Suppléments grossesse : vitamines, fer, DHA — ce qu’il faut vraiment prendre ?
Acide folique, vitamine D, DHA, fer, vitamine A : ce qui est prouvé, ciblé ou dangereux. Guide fondé sur CNGOF, HAS et ANSES.

Les suppléments grossesse font l’objet d’une confusion persistante : entre les deux molécules vraiment recommandées par le CNGOF et la HAS, celles qui relèvent d’une indication ciblée, et celles qui présentent un risque réel, les femmes enceintes naviguent souvent à vue entre des conseils contradictoires et des rayons de pharmacie saturés. Un point concentre particulièrement les erreurs au comptoir : l’huile de foie de morue, perçue comme bénéfique, apporte en réalité une dose de rétinol qui dépasse systématiquement la limite de sécurité fixée pour la femme enceinte. Cet article, fondé sur les recommandations du CNGOF, de la HAS (Suivi des femmes enceintes, 2016) et de l’ANSES, fait le point sur ce qui est utile, ce qui est inutile, et ce qui est dangereux — avec la distinction clé entre rétinol tératogène et bêta-carotène sans risque.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Pourquoi les besoins augmentent-ils pendant la grossesse ?
- 2. Suppléments grossesse systématiquement recommandés
- 3. Les suppléments grossesse à envisager selon le profil
- 4. Vitamine A : rétinol et bêta-carotène, deux réalités très différentes
- 5. Huile de foie de morue : un cas particulier à bien comprendre
- 6. Suppléments grossesse sans argument solide
- 7. Ce qu’il ne faut pas prendre : contre-indications et dangers
- 8. Tableau récapitulatif par période de la grossesse
- 9. Quand consulter un professionnel de santé ?
1. Pourquoi les besoins augmentent-ils pendant la grossesse ?
La grossesse sollicite l’organisme maternel de façon intense et progressive : augmentation du volume sanguin (+ 40 à 50 % en moyenne), développement du placenta, croissance fœtale, constitution des réserves du nouveau-né. Ces phénomènes multiplient les besoins en certains micronutriments — parfois par deux ou quatre — alors même que l’absorption intestinale n’augmente pas spontanément pour tous.
Trois mécanismes principaux expliquent les risques de carence :
- L’hémodilution (dilution du sang par expansion plasmatique) : l’augmentation du volume plasmatique dilue les concentrations sériques de nombreuses vitamines et minéraux, même sans déficit réel — un piège interprétatif au bilan biologique.
- Le transfert actif vers le fœtus : le placenta priorise les apports fœtaux au détriment des stocks maternels pour certains nutriments (fer, folates, calcium, DHA) via des transporteurs dédiés — le fœtus passe en premier, la mère supporte le déficit.
- Les modifications métaboliques : les folates, par exemple, sont convertis en forme active par l’enzyme MTHFR (méthylènetétrahydrofolate réductase) — une conversion génétiquement altérée chez environ 40 à 50 % des femmes selon les données de l’INSERM.
🔑 Principe fondamental
Une alimentation variée et équilibrée couvre la majorité des besoins supplémentaires, mais ne peut pas garantir des apports optimaux en folates et en vitamine D dans le contexte français. La supplémentation médicamenteuse complète ce que l’alimentation ne peut pas garantir seule — elle ne la remplace pas. L’automédication, même avec des produits « naturels », comporte des risques réels pendant la grossesse.
Les trois mécanismes principaux de carence en suppléments grossesse : hémodilution, transfert placentaire prioritaire et variations génétiques du métabolisme des folates.
👨⚕️ Implication pratique au comptoir
Quand une patiente enceinte vous présente un bilan biologique avec une ferritinémie « basse normale », ne concluez pas à une carence réelle sans tenir compte de l’hémodilution physiologique. En parallèle, si elle n’a pas commencé l’acide folique avant la conception, c’est déjà trop tard pour la fermeture du tube neural — mais il faut quand même la démarrer immédiatement pour les autres effets neuro-développementaux du folate.
2. Suppléments grossesse systématiquement recommandés
Le CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) et la HAS s’accordent sur deux supplémentations universelles, indépendantes du statut alimentaire de la femme. Ce sont les seules pour lesquelles le niveau de preuve justifie une prescription non ciblée.
Acide folique (vitamine B9)
C’est la supplémentation la mieux documentée et la plus urgente. Les travaux princeps de MRC Vitamin Study Research Group (The Lancet, 1991) ont établi que l’acide folique réduit de 72 % la récurrence des anomalies de fermeture du tube neural — structure embryonnaire qui deviendra la moelle épinière et le cerveau. Ce phénomène survient entre le 22e et le 28e jour après la fécondation, soit avant même que beaucoup de femmes aient connaissance de leur grossesse. Une méta-analyse Cochrane (Lassi et al., Cochrane Database, 2021, 14 essais, n = 7 946) a confirmé ces résultats en prévention primaire.
Pourtant, selon l’Enquête Nationale Périnatale 2021, seules 25 à 30 % des femmes sont supplémentées correctement en période préconceptionnelle en France — un retard de prescription massif aux conséquences évitables.
ℹ️ La question du méthylfolate
Environ 40 à 50 % de la population porte une variante du gène MTHFR (méthylènetétrahydrofolate réductase — l’enzyme qui transforme l’acide folique synthétique en sa forme active dans la cellule) qui réduit la capacité de conversion. Ces femmes produisent moins de 5-méthyltétrahydrofolate (méthylfolate), la forme biologiquement opérationnelle. Certains compléments proposent directement le méthylfolate. En l’absence de dépistage génétique systématique en France, la supplémentation standard en acide folique reste la référence ; le méthylfolate peut être envisagé sur avis médical en cas d’antécédents ou de suspicion forte de cette variante.
Vitamine D
La vitamine D joue un rôle majeur dans la minéralisation du squelette fœtal (via l’absorption intestinale du calcium qu’elle contrôle), la maturation pulmonaire et l’immunité néonatale. Selon l’Étude Nationale Nutrition Santé (ENNS, Czernichow et al., 2009), plus de 80 % des adultes français présentent une insuffisance en vitamine D — chiffre encore plus élevé au nord de Paris où l’ensoleillement est insuffisant pendant 6 mois par an pour synthétiser des quantités biologiquement significatives.
Une méta-analyse publiée dans le BMJ (Aghajafari et al., BMJ, 2013, 31 études, n = 2 475) a montré qu’un faible taux maternel de vitamine D est associé à un risque accru de diabète gestationnel, de pré-éclampsie et de faible poids de naissance. La recommandation CNGOF est une dose unique de 100 000 UI au début du 7e mois de grossesse. Les doses de charge répétées (> 100 000 UI) sont à proscrire.
👨⚕️ Implication pratique au comptoir
La prescription de vitamine D pendant la grossesse relève du médecin ou de la sage-femme. En officine, vérifiez systématiquement qu’aucun cumul ne se produit entre la dose unique prescrite au 7e mois et un complément multivitaminé grossesse contenant déjà de la vitamine D — un doublon fréquent qui peut faire dépasser le seuil de sécurité. Si la patiente prend une ampoule de 100 000 UI et un complément multivitaminé avec 400 UI/j, il faut interrompre le complément le mois concerné.
3. Les suppléments grossesse à envisager selon le profil
Ces micronutriments ne font pas l’objet d’une prescription systématique, mais leur supplémentation est justifiée dans des situations précises, après évaluation clinique et/ou biologique. Ils ne doivent pas être initiés en automédication.
Fer
Les besoins en fer augmentent considérablement au cours de la grossesse (600 mg à 1 g de fer supplémentaire nécessaire sur l’ensemble de la grossesse selon l’OMS). L’absorption intestinale du fer, via les transporteurs DMT1 (Divalent Metal Transporter 1) et ferroportine, augmente naturellement en réponse à la baisse de l’hepcidine — l’hormone régulatrice qui bloque habituellement l’absorption. Une alimentation riche en produits d’origine animale (fer héminique, mieux absorbé que le fer non héminique végétal) couvre souvent les besoins.
La supplémentation est recommandée uniquement en cas de carence martiale confirmée biologiquement. Les données françaises (Enquête Nationale Périnatale 2021) indiquent que 10 à 40 % des femmes enceintes présentent un statut martial bas, et 1 à 3 % une anémie ferriprive avérée.
⚠️ Mise en garde : le fer en excès est toxique
Un excès de fer génère un stress oxydatif placentaire via la production de radicaux libres (réaction de Fenton), associé dans plusieurs études de cohorte à un risque accru d’hypotrophie fœtale et de prématurité (Casanueva et al., Nutrition Reviews, 2003). Ne jamais supplémenter en fer sans bilan sanguin préalable. Surveillez l’hémogramme après 6 semaines de traitement et arrêtez dès normalisation du bilan.
Iode
Les besoins en iode augmentent pendant la grossesse (175 à 200 µg/j recommandés par l’OMS) en raison d’une stimulation thyroïdienne accrue et d’une augmentation de la clairance rénale de l’iodure. Cependant, la HAS (Grade A) ne recommande pas de supplémentation systématique en iode en dehors des populations identifiées comme carencées. Une supplémentation ciblée (100 µg/j) peut se justifier en cas de régime végétalien strict, de tabagisme, de grossesses rapprochées, de vomissements itératifs, ou de résidence en zone historiquement carencée (massifs montagneux). Elle est contre-indiquée en cas d’hyperthyroïdie ou de nodule thyroïdien.
DHA (oméga-3)
Le DHA (acide docosahexaénoïque) est un acide gras polyinsaturé en oméga-3 à longue chaîne, constituant majeur des membranes neuronales et rétiniennes. Le fœtus est incapable de synthétiser son propre DHA en quantités suffisantes — il dépend entièrement des apports maternels via le transporteur placentaire MFSD2A (Major Facilitator Superfamily Domain-containing 2A), particulièrement actif au 3e trimestre. Les apports recommandés sont d’au moins 200 à 250 mg/j de DHA (EFSA, 2012). Les sources alimentaires principales sont les poissons gras (sardine, maquereau, hareng, saumon) consommés 2 fois par semaine.
Calcium
Les besoins sont généralement couverts par 3 à 4 produits laitiers quotidiens. Une supplémentation peut être nécessaire chez les végétaliennes, les adolescentes enceintes, et les femmes à risque de pré-éclampsie — où 1 g/j de calcium divise par deux ce risque dans les populations carencées selon une méta-analyse Cochrane (Hofmeyr et al., Cochrane Database, 2018, 27 essais, n = 18 064).
👨⚕️ Implication pratique au comptoir
Pour les besoins en DHA, orientez systématiquement vers une huile de poisson purifiée (extraite de la chair ou du corps de petits poissons pélagiques) plutôt que vers l’huile de foie de morue — voir section 5. Si une patiente végétalienne enceinte se présente au comptoir, pensez à un bilan multi-carences : B12, fer, zinc, iode, calcium et DHA peuvent tous être déficitaires simultanément, et une seule supplémentation ciblée ne suffit pas.
4. Vitamine A : rétinol et bêta-carotène, deux réalités très différentes
C’est l’un des points les plus mal compris par les patients — et parfois par les professionnels de santé. Sous l’appellation générique « vitamine A » se cachent en réalité deux entités biochimiques dont les risques pendant la grossesse sont radicalement opposés. Les confondre peut avoir des conséquences graves.
Le rétinol : la vitamine A préformée d’origine animale
Le rétinol est la forme animale, préformée et directement assimilable de la vitamine A — présent dans le foie (jusqu’à 10 000 µg ER pour 100 g de foie de veau), l’huile de foie de morue, les produits laitiers entiers et les œufs. Une fois ingéré, il est absorbé tel quel par les entérocytes via le transporteur STRA6, stocké dans le foie maternel, et s’accumule sans mécanisme d’autorégulation.
Le mécanisme de tératogénicité est bien documenté : en excès, le rétinol active de façon anarchique les récepteurs RAR (Retinoic Acid Receptors), facteurs de transcription qui régulent le développement des organes en formation. Cet excès de signalisation perturbe la morphogenèse du cœur, du système nerveux central, du crâne et des membres. L’ANSES confirme que des apports supérieurs à 700 µg d’équivalent rétinol (ER) par jour en suppléments sont associés à un risque de malformations congénitales.
Le bêta-carotène : la provitamine A végétale, sans risque
Le bêta-carotène est un caroténoïde d’origine végétale (carottes, patate douce, courge, épinards, abricots, mangues). Sa conversion en rétinol actif s’effectue par l’enzyme intestinale BCO1 (bêta-carotène-15,15′-dioxygénase) selon un mécanisme autorégulé : quand les stocks hépatiques de rétinol sont suffisants, l’expression de BCO1 est réprimée par les récepteurs RARα — la conversion ralentit spontanément (Lobo et al., Journal of Biological Chemistry, 2010). Il ne s’accumule donc pas sous forme toxique. L’ANSES confirme que les apports alimentaires en bêta-carotène sont sans danger, même durant la grossesse.
🔑 Le point clé : rétinol vs bêta-carotène
| Rétinol (vitamine A préformée) | Bêta-carotène (provitamine A) | |
|---|---|---|
| Origine | Animale (foie, huile de foie de morue, produits laitiers) | Végétale (carottes, courge, épinards, fruits orangés) |
| Mécanisme de conversion | Directe via STRA6 — non régulée | Autorégulée par BCO1 selon stocks hépatiques |
| Accumulation possible | Oui — liposoluble, stocké indéfiniment dans le foie | Non — conversion freinée si stocks suffisants |
| Risque tératogène | Oui, documenté au-delà de 700 µg ER/j (ANSES, HAS) | Non — aucun effet tératogène documenté |
| Niveau de preuve |
⭐⭐⭐⭐⭐ Tératogénicité établie
Niveau de preuve Élevé Données issues d’études épidémiologiques humaines (Rosa et al., Teratology, 1994) et confirmées par les agences réglementaires ANSES, EFSA, HAS. Contre-indication formelle au-delà du seuil. |
⭐⭐⭐⭐ Innocuité bien établie
Niveau de preuve Solide Données convergentes de plusieurs études humaines et animales. Mécanisme d’autorégulation (BCO1) clairement identifié. Position ANSES confirmée. |
| Pendant la grossesse | Suppléments et foie à éviter — alimentation suffit | Sans restriction — fruits et légumes colorés bienvenus |
Sources : ANSES — Vitamine A & caroténoïdes provitaminiques ; Lobo et al., J Biol Chem, 2010 ; Rosa et al., Teratology, 1994.
🚫 Ce qu’il faut vérifier sur les étiquettes de compléments
Certains compléments multivitaminés affichent de la « vitamine A » : vérifiez toujours s’il s’agit de rétinol (acétate ou palmitate de rétinyle) ou de bêta-carotène. La mention « vitamine A sous forme de bêta-carotène » est rassurante. La mention « acétate de rétinyle » ou « palmitate de rétinyle » appelle à vérifier la dose totale et à ne pas cumuler avec d’autres sources de rétinol (foie, multivitamines, huile de foie de morue).
👨⚕️ Implication pratique au comptoir
Quand une patiente vous demande si elle peut continuer à manger des carottes et des épinards — répondez sans ambiguïté : oui, autant qu’elle veut. Ce sont des sources de bêta-carotène, pas de rétinol. En revanche, si elle vous montre un complément « spécial grossesse » contenant de l’acétate de rétinyle, vérifiez la dose (en µg ER) et comptabilisez le total avec ses autres sources.
5. Huile de foie de morue et grossesse : un cas particulier à bien comprendre
L’huile de foie de morue bénéficie d’une image positive héritée de générations passées, où elle était prescrite comme remède universel contre les carences. Elle revient aujourd’hui en force dans les rayons bien-être et suscite fréquemment des questions au comptoir. La réalité de sa composition impose une mise au point sans équivoque.
Une composition à triple actif — dont un problématique
L’huile de foie de morue se distingue de l’huile de poisson ordinaire par sa teneur naturellement élevée en trois micronutriments simultanément : les acides gras oméga-3 (EPA et DHA), la vitamine D, et la vitamine A sous forme de rétinol. C’est précisément cette richesse en rétinol — liée à l’organe d’extraction, le foie, siège de stockage de la vitamine A chez tous les vertébrés — qui pose problème pendant la grossesse.
🚫 Huile de foie de morue et grossesse : la conclusion sans ambiguïté
Une cuillère à café d’huile de foie de morue standard apporte en général 1 000 à 1 500 µg de rétinol — soit 1,5 à 2 fois la limite de sécurité fixée par l’ANSES et la HAS pour la femme enceinte. Son usage est donc déconseillé pendant la grossesse et la période périconceptionnelle, même ponctuellement. À cela s’ajoute un risque de contamination par les métaux lourds (mercure, cadmium) propre aux huiles extraites de foies de gros poissons en haut de chaîne alimentaire. Ces risques sont documentés par l’ANSES. Le fait que l’huile de foie de morue soit vendue en pharmacie ne présuppose pas son innocuité pendant la grossesse.
L’alternative adaptée : l’huile de poisson purifiée
Pour bénéficier des apports en DHA sans les risques liés au rétinol, la distinction est simple :
- Huile de foie de morue : extraite du foie, riche en vitamines A et D + oméga-3. À éviter pendant la grossesse.
- Huile de poisson (ou « huile de corps de poisson ») : extraite de la chair ou du corps entier de petits poissons pélagiques (anchois, sardine, hareng). Riche en EPA/DHA, sans vitamine A significative, purifiée des contaminants. Adaptée pendant la grossesse si besoin de supplémentation en oméga-3.
👨⚕️ Implication pratique au comptoir
Quand une patiente enceinte vous demande de l’huile de foie de morue « pour les oméga-3 du bébé » — phrase entendue plusieurs fois par semaine dans de nombreuses officines — orientez-la vers une huile de poisson purifiée en lui expliquant la distinction. Vérifiez sur l’étiquette : (1) la dénomination — « huile de foie » vs « huile de poisson » ; (2) la composition — présence ou absence de vitamine A (acétate/palmitate de rétinyle) ; (3) la certification de pureté contre les métaux lourds. Si la marque ne précise pas la source, c’est un signal d’alerte.
6. Suppléments grossesse sans argument solide
Plusieurs micronutriments sont régulièrement présents dans les compléments « spécial grossesse » sans que les preuves de bénéfice soient suffisantes pour justifier une supplémentation systématique en France.
- Zinc : aucun argument en faveur d’une supplémentation systématique selon le CNGOF. Utile uniquement en cas de carence documentée (rare) ou de régime très restrictif.
- Vitamine A rétinol : les besoins (700 µg ER/j en grossesse selon l’ANSES) sont facilement couverts par l’alimentation ordinaire. Une supplémentation est contre-indiquée à doses élevées.
- Vitamines B6, B1, B2, B12 : les carences sont rares en France avec une alimentation normale. Une supplémentation n’est justifiée qu’en cas de carence prouvée, de végétalisme (B12 en particulier), ou d’hyperémèse gravidique sévère (B1 si vomissements prolongés — risque d’encéphalopathie de Gayet-Wernicke).
- Vitamines C et E : aucune preuve de bénéfice maternel ou fœtal d’une supplémentation systématique — une méta-analyse Cochrane (Rumbold et al., 2015) n’a trouvé aucun bénéfice sur la pré-éclampsie ou les issues néonatales.
ℹ️ Sur les compléments multivitaminés « spécial grossesse »
Ces formulations peuvent être utiles dans des contextes de déficit alimentaire multiple : végétalisme, nausées sévères du premier trimestre, grossesse après chirurgie bariatrique. En dehors de ces situations, elles ne sont pas recommandées systématiquement par la HAS et peuvent exposer à des cumuls non contrôlés — notamment en rétinol ou en vitamine D — si elles sont associées à d’autres suppléments prescrits. Ne jamais cumuler sans avis médical ou pharmaceutique.
👨⚕️ Implication pratique au comptoir
Face à une patiente qui achète un complément multivitaminé grossesse en automédication, prenez 2 minutes pour vérifier sa composition : type de vitamine A (rétinol ou bêta-carotène ?), dose de vitamine D (en UI), et présence de plantes. Si elle prend par ailleurs de la vitamine D prescrite par son médecin, vérifiez qu’elle n’arrive pas à cumuler 100 000 UI + 400 UI/j — et notez-le dans son dossier pharmaceutique.
7. Ce qu’il ne faut pas prendre : contre-indications et dangers
🚫 Règle absolue
Aucun complément alimentaire ne doit être démarré pendant la grossesse sans avis médical ou pharmaceutique préalable, y compris les produits vendus librement ou estampillés « naturels ». La présence d’un complément dans un rayon de pharmacie ne présuppose pas son innocuité pendant la grossesse.
👨⚕️ Implication pratique au comptoir
Quand une patiente enceinte achète des plantes ou des huiles essentielles en libre accès, posez systématiquement la question. Vérifiez dans la liste ANSM des plantes déconseillées en grossesse si vous avez un doute. L’huile essentielle de sauge officinale, de romarin à verbénone, de persil ou de thym à thymol sont fréquemment achetées dans un contexte de bien-être et peuvent déclencher des contractions utérines.
8. Tableau récapitulatif des suppléments grossesse par trimestre
✅ Recommandé systématiquement | ⚠️ Ciblé, sur indication | 🚫 À éviter ou contre-indiqué
Survolez les étoiles ⭐ pour afficher le détail du niveau de preuve.
9. Quand consulter un professionnel pour vos suppléments grossesse ?
La consultation médicale ou pharmaceutique est indispensable dans les situations suivantes :
- Avant de démarrer tout complément alimentaire pendant la grossesse ou en période périconceptionnelle — y compris les produits vendus librement.
- En cas de grossesse sous régime végétalien ou végétarien strict : risques de carences multiples (B12, fer, zinc, iode, calcium, DHA) nécessitant un bilan et une supplémentation adaptée.
- En cas d’antécédents d’anomalie du tube neural, de fausses couches répétées ou de grossesse précédente compliquée : la dose d’acide folique peut être adaptée (5 mg/j).
- En cas de prise de traitements chroniques : certains médicaments (antiépileptiques, méthotrexate, inhibiteurs de la pompe à protons) interfèrent avec l’absorption ou le métabolisme de vitamines et minéraux clés.
- En cas de grossesse après chirurgie bariatrique : les malabsorptions post-chirurgicales exposent à des carences sévères et multiples justifiant un bilan et un suivi spécialisé.
- En cas de fatigue intense, d’essoufflement, de crampes sévères ou de signes évocateurs d’une carence : ne pas s’automédiquer mais consulter pour un bilan biologique ciblé.
Le rôle du pharmacien
En officine, le pharmacien est l’interlocuteur de premier recours pour :
- Vérifier la composition des compléments spontanément achetés (présence de rétinol, de plantes contre-indiquées, doses excessives)
- Identifier les cumuls potentiellement dangereux entre produits prescrits et automédication
- Orienter vers une huile de poisson purifiée plutôt qu’une huile de foie de morue pour les besoins en DHA
- Distinguer bêta-carotène et rétinol sur une étiquette et expliquer cette différence à la patiente
- Rappeler les deux suppléments grossesse systématiquement recommandés et s’assurer de leur bonne observance
👨⚕️ Les acteurs de la prise en charge nutritionnelle
- Médecin généraliste / gynécologue-obstétricien / sage-femme : prescription et suivi des supplémentations, bilans biologiques
- Pharmacien d’officine : vérification des compositions, détection des cumuls, conseil sur les formes et alternatives, analyse des étiquettes
- Diététicien-nutritionniste : accompagnement alimentaire, identification des carences d’apport, adaptation aux régimes spécifiques
🔑 En résumé — Suppléments grossesse
Pendant la grossesse, seules deux supplémentations sont systématiques avec un niveau de preuve élevé : l’acide folique (400 µg/j, dès le projet de grossesse jusqu’à 12 SA — MRC Vitamin Study, Lancet, 1991) et la vitamine D (100 000 UI au 7e mois, ou 400–1 000 UI/j si démarrée plus tôt — Aghajafari et al., BMJ, 2013). Le fer, l’iode, le DHA et le calcium font l’objet d’indications ciblées selon le profil. La grande confusion à lever concerne la vitamine A : le rétinol (animal, préformé, absorbé sans régulation via STRA6) est tératogène au-delà de 700 µg ER/j — et l’huile de foie de morue dépasse systématiquement ce seuil à raison de 1 000 à 1 500 µg ER par cuillère à café. Elle est donc déconseillée pendant toute la grossesse. Le bêta-carotène végétal, en revanche, est sans risque car sa conversion en rétinol est autorégulée par l’enzyme BCO1. Pour les oméga-3, préférez une huile de poisson purifiée (sans vitamine A). Aucun complément alimentaire ne doit être démarré sans avis professionnel pendant la grossesse.
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Cet article est rédigé à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale ou pharmaceutique. Les recommandations citées sont celles du CNGOF, de la HAS, de l’ANSES et de l’EFSA en vigueur au moment de la rédaction. Sources principales : CNGOF — Nutrition et supplémentations pendant la grossesse (2022) ; HAS — Suivi et orientation des femmes enceintes (2016) ; ANSES — Vitamine A et caroténoïdes provitaminiques ; MRC Vitamin Study Research Group, The Lancet, 1991 ; Aghajafari et al., BMJ, 2013 ; Lassi et al., Cochrane Database, 2021 ; Hofmeyr et al., Cochrane Database, 2018 ; Enquête Nationale Périnatale 2021 ; Lobo et al., Journal of Biological Chemistry, 2010 ; Rosa et al., Teratology, 1994.



