Chute des cheveux

La chute de cheveux touche plus de 10 millions de Français — hommes et femmes confondus. Si une chute saisonnière (automne, printemps) est tout à fait normale, certaines pertes capillaires signalent un déséquilibre à prendre en charge. Cet article fait le point sur les mécanismes, les différentes formes d’alopécie et les traitements actuels, mis à jour selon les recommandations 2024-2026.

1. Le cycle pilaire

Le cuir chevelu abrite entre 100 000 et 150 000 follicules pileux. Chaque follicule est indépendant et suit un cycle en trois phases. La papille dermique, richement vascularisée, apporte les nutriments nécessaires à la synthèse de kératine : vitamines B (B5, B6, B8), acides aminés soufrés (méthionine, cystine) et oxygène. La croissance moyenne est de 1 à 1,5 cm par mois, et chaque follicule est programmé génétiquement pour effectuer 25 à 30 cycles au cours de la vie.

Schéma du cycle pilaire : phases anagène, catagène, télogène
Figure 1 — Le cycle pilaire et ses trois phases
Phase Durée % de cheveux concernés Ce qui se passe
Anagène (croissance) 2 à 5 ans ~85 % Division active des cellules folliculaires ; cheveu profondément ancré
Catagène (involution) 2 à 3 semaines ~1 % Arrêt des mitoses, follicule qui remonte vers l’épiderme (cheveu en massue)
Télogène (repos/chute) ~3 mois ~14 % Le cheveu tombant est expulsé par le nouveau cheveu en croissance
💡 À retenir

Il est normal de perdre entre 50 et 100 cheveux par jour, avec des pics saisonniers en août-septembre et au printemps. Au-delà de 100 cheveux/jour de façon prolongée, on parle d’alopécie.

2. Pourquoi perd-on ses cheveux ?

À la naissance, chaque individu dispose d’un capital folliculaire déterminé génétiquement, qui ne peut qu’évoluer à la baisse. La papille dermique peut se fragiliser sous l’effet de quatre mécanismes principaux :

Mécanisme
Explication
Suractivité de la 5α-réductase
Transformation accrue de la testostérone en DHT (dihydrotestostérone), qui raccourcit la phase anagène et miniaturise le follicule. Mécanisme central de l’alopécie androgénétique.
Inflammation folliculaire
Libération de médiateurs inflammatoires lors d’agressions répétées (UV, pollution, stress oxydatif).
Fibrose périfolliculaire
Production excessive de collagène rigidifiant le bulbe, empêchant le cheveu de s’ancrer correctement.
Insuffisance microvasculaire
Mauvaise irrigation de la papille dermique : le follicule se dénutrit progressivement et produit des cheveux de plus en plus fins.

3. Les différentes formes d’alopécie

ℹ️ Alopécie vs calvitie

L’alopécie désigne une chute anormale de cheveux, temporaire ou prolongée. La calvitie est une perte définitive liée à l’épuisement du capital folliculaire. Ne pas les confondre dans le discours patient.

3.1 Alopécie androgénétique (AAG)

Forme la plus fréquente, elle touche environ 50 % des hommes après 50 ans et jusqu’à 25 % des femmes à la ménopause. Elle résulte de la sensibilité génétique des follicules à la DHT, qui raccourcit progressivement la phase anagène jusqu’à l’épuisement du capital pilaire.

  • Chez l’homme : recul des golfes frontaux puis extension vers le vertex (classification de Hamilton-Norwood)
  • Chez la femme : élargissement diffus de la raie centrale, sans recul frontal (classification de Ludwig) ; souvent hyperséborrhée associée
⚠️ Point important

Une alopécie androgénétique installée est définitive : une fois le capital folliculaire épuisé, aucun traitement médical ne peut faire repousser les cheveux. L’efficacité des traitements repose donc sur une prise en charge précoce.

3.2 Effluvium télogène (alopécie diffuse aiguë)

Chute rapide et diffuse consécutive à un stress sévère : chirurgie, accouchement, maladie aiguë, stress psychologique intense, régime hypocalorique strict. L’ensemble des follicules bascule prématurément en phase télogène et la chute survient 2 à 3 mois après l’événement déclenchant. La repousse est spontanée si la cause disparaît, mais la négligence peut favoriser une évolution vers une alopécie chronique.

💡 Conseil officinal clé

Le délai de 3 mois entre le facteur déclenchant et la chute déroute souvent le patient. Expliquer ce décalage permet de dédramatiser et d’identifier la vraie cause.

3.3 Pelade (alopecia areata)

Maladie auto-immune chronique — incidence cumulative estimée à 2,1 % de la population — caractérisée par une chute localisée en plaques, pouvant évoluer vers une atteinte totale du cuir chevelu (pelade décalvante) ou complète du corps (pelade universelle). Le retentissement psychologique est souvent majeur.

🆕 Nouveautés 2024-2026 — Inhibiteurs de JAK

Les inhibiteurs de JAK ont révolutionné la prise en charge des pelades sévères :

  • Baricitinib (Olumiant®) — inhibiteur JAK1/2 : AMM française 2023, remboursement 2024 pour la pelade sévère de l’adulte (SALT ≥ 50). Dose : 4 mg/j. À 1 an, environ 90 % des répondeurs maintiennent leur résultat. Rechute quasi systématique à l’arrêt.
  • Ritlécitinib (Litfulo®) — inhibiteur JAK3/TEC : avis favorable HAS remboursement 2024, autorisé dès 12 ans, premier anti-JAK chez l’adolescent dans cette indication. Étude ALLEGRO : 73,5 % des patients atteignent un score SALT ≤ 20 à 24 mois.
  • Deuruxolitinib (Leqselvi®) — approuvé par la FDA en juillet 2024, évaluation en cours en Europe.

Ces traitements sont réservés aux formes sévères, sur prescription spécialisée (dermatologue), avec surveillance biologique (NFS, lymphocytes, bilan lipidique). Ils sont contre-indiqués en grossesse et nécessitent une contraception efficace.

3.4 Alopécie de traction

Très fréquente chez les femmes aux cheveux texturés (tresses, nattes serrées, défrisage). La traction chronique sur le follicule entraîne une fibrose progressive irréversible si la pratique est maintenue.

3.5 Alopécies cicatricielles et localisées

Brûlures, radiothérapie, lichen plan pilaire, lupus érythémateux — ces formes détruisent définitivement les follicules. Elles nécessitent un diagnostic dermatologique impératif. La teigne (dermatophytose du cuir chevelu) se distingue par des plaques squameuses, plus fréquentes chez l’enfant.

4. Bilan diagnostique

4.1 Bilan biologique ciblé

Situation clinique Examens recommandés
Femme en âge de procréer NFS, ferritine, TSH, testostérone libre, SHBG, bilan martial complet
Effluvium télogène NFS, ferritine (cible > 70 µg/L en cas de chute), zinc, vitamine D, TSH
Alopécie androgénétique homme Si forme atypique ou sujet jeune : testostérone libre, FSH, LH
Alopécie diffuse chronique TSH, glycémie, NFS, ferritine, zinc, vitamine B12, folates
Pelade NFS + CRP (surveillance anti-JAK), bilan auto-immun si atteinte sévère
⛔ Piège fréquent

Une ferritine dans les normes standards du laboratoire (20 µg/L) peut être insuffisante pour le follicule pileux. En pratique de micronutrition capillaire, un seuil de 70 µg/L est souvent retenu comme optimal.

4.2 Examens capillaires spécialisés

  • Test de traction : appréciation simple du caractère excessif de la chute en consultation
  • Trichogramme : ratio anagène/télogène au microscope
  • Phototrichogramme : densité et calibre des cheveux (référence pour le suivi)
  • Dermoscopie capillaire : technique d’imagerie de plus en plus utilisée, permettant un diagnostic précis sans biopsie

5. Médicaments et toxiques pouvant provoquer une chute

De nombreux médicaments peuvent induire un effluvium télogène ou anagène, généralement réversible à l’arrêt. La chute survient souvent 2 à 3 mois après l’instauration du traitement.

Classe thérapeutique
Exemples
Anticoagulants
Héparines, warfarine, nouveaux anticoagulants oraux (NACO)
Antithyroïdiens
Carbimazole, propylthiouracile
Antihypertenseurs
Bêtabloquants, IEC, antagonistes calciques
Anticancéreux
Chimiothérapies cytotoxiques (effluvium anagène), certaines immunothérapies
Psychotropes
Lithium, antidépresseurs imipraminiques, anticonvulsivants
Hormones
Arrêt de contraception orale, danazol, corticoïdes au long cours
Autres
Allopurinol, amiodarone, interférons, méthotrexate, fluconazole
🔬 Toxiques environnementaux

Thallium (rodenticide), arsenic et acide borique peuvent provoquer des alopécies graves avec atteinte systémique associée. À évoquer devant une alopécie diffuse inexpliquée avec signes neurologiques ou cutanés atypiques.

6. Conseils hygiéno-diététiques

💡 Règle des 3 mois

Le cycle pilaire dure 3 mois : toute mesure (alimentaire, compléments, soins locaux) doit être poursuivie au minimum 3 mois avant d’évaluer son efficacité.

6.1 Alimentation et micronutrition

Nutriment Rôle capillaire Principales sources alimentaires
Fer (ferritine) Transport d’oxygène vers le follicule Viandes rouges, légumineuses, épinards (associer vitamine C)
Zinc Synthèse de kératine, régulation de la 5α-réductase Huîtres, viande, légumineuses, graines de courge
Biotine (B8) Cofacteur de la synthèse de kératine Œufs, foie, levure de bière, noix
Vitamines B5, B6 Métabolisme des acides aminés Viande, poisson, céréales complètes
Acides aminés soufrés Structure de la kératine (méthionine, cystine) Œufs, viande, légumineuses, ail
Vitamine D Expression des gènes folliculaires Poissons gras, exposition solaire, complémentation si déficit
Oméga-3 Réduction de l’inflammation périfolliculaire Poissons gras, huile de lin, noix

6.2 Hygiène de vie

  • Stress : favorise la sécrétion d’androgènes et déclenche ou aggrave l’effluvium télogène. Techniques de relaxation, activité physique régulière.
  • Tabac : altère la microcirculation folliculaire — arrêt recommandé.
  • Soins agressifs : limiter la chaleur (sèche-cheveux intensif, lissage), les décolorations répétées, les coiffures en traction.
  • Régimes hypocaloriques stricts : carences en fer, zinc et acides aminés — à surveiller.

7. Traitements : état des lieux 2026

ℹ️ Principe général

Aucun traitement de l’alopécie androgénétique n’est curatif définitif : ils sont suspensifs. L’efficacité doit être évaluée à 6 mois minimum. L’arrêt entraîne une reprise de la chute en 4 à 6 mois. Minoxidil et finastéride ne sont pas remboursés par l’Assurance maladie.

7.1 Minoxidil (Alopexy®, Alostil® et génériques)

Seul traitement topique disposant d’une AMM dans l’alopécie androgénétique chez l’homme et la femme. Vasodilatateur qui prolonge la phase anagène et stimule la pousse folliculaire.

Paramètre
Homme
Femme
Dosage AMM
2 % ou 5 %
2 % (le 5 % est hors-AMM)
Posologie
1 mL × 2/j sur cuir chevelu sec
1 mL × 1/j (lotion) ou ½ bouchon mousse × 1/j
Indication AMM
AAG légère à modérée (Hamilton II-V)
AAG légère à modérée (Ludwig I-II)
Effets indésirables
Hypertrichose faciale, irritation locale
Idem + risque cardiovasculaire si dose élevée
⚠️ Sécurité — Minoxidil et animaux domestiques

Le minoxidil est toxique pour les chats et les chiens (effets cardiaques sévères). Ne pas laisser dormir l’animal sur l’oreiller d’une personne traitée, ni lécher la peau recouverte de produit. En cas d’ingestion accidentelle chez l’enfant : urgences immédiates.

7.2 Finastéride 1 mg (Propecia® et génériques) ANSM 2026

Inhibiteur de la 5α-réductase de type II, uniquement indiqué chez l’homme de 18 à 41 ans dans l’alopécie androgénétique. Réduit la DHT circulante d’environ 70 %.

⛔ Vigilance renforcée ANSM

Depuis février 2026, une attestation d’information partagée est requise pour toute dispensation de finastéride 1 mg. Le patient doit être informé des risques : troubles sexuels (diminution de libido, troubles érectiles pouvant persister à l’arrêt), risque psychiatrique (dépression, idées suicidaires), gynécomastie, baisse du PSA. Contre-indiqué en cas d’antécédents dépressifs ou de troubles sexuels préexistants.

Forme topique disponible : Fincrezo® spray — même principe actif, potentiellement mieux toléré sur le plan systémique, à évaluer avec le prescripteur.

7.3 Dutastéride 0,5 mg (hors AMM capillaire en France)

Inhibiteur des deux isoformes de la 5α-réductase (types I et II), plus puissant que le finastéride. Recommandé en 2e intention après échec du finastéride à 12 mois. Mêmes précautions et contre-indications. Prescription médicale indispensable.

7.4 Traitements spécifiques de la pelade

Médicament Mécanisme Indication / Statut France Particularités
Baricitinib (Olumiant®) Inhibiteur JAK1/2 Pelade sévère adulte — remboursé 2024 4 mg/j. Rechute à l’arrêt (~80 %). Surveillance cardiovasculaire et infectieuse.
Ritlécitinib (Litfulo®) Inhibiteur JAK3/TEC Pelade sévère ≥ 12 ans — remboursé 2024 50 mg/j (avec dose de charge 200 mg × 4 sem.). Premier anti-JAK adolescent.
Deuruxolitinib (Leqselvi®) Inhibiteur JAK1/2 Approuvé FDA 07/2024 — évaluation européenne en cours Troisième anti-JAK disponible, non encore accessible en France
Corticoïdes intra-lésionnels Anti-inflammatoire local Formes localisées modérées — hors AMM Prescription dermatologique
🆕 Minoxidil oral (hors AMM) — Point 2026

Des doses faibles de minoxidil oral (1 à 5 mg/j chez l’homme, 0,25 à 1 mg/j chez la femme) font l’objet d’un intérêt croissant en dermatologie pour les cas résistants aux traitements topiques. Ce traitement est prescrit hors AMM, sous surveillance médicale. Non disponible en automédication.

7.5 Greffe capillaire

Seul traitement définitif d’une alopécie androgénétique établie lorsque le capital folliculaire est épuisé dans les zones atteintes. Les follicules transplantés proviennent des zones résistantes (couronne) et restent insensibles à la DHT. Plusieurs techniques : FUE (Follicular Unit Excision), FUT (bandelette), robot ARTAS. Résultat final évaluable à 9-12 mois. Nécessite souvent d’associer minoxidil et/ou finastéride pour freiner l’évolution des zones non greffées.

7.6 PRP (Plasma Riche en Plaquettes)

Les injections de PRP sont insuffisamment étudiées selon les recommandations actuelles pour être recommandées en routine dans l’alopécie androgénétique. Certaines données préliminaires suggèrent un effet sur la densité capillaire, mais le niveau de preuve reste faible. À discuter avec un dermatologue.

🔬 Point professionnel — Conseil à l’officine

Face à un patient se plaignant de chute de cheveux, le rôle du pharmacien est d’orienter vers les causes (médicaments récents, stress, régime, post-partum), de rappeler la règle des 3 mois, de proposer des compléments alimentaires adaptés au terrain identifié, et d’adresser au médecin ou dermatologue si nécessaire.

8. Quand consulter ?

  • Chute supérieure à 100 cheveux/jour depuis plus d’un mois
  • Absence d’amélioration après 6 semaines de prise en charge hygiéno-diététique bien conduite
  • Pelade localisée, en particulier chez l’enfant (éliminer une teigne)
  • Alopécie atypique (localisée asymétrique, cicatricielle, associée à des signes systémiques)
  • Suspicion d’alopécie cicatricielle (brûlure, lupus, lichen)
  • Chute survenant chez un patient sous finastéride avec changement d’humeur ou trouble sexuel → arrêt et consultation urgente
  • Signes évocateurs de surdosage en minoxidil (hypotension, tachycardie, œdèmes)

9. Voies de recherche

La recherche capillaire est en pleine expansion. Parmi les pistes les plus prometteuses :

  • Thérapies cellulaires : réactivation des cellules souches folliculaires (CD200+, CD34+) présentes dans le cuir chevelu chauve — une étude de 2011 du Journal of Clinical Investigation a établi que ces cellules persistent dans l’alopécie androgénétique mais perdent leurs progéniteurs actifs.
  • PROTACs : molécules de dégradation ciblée des récepteurs aux androgènes folliculaires — en phase préclinique.
  • Exosomes et polynucléotides (PDRN) : vecteurs de facteurs de croissance pour stimuler les follicules sans raccourcir artificiellement le cycle.
  • Intelligence artificielle : outils de diagnostic et de suivi par dermoscopie assistée — déjà déployés dans certains centres spécialisés.

En résumé

La chute de cheveux est un motif de consultation fréquent, aux causes multiples. L’évaluation clinique et biologique permet d’orienter vers le type d’alopécie et d’adapter la prise en charge. Les traitements de l’alopécie androgénétique (minoxidil, finastéride) restent les références, avec une vigilance accrue sur la sécurité du finastéride depuis 2026. Pour la pelade sévère, les inhibiteurs de JAK (baricitinib, ritlécitinib) représentent une avancée thérapeutique majeure, désormais remboursés en France. Dans tous les cas, l’efficacité ne peut être jugée qu’après 3 à 6 mois de traitement bien conduit.

→ Voir également notre fiche détaillée sur les traitements de l’alopécie

Références et sources
• RecoMédicales — Alopécie (mis à jour octobre 2025)
• HAS — Avis LITFULO (ritlécitinib) — avril 2024
• HAS — Avis OLUMIANT (baricitinib) dans la pelade sévère — 2023-2024
• VIDAL — Traitements de l’alopécie androgénétique (mis à jour janvier 2026)
• ANSM — Finastéride 1 mg : attestation d’information partagée — février 2026
• Le Moniteur des Pharmacies — Accompagnement officinal de l’alopécie androgénétique — mars 2026
• Bald scalp in men with androgenetic alopecia retains hair follicle stem cells — J Clin Invest 2011