer, avec des formes sévères (TDPM, trouble dysphorique prémenstruel) chez 5 % d’entre elles. Son substrat biochimique est complexe : excès relatif d’œstrogènes en phase lutéale par rapport à la progestérone, hyperprolactinémie relative, et — point crucial — sensibilisation des récepteurs à la sérotonine. Les plantes à action hormonale (gattilier, sauge, réglisse) agissent sur cet équilibre. En raison de cette action hormonale, elles nécessitent un avis médical ou pharmaceutique avant utilisation, et ne doivent pas être prises en automédication libre, particulièrement en cas de contraception hormonale, d’antécédents de cancer hormono-dépendant ou de désir de grossesse.
Gattilier — Vitex agnus-castus ⭐⭐⭐⭐
C’est la plante la plus documentée dans le SPM. Ses principes actifs — iridoïdes (agnuside), flavonoïdes (casticine), diterpènes (rotundifurane) — se fixent sur les récepteurs D2 à la dopamine de l’hypophyse, inhibant la sécrétion de prolactine. C’est un mécanisme analogue à celui de la bromocriptine (médicament anti-prolactinémiant), mais avec un profil de tolérance bien supérieur. En réduisant la prolactine, le gattilier restaure indirectement l’équilibre progestérone/œstrogènes en phase lutéale.
La revue systématique de Cerqueira et al. (Archives of Gynecology and Obstetrics, 2017), incluant 8 ECR, a conclu que le gattilier est une alternative sûre et efficace dans le traitement du SPM et du TDPM. Plus récemment, Höller et al. (Archives of Gynecology and Obstetrics, 2024) ont rapporté une amélioration des douleurs menstruelles chez environ 85 % des femmes traitées après 3 mois. En pratique, c’est la plante de choix si le SPM est dominé par la mastalgie (douleurs aux seins), l’irritabilité ou les cycles irréguliers liés à une insuffisance lutéale.
Posologie : 20–40 mg/jour d’extrait sec standardisé (ou équivalent), dans la deuxième moitié du cycle (J14 à J28), pendant au minimum 3 cycles consécutifs. Effets indésirables : prurit, réactions urticariennes (rares). Contre-indications : grossesse (action hormonale), allaitement, traitement dopaminergique, antécédents de tumeur hypophysaire.
Sauge — Salvia officinalis
La sauge contient des phytoestrogènes (biochanine A, formononétine) qui se fixent faiblement sur les récepteurs aux œstrogènes ER-β, modulant les effets des œstrogènes endogènes. Elle est traditionnellement utilisée pour régulariser le cycle et faciliter la conception. Elle contient également de la thuyone (une cétone monoterpénique neurotoxique à forte dose) — ce qui impose de ne pas dépasser les doses recommandées et de ne pas l’utiliser en huile essentielle interne sans encadrement professionnel. Contre-indiquée pendant la grossesse et l’allaitement, et chez les patientes épileptiques.
Réglisse — Glycyrrhiza glabra
La glycyrrhizine de la réglisse exerce une double action hormonale contradictoire en apparence : elle abaisse les taux d’œstrogènes (inhibition de la 17-bêta-hydroxystéroïde déshydrogénase) tout en faisant augmenter ceux de progestérone — ce qui rééquilibre le ratio en phase lutéale. Elle est particulièrement utile en cas de SPM avec rétention d’eau et ballonnements. Limite majeure : la glycyrrhizine inhibe la 11-bêta-hydroxystéroïde déshydrogénase, entraînant un effet minéralocorticoïde (pseudohyperaldostéronisme) — hypertension, rétention sodée, hypokaliémie — dès 100 mg/jour de glycyrrhizine sur plusieurs semaines. Elle est donc contre-indiquée en cas d’hypertension, d’hypokaliémie, d’insuffisance rénale, hépatique ou cardiaque.
Gattilier, alchémille, achillée, salsepareille — phytoprogestagènes
L’alchémille vulgaire (Alchemilla vulgaris), l’achillée millefeuille (Achillea millefolium) et la salsepareille (Smilax officinalis) sont traditionnellement regroupées parmi les plantes « phytoprogestagènes » — terme à utiliser avec prudence, car les données pharmacologiques précises sur leurs mécanismes d’action hormonale chez l’humain restent limitées. Leur usage relève de l’accompagnement traditionnel bien établi, pas d’une recommandation de grade A.
⚠️ Grémil (Lithospermum officinale) — freinateur hypophysaire puissant
Le grémil (semences) est un inhibiteur hypothalamo-hypophysaire, thyroïdien et ovarien. Son usage en automédication est fortement déconseillé. Il est cité ici pour mémoire mais ne doit être utilisé que sous prescription médicale spécialisée, dans des contextes très précis (endométriose, hyperœstrogénie documentée). Aucun essai clinique contrôlé récent ne soutient son usage en SPM de première intention.
👨⚕️ Conseil au comptoir — SPM
Le gattilier est votre premier choix si la patiente vous décrit un SPM avec mastalgie, irritabilité et cycles courts ou irréguliers (signes d’insuffisance lutéale). À minimum 3 cycles pour évaluer l’efficacité. Si la patiente est sous contraceptif hormonal, orienter vers le médecin avant de démarrer : l’action dopaminergique du gattilier peut interférer avec certaines pilules. Pour un SPM dominé par les ballonnements et la rétention d’eau, un bref cycle de réglisse (max 4–6 semaines, tension artérielle surveillée) peut être envisagé.
5. Plantes à éviter pendant les règles
Un point pratique souvent oublié au comptoir : éviter les plantes diurétiques pendant les règles. Les menstruations entraînent déjà des pertes en magnésium, en potassium et en fer. Ajouter un diurétique (reine-des-prés, orthosiphon, piloselle, pissenlit) majore les pertes minérales au moment où l’organisme en a le plus besoin — risque d’aggraver les crampes (hypomagnésémie) et la fatigue (déplétion électrolytique). Cette recommandation, simple à donner au comptoir, peut changer significativement le vécu des règles pour les femmes qui consomment des tisanes drainantes en continu.
🚫 Plantes à suspendre pendant les règles
Orthosiphon, piloselle, reine-des-prés (à visée diurétique), ainsi que les plantes émménagogues trop stimulantes (armoise à haute dose, pulsatille > dose usuelle) : les suspendre dès les règles et les reprendre en phase folliculaire. À l’inverse, l’ortie en tisane est à encourager pendant les règles pour son apport en fer et en vitamine K.
6. Gemmothérapie gynécologique : bourgeons et jeunes pousses pour le cycle féminin
La gemmothérapie (du latin gemma, bourgeon) utilise les bourgeons et jeunes pousses de plantes en macération glycérinée à 1DH. L’hypothèse fondatrice (Pol Henry, puis Max Tétau) est que ces tissus méristématiques embryonnaires concentrent des facteurs de croissance, des phytohormones et des précurseurs enzymatiques absents dans la plante adulte. Il n’existe pas à ce jour d’essais cliniques randomisés de qualité suffisante pour valider cette approche en gemmothérapie gynécologique. Elle relève de l’accompagnement complémentaire, non d’un traitement de première intention. Cela dit, son profil de sécurité est bon et les patientes rapportent souvent une amélioration notable du confort de cycle.
Jeunes pousses de framboisier — Rubus idaeus — « la plante féminine de la puberté à la ménopause »
Le framboisier est considéré comme le bourgeon gynécologique de référence. Son action repose sur plusieurs mécanismes :
- Action œstrogène-like : équilibre la chute hormonale en fin de cycle, réduisant la brutalité des contractions utérines.
- Stimulation de la progestérone et diminution de la sensibilité des récepteurs utérins à l’ocytocine (hormone des contractions) → effet spasmolytique.
- Fragarine (composé des tissus embryonnaires) : action décontractante sur le muscle utérin, réduisant la force et la fréquence des contractions.
- Acide ellagique : puissant antioxydant, action régulatrice du système neuro-végétatif (légère influence sur la libido).
Posologie : MG 1DH, 40 gouttes matin et soir dans un verre d’eau, 1 mois sur 2. Pour les adolescentes, cure de 3 mois consécutifs au démarrage.
Bourgeons de pommier — Malus communis
Les bourgeons de pommier ont une action progestérone-like, utile pour harmoniser les cycles chez l’adolescente et en cas d’irrégularités liées à une insuffisance lutéale. Ils sont souvent associés au framboisier pour une action complémentaire sur les deux versants du cycle. Posologie : 7 gouttes par jour dans un peu d’eau, en deuxième partie du cycle (J14–J28).
Jeunes pousses de ronce — Rubus fructicosus — fibromes
Les jeunes pousses de ronce jouent un rôle d’oxygénation sanguine locale et sont utilisées en gemmothérapie en accompagnement gynécologique dans les fibromes utérins, souvent en association avec les bourgeons de Vaccinium vitis-idaea (airelle). Il s’agit d’une approche d’accompagnement complémentaire à la prise en charge médicale — un fibrome diagnostiqué nécessite un suivi échographique régulier.
Jeunes pousses de séquoia — Sequoia gigantea — libido et tonus général
Le séquoia est un tonique des glandes endocriniennes à action lente et durable. Il mobilise l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique et est utilisé pour la baisse de libido féminine, les syndromes fonctionnels neuro-sexuels et la déprime de fond. À ne pas prendre le soir — risque d’insomnie. Posologie : MG 1DH, 15–20 gouttes le matin, cure minimale de 2 mois. Souvent associé aux bourgeons de chêne (Quercus robur) pour un effet adaptogène plus complet.
👨⚕️ Conseil au comptoir — Gemmothérapie
La gemmothérapie est particulièrement bien adaptée à l’adolescente dont les cycles sont en cours de régulation (association framboisier + pommier), et à la patiente qui souhaite une approche douce sans action hormonale directe. Expliquer que les résultats sont progressifs (minimum 2–3 mois) et que c’est une démarche d’accompagnement. Le framboisier reste le bourgeon « fil rouge » que l’on peut proposer en premier à quasi toutes les femmes présentant des cycles douloureux ou irréguliers, sans contre-indication notable.
7. Tableau récapitulatif — Phytothérapie et gemmothérapie gynécologiques
| Plante / Bourgeon | Indication principale | Mécanisme clé | Posologie usuelle | Niveau de preuve ⭐ | Précautions majeures |
|---|---|---|---|---|---|
| Fenouil (Foeniculum vulgare) | Dysménorrhée primaire | Anti-COX, antispasmodique, phytoestrogénique (anéthole) | 30 gttes TM × 3/j, J−2 à J+3 | ⭐⭐⭐⭐ (méta-analyse 12 ECR, Lee 2020) | CI grossesse/allaitement (estragole, EMA 2023) ; épilepsie |
| Gingembre (Zingiber officinale) | Dysménorrhée primaire | Anti-COX-1, COX-2 ET 5-LOX (gingérols, shogaols) | 500–2000 mg/j poudre, J−2 à J+3 | ⭐⭐⭐⭐ (SOGC recommandation I-A, 2017) | Interaction anticoagulants > 4 g/j ; AINS |
| Camomille matricaire (Tanacetum parthenium) | Dysménorrhée, SPM | Inhibition phospholipase A2 (parthénolide), antispasmodique | Infusion 10 g/L, 250–500 ml/j | ⭐⭐⭐ (usage traditionnel EMA ; ECR limités) | Allergie aux Astéracées ; CI grossesse |
| Gattilier (Vitex agnus-castus) | SPM, TDPM, insuffisance lutéale, mastalgie | Agoniste dopamine D2 → inhibition prolactine | 20–40 mg/j ES, 2e moitié du cycle, ≥ 3 mois | ⭐⭐⭐⭐ (Cerqueira 2017, 8 ECR ; Höller 2024) | CI grossesse, allaitement, traitement dopaminergique ; interaction contraceptifs hormonaux |
| Huile d’onagre + bourrache | SPM, mastalgie, dysménorrhée | GLA → ADGL → PGE1 (anti-inflammatoire) | 1–3 g/j, 10 derniers jours du cycle, 3 mois min. | ⭐⭐ (mécanisme cohérent ; ECR de faible qualité) | CI épilepsie (onagre) ; interaction anticoagulants |
| Alchémille vulgaire (Alchemilla vulgaris) | Règles abondantes, SPM | Astringent (tanins), utérotonique, antispasmodique | Infusion 10 g/L, 250–500 ml/j | ⭐⭐⭐ (usage bien établi EMA) | Allergie aux Astéracées ; CI grossesse (utérotonique) |
| Cyprès (Cupressus sempervirens) | Règles abondantes, congestion pelvienne | Vasoconstricteur veineux, utérotonique (proanthocyanidines) | Décoction 15–25 g cônes/L, 3 tasses/j | ⭐⭐ (usage traditionnel) | Bien toléré aux doses usuelles |
| Réglisse (Glycyrrhiza glabra) | SPM (rétention d’eau, irritabilité) | ↓ œstrogènes, ↑ progestérone (glycyrrhizine) | 4–6 sem max ; max 100 mg/j glycyrrhizine | ⭐⭐ (données traditionnelles ; pharmacologie établie) | CI HTA, hypokaliémie, IR, IH, IC. Interaction diurétiques, digoxine, corticoïdes |
| Framboisier JP (Rubus idaeus) | Cycles douloureux, irréguliers (gemmothérapie) | Œstrogène-like, ↑ progestérone, fragarine spasmolytique | MG 1DH — 40 gttes matin + soir, 1 mois/2 | ⭐ (gemmothérapie, pas d’ECR) | Grossesse : avis médical avant usage prolongé |
| Pommier Bg (Malus communis) | Cycles irréguliers adolescente (gemmothérapie) | Progestérone-like | MG 1DH — 7 gttes/j, J14–J28 | ⭐ (gemmothérapie, pas d’ECR) | Bien toléré |
| Séquoia JP (Sequoia gigantea) | Libido féminine, tonus général (gemmothérapie) | Tonique endocrinien, axe hypothalamo-hypophyso-gonadique | MG 1DH — 15–20 gttes le matin, ≥ 2 mois | ⭐ (gemmothérapie, pas d’ECR) | Ne pas prendre le soir (insomnie) |
🔑 En résumé — Phytothérapie gynécologique
Pour la dysménorrhée primaire, le fenouil (méta-analyse 2020, équivalent AINS) et le gingembre (recommandation SOGC I-A) constituent les choix végétaux les mieux documentés — à commencer 2 jours avant les règles pour anticiper la cascade prostaglandinique. Pour le syndrome prémenstruel, le gattilier est la plante de référence (8 ECR positifs) : son action anti-prolactinémique restaure l’équilibre progestérone/œstrogènes, mais une durée minimale de 3 cycles est nécessaire. Les huiles d’onagre et de bourrache (GLA → PGE1) restent un accompagnement cohérent mécanistiquement pour la mastalgie et les crampes, malgré un niveau de preuve modéré. En gemmothérapie, le framboisier est le bourgeon gynécologique central (œstrogène-like + spasmolytique), idéal de la puberté à la préménopause. Rappeler systématiquement que les plantes à action hormonale nécessitent un avis professionnel — et que certaines (réglisse, grémil) ont des contre-indications sérieuses.
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Avertissement médical : Cet article est rédigé à titre informatif et éducatif par un docteur en pharmacie. Il ne se substitue pas à un avis médical personnalisé. Les plantes à action hormonale (gattilier, sauge, réglisse, grémil) nécessitent un avis médical ou pharmaceutique. Toute douleur gynécologique persistante ou règle très abondante doit faire l’objet d’une consultation médicale pour éliminer une cause organique (endométriose, fibrome, pathologie ovarienne). Ne pas utiliser ces plantes en cas de grossesse, d’allaitement ou de traitement médicamenteux sans avis professionnel.
Sources principales : Lee HW et al., Nutrients 2020 ; Cerqueira RO et al., Arch Gynecol Obstet 2017 ; Höller M et al., Arch Gynecol Obstet 2024 ; Kirsch E et al., J Pain Res 2024 ; SOGC Directive clinique n°345, 2017 ; EMA/HMPC — Monographies Foeniculi amari fructus, Alchemilla vulgaris, Matricariae flos ; EFSA — Scientific Opinion on estragole, 2024 ; Drebka A et al., BMC Complementary Medicine and Therapies 2025. Liens externes de référence : has-sante.fr — EMA Herbal Products Committee (HMPC).
Anne-Sophie DELEPOULLE — Docteur en Pharmacie — Dernière mise à jour : mai 2025

