Traitement obésité : médicaments, aGLP-1 et chirurgie 2025

Le traitement de l’obésité en France a connu une mutation profonde ces dernières années. L’obésité touche aujourd’hui 17 % des adultes en France, soit près de 8 millions de personnes, et le surpoids concerne un adulte sur deux (données ObÉpi 2020). Longtemps considérée comme un simple problème de volonté, elle est désormais reconnue comme une maladie chronique et multifactorielle, avec des complications cardiovasculaires, métaboliques et articulaires majeures. Sa prise en charge a connu une révolution thérapeutique : après des décennies où l’orlistat régnait seul, une nouvelle classe — les analogues du GLP-1 — offre des résultats inédits en termes de perte de poids. En décembre 2025, l’OMS a publié ses toutes premières lignes directrices mondiales sur ces molécules, reconnaissant officiellement leur rôle dans la prise en charge au long cours. Cet article fait le point complet sur tous les traitements disponibles en France en 2025-2026, leurs indications, leur remboursement, et la place des approches complémentaires.

1. Recommandations générales : quand instaurer un traitement contre l’obésité ?

La HAS a publié en février 2024 son guide du parcours de soins « Surpoids et obésité de l’adulte » (actualisé en novembre 2024), complété en février 2025 par une recommandation de bonne pratique inédite consacrée spécifiquement au dépistage et à l’accompagnement des femmes en surpoids ou en situation d’obésité. Ces textes réaffirment plusieurs principes fondamentaux.

Les mesures hygiéno-diététiques : le socle incontournable de tout traitement de l’obésité

Aucun médicament ne peut se substituer aux règles hygiéno-diététiques. Un traitement médicamenteux n’est instauré qu’en deuxième intention, après échec d’une prise en charge nutritionnelle bien conduite (définie par une perte de poids inférieure à 5 % du poids initial après 6 mois). Ces mesures doivent être poursuivies et encouragées tout au long du traitement médicamenteux.

👨‍⚕️ Le rôle central du médecin traitant (HAS 2024)

Le médecin généraliste reste le coordinateur du parcours à toutes les étapes, y compris avant et après une éventuelle chirurgie bariatrique. La HAS insiste sur l’importance d’une prise en charge pluridisciplinaire (diététicien, psychologue, enseignant en activité physique adaptée, kinésithérapeute) et sur la lutte contre la stigmatisation des personnes en situation d’obésité.

🆕 Nouveauté 2025 — Recommandation HAS spécifique aux femmes (28 février 2025)

Dans un texte inédit publié le 28 février 2025, la HAS reconnaît que les femmes font face à des problématiques spécifiques à chaque étape de leur vie : avant une grossesse (l’obésité diminue la fertilité par hyperandrogénie), pendant (risque de diabète gestationnel, prééclampsie, macrosomie), après l’accouchement, et à la ménopause. Trois axes clés sont mis en avant :

  • Dépistage systématique dès l’adolescence et à chaque consultation gynécologique
  • Prise en charge sans stigmatisation — le discours du soignant conditionne l’adhésion thérapeutique
  • Adaptation de la contraception : surpoids et obésité sont des facteurs de risque cardiovasculaire supplémentaires à intégrer au choix contraceptif

Pour le comptoir : ne pas attendre que la patiente aborde le sujet. La HAS recommande d’initier systématiquement la discussion lors des consultations de renouvellement de contraception ou de suivi gynécologique.

Objectif de poids : un critère décisif

Les traitements médicamenteux de l’obésité apportent une perte de poids moyenne très variable selon les molécules — de 3 à 5 kg pour l’orlistat jusqu’à 15 à 22 % du poids corporel pour les aGLP-1. En cas d’absence de réponse à 6 mois (perte < 5 % du poids initial), la question de l’arrêt ou du changement de traitement doit être posée.

⚠️ Obésité complexe ou sévère : recours spécialisé

Un recours à un centre spécialisé de l’obésité (CSO) est indiqué en cas de pathologie cardiovasculaire déséquilibrée, HTA résistante, diabète déséquilibré, NASH, syndrome d’apnée du sommeil sévère, ou aggravation d’une maladie chronique associée.

2. Traitement obésité : les analogues du GLP-1, la révolution thérapeutique

Les analogues du GLP-1 (aGLP-1) constituent la nouveauté thérapeutique majeure de ces dernières années dans l’obésité. Trois spécialités disposent aujourd’hui d’une AMM pour cette indication en France : Saxenda® (liraglutide), Wegovy® (sémaglutide) et Mounjaro® (tirzépatide).

Mécanisme d’action : mimer les hormones de satiété

Le GLP-1 (Glucagon-like peptide-1) est une hormone intestinale libérée après les repas. Elle stimule la sécrétion d’insuline, freine la sécrétion de glucagon et — surtout — agit sur les centres de la satiété au niveau hypothalamique, en réduisant l’appétit et l’apport calorique. Elle ralentit également la vidange gastrique, prolongeant la sensation de rassasiement.

Le tirzépatide (Mounjaro®) se distingue par un mécanisme double agoniste GIP/GLP-1 : il cible simultanément les récepteurs du GIP (Glucose-dependent Insulinotropic Polypeptide) et du GLP-1, deux incrétines complémentaires. Cette synergie hormonale explique en partie ses résultats de perte de poids supérieurs à ceux des agonistes GLP-1 purs.

ℹ️ À ne pas confondre : usage obésité vs usage diabète

Le sémaglutide (Ozempic®) et le liraglutide (Victoza®) sont des médicaments du diabète de type 2, à des dosages différents de leurs homologues anti-obésité. Le tirzépatide (Mounjaro®) est lui indiqué dans les deux indications. Ozempic® et Victoza® ne doivent en aucun cas être utilisés à des fins d’amaigrissement chez des patients non diabétiques.

Conditions de prescription et remboursement (situation mai 2026)

Depuis le 23 juin 2025, l’ANSM a ouvert la prescription initiale et le renouvellement des trois aGLP-1 indiqués dans l’obésité (Wegovy®, Mounjaro®, Saxenda®) à tout médecin, dans le respect des indications de l’AMM. Cette évolution vise à corriger les inégalités d’accès liées aux délais de consultation chez les spécialistes. L’arrêté du 23 juin 2025 précise les conditions : IMC ≥ 35 kg/m², en deuxième intention après échec nutritionnel documenté, en complément d’un régime hypocalorique et d’une activité physique.

Molécule Spécialité Statut en France Remboursement SS
Liraglutide Saxenda® 6 mg/mL Commercialisé Non remboursé — avis HAS défavorable
Sémaglutide Wegovy® 0,25 à 2,4 mg Commercialisé depuis oct. 2024 Avis favorable HAS (déc. 2024, ASMR IV) — négociation CEPS en cours, remboursement envisagé 2e sem. 2026
Tirzépatide Mounjaro® 2,5 à 15 mg Commercialisé depuis nov. 2024 Avis favorable HAS confirmé (déc. 2025, ASMR IV) — négociation CEPS en cours, remboursement envisagé 2e sem. 2026

🔑 Conditions restrictives du futur remboursement

La HAS a validé le remboursement de Wegovy® et Mounjaro® uniquement chez l’adulte avec IMC initial ≥ 35 kg/m², en cas d’échec d’une prise en charge nutritionnelle bien conduite (< 5 % de perte de poids à 6 mois), en complément d’un régime hypocalorique et d’une activité physique. Les patients avec IMC entre 30 et 35 kg/m² ou en surpoids avec comorbidités sont exclus du remboursement envisagé. À ce jour (mai 2026), la négociation de prix avec le CEPS n’est pas finalisée : ces médicaments restent à la charge du patient, pour un coût de 180 à 400 €/mois selon la molécule et le dosage. Le remboursement effectif est attendu pour le 2e semestre 2026.

🆕 Validation internationale — Premières lignes directrices OMS sur les aGLP-1 (1er décembre 2025)

Le 1er décembre 2025, l’OMS a publié dans le JAMA ses toutes premières recommandations mondiales sur l’utilisation des aGLP-1 dans le traitement de l’obésité — une validation institutionnelle historique. Deux recommandations conditionnelles centrales en ressortent :

  • Les aGLP-1 peuvent être utilisés au long cours chez l’adulte obèse (IMC ≥ 30), sauf chez la femme enceinte (données insuffisantes)
  • Des interventions comportementales intensives — alimentation saine et activité physique régulière — doivent être associées systématiquement

L’OMS insiste sur deux points de vigilance : l’accès équitable à ces traitements (les capacités de production mondiales ne couvrent actuellement qu’environ 100 millions de personnes, soit moins de 10 % des personnes obèses dans le monde), et la menace des produits falsifiés en circulation, liée à la demande mondiale explosive. Pour le comptoir : ce référencement par l’OMS renforce considérablement la légitimité de ces prescriptions, mais aussi la nécessité de redoubler de vigilance sur l’origine des produits présentés par les patients.

Effets indésirables des aGLP-1

Le profil de tolérance est globalement favorable dans les indications approuvées, selon les données de pharmacovigilance de l’ANSM (mise à jour juin 2025). Les effets indésirables les plus fréquents sont d’ordre digestif, surtout en début de traitement et lors des paliers d’augmentation posologique :

✅ Atouts ⚠️ Effets indésirables 🚫 Contre-indications
Perte de poids significative (–15 à –22 %)

Bénéfice cardiovasculaire démontré pour le sémaglutide (étude SELECT : –20 % d’événements CV majeurs)

Injection hebdomadaire (Wegovy®, Mounjaro®)

Amélioration des comorbidités (glycémie, TA, bilan lipidique)
Très fréquents : nausées, vomissements, diarrhée, constipation, douleurs abdominales

Fréquents : fatigue, réactions au site d’injection, lithiases biliaires

Rares/graves (surveillance ANSM et PRAC) : pancréatite aiguë, occlusion intestinale, gastroparésie

Neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (NOIAN) : ajoutée au RCP des aGLP-1 à base de sémaglutide comme effet indésirable très rare nécessitant l’arrêt immédiat du traitement (recommandation PRAC, intégrée dans l’arrêté ANSM de juin 2025)

En cours d’investigation : impact sur la contraception orale (signalements de grossesses sous sémaglutide + contraception orale — surveillance EMA/ANSM active)
Antécédents personnels ou familiaux de carcinome médullaire de la thyroïde ou syndrome NEM2

Grossesse et allaitement

Antécédents de pancréatite

Insuffisance rénale sévère (pour certaines doses)

Troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie)

Moins de 18 ans (sauf Wegovy® dès 12 ans si IMC ≥ 95e percentile et poids > 60 kg)

⚠️ Nouveau signal ANSM/EMA 2025 — Sémaglutide et contraception orale

Suite à des signalements de grossesses chez des femmes sous contraception orale combinée et sémaglutide, l’ANSM et l’EMA ont ouvert une surveillance active (rapport ANSM juin 2025). Le mécanisme suspecté est un ralentissement de la vidange gastrique qui pourrait réduire l’absorption des contraceptifs oraux. À l’officine : informer systématiquement les femmes en âge de procréer sous Wegovy® ou Ozempic® de ce risque potentiel, et discuter le recours à une contraception non orale (dispositif intra-utérin, implant) ou à une contraception de barrière additionnelle tant que la situation n’est pas clarifiée par les autorités sanitaires.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir : la titration progressive

La grande majorité des effets digestifs s’atténuent spontanément avec la poursuite du traitement. Il est essentiel d’expliquer au patient le principe de titration progressive : les doses sont augmentées par paliers de 4 semaines jusqu’à la dose cible. Fractionner les repas, s’alimenter légèrement avant l’injection et s’hydrater suffisamment réduit nettement la survenue des nausées. En cas de troubles visuels (baisse d’acuité, flou visuel), consulter en urgence — signe d’appel d’une NOIAN.

3. Tableau comparatif des 3 analogues du GLP-1 disponibles en France

Saxenda®
liraglutide
Wegovy®
sémaglutide
Mounjaro®
tirzépatide
Mécanisme Agoniste GLP-1 Agoniste GLP-1 Double agoniste GIP + GLP-1
Fréquence d’injection Quotidienne (SC) Hebdomadaire (SC) Hebdomadaire (SC)
Doses (titration) 0,6 → 3 mg/j 0,25 → 2,4 mg/sem 2,5 → 15 mg/sem
Perte de poids moyenne ~8 % (8,4 kg)
à 56 semaines
~15–21 %
à 68–72 semaines (étude STEP)
~22,5 %
à 72 semaines (étude SURMOUNT-1)
Bénéfice CV démontré Non (obésité) Oui — étude SELECT (–20 % MACE) En cours — étude SURMOUNT-MMO attendue
AMM obésité adolescent Non Oui (≥ 12 ans, IMC ≥ 95e percentile, > 60 kg) Non
Prix indicatif mensuel ~180–200 € ~200–300 € (selon dosage) ~200–400 € (selon dosage)
Remboursement SS Non (avis défavorable HAS) Avis HAS fav. déc. 2024 (ASMR IV)
Remboursement envisagé 2e sem. 2026 — IMC ≥ 35
Avis HAS confirmé déc. 2025 (ASMR IV)
Remboursement envisagé 2e sem. 2026 — IMC ≥ 35
Prescription initiale Tout médecin depuis le 23 juin 2025 (arrêté ANSM), dans le respect des indications AMM — IMC ≥ 35, 2e intention après échec nutritionnel

4. Mésusage et détournement des aGLP-1 : le point de vigilance du pharmacien

Le succès médiatique des aGLP-1 a engendré un phénomène de détournement massif à des fins purement esthétiques, par des personnes ne présentant ni obésité ni surpoids avec comorbidité. Ce mésusage, documenté par l’ANSM depuis 2023, a provoqué des tensions d’approvisionnement pénalisant directement les patients diabétiques et obèses qui en ont un réel besoin. L’OMS signale, dans ses lignes directrices de décembre 2025, que la demande mondiale explosive a favorisé la prolifération de produits de qualité inférieure et falsifiés, qui constituent une menace sérieuse pour la sécurité des patients.

🚫 Les risques du mésusage sont réels et graves

L’enquête nationale de pharmacovigilance de l’ANSM a recensé des cas d’effets indésirables graves liés au mésusage, dont des vomissements sévères, des pancréatites aiguës et un coma hypoglycémique (produit falsifié). Ces cas impliquent principalement des médicaments obtenus hors circuit légal (internet, étranger) sans escalade posologique ni suivi médical. L’ANSM rappelle que ces médicaments ne sont pas des produits amincissants sans risque. Depuis juin 2025, les laboratoires commercialisant ces médicaments sont tenus de transmettre un bilan trimestriel à l’ANSM sur tous les usages non conformes à l’AMM.

Ozempic® et Victoza® : des médicaments du diabète, pas de l’obésité

Depuis le 1er février 2025, un dispositif renforcé de contrôle des prescriptions d’Ozempic® (sémaglutide), de Trulicity® (dulaglutide) et de Victoza® (liraglutide) — tous trois indiqués dans le seul diabète de type 2 — a été mis en place pour garantir leur accès prioritaire aux patients diabétiques. Une ordonnance accompagnée d’un justificatif prescripteur est désormais obligatoire pour le remboursement.

👨‍⚕️ Rôle du pharmacien face au mésusage

  • Refuser fermement la délivrance d’Ozempic® ou Victoza® à une personne non diabétique
  • Vérifier la présence du justificatif prescripteur pour les aGLP-1 antidiabétiques
  • Alerter le patient sur les risques des produits achetés en ligne (produits falsifiés, sous-dosés ou contaminés — signal renforcé par l’OMS en décembre 2025)
  • Pour les femmes en âge de procréer sous sémaglutide : informer du signal EMA/ANSM sur la contraception orale et discuter une contraception alternative
  • Signaler tout effet indésirable suspecté sur le portail signalement.social-sante.gouv.fr

5. Orlistat (Xénical®) : traitement de l’obésité toujours disponible, mais en retrait

L’orlistat (Xénical® 120 mg, et ses génériques) reste le seul médicament oral du traitement de l’obésité disponible en France. Son efficacité, modeste comparée aux aGLP-1, en fait désormais une option de deuxième rang — utile toutefois lorsque les injections sont refusées ou contre-indiquées, ou en cas de contre-indication aux aGLP-1.

Mécanisme d’action

Dérivé de synthèse de la lipstatine, l’orlistat inhibe de façon spécifique et prolongée les lipases intestinales, empêchant l’hydrolyse et donc l’absorption d’environ 30 % des graisses alimentaires ingérées. Il agit uniquement au niveau intestinal, sans effet systémique.

Indications et posologie

Indiqué en association à un régime modérément hypocalorique pour traiter l’obésité (IMC ≥ 30) ou le surpoids avec facteurs de risque (IMC ≥ 28). Posologie : 1 gélule de 120 mg juste avant, pendant ou jusqu’à 1 heure après chaque repas principal. Si le traitement n’apporte pas une perte d’au moins 5 % du poids initial à 12 semaines, la poursuite n’est pas justifiée.

✅ Atouts ⚠️ Effets indésirables 🚫 Contre-indications
Voie orale (pas d’injection)

Effets bénéfiques associés sur la glycémie et les lipides (DT2)

Prise en charge Sécurité sociale possible sur prescription
Digestifs très fréquents (flatulences, selles grasses, incontinence fécale) — majorés si régime riche en graisses

Risque d’hépatotoxicité rare mais grave (mise en garde ANSM)

Infections respiratoires et urinaires fréquentes

Carence en vitamines liposolubles (A, D, E, K)
Syndrome de malabsorption chronique

Cholestase

Association à la ciclosporine ou aux anticoagulants oraux

Grossesse et allaitement

🔑 Supplémentation vitaminique indispensable

En raison du risque de malabsorption des vitamines liposolubles (A, D, E, K), une supplémentation multivitaminique doit être associée au traitement. La prise doit être espacée d’au moins 2 heures après la prise d’orlistat — idéalement au coucher. En cas de traitement antidiabétique concomitant, renforcer la surveillance glycémique (risque d’hypoglycémie).

6. Médicaments à éviter dans l’obésité

Diverses classes médicamenteuses ont historiquement fait l’objet de prescriptions abusives ou de mésusages dans la prise en charge du surpoids. Elles ne constituent pas des traitements de l’obésité et exposent à des risques parfois graves.

Classe / Molécule Risque Statut
Hormones thyroïdiennes Arythmies, ostéoporose, troubles cardiovasculaires Non indiquées dans l’obésité
Diurétiques et laxatifs Déshydratation, troubles hydroélectrolytiques Non indiqués dans l’obésité
Baclofène Somnolence, risque de dépendance, usage hors AMM Formellement déconseillé (ANSM/DGS) en dehors de l’AMM
Antidépresseurs IRS (hors indication psychiatrique) Dépendance psychologique, effets systémiques Non indiqués dans le surpoids
Produits vendus sur internet Composition inconnue, risques cardiovasculaires, hépatiques — produits falsifiés documentés (OMS, déc. 2025) À proscrire absolument

7. Traitements non médicamenteux de l’obésité

Ballon gastrique

Un ballon est introduit dans l’estomac par voie endoscopique puis gonflé afin de procurer une sensation de satiété précoce. Sa durée en place est de 6 mois. La perte de poids obtenue est de l’ordre de 10 à 25 kg. Une prise en charge nutritionnelle et comportementale est indispensable pour maintenir le bénéfice après retrait du dispositif.

Chirurgie bariatrique

La chirurgie bariatrique reste la stratégie la plus efficace à long terme pour les obésités sévères et morbides, tant en termes de réduction pondérale que de diminution des comorbidités. La HAS a actualisé ses recommandations en février 2024 en insistant sur la nécessité d’un suivi à vie — un patient opéré sur deux n’est plus suivi à 2 ans, ce qui représente un risque majeur de complications carencielles et de reprise de poids.

Technique Principe Indications principales
Sleeve gastrectomie Résection longitudinale de l’estomac (restriction) IMC ≥ 35 avec comorbidité ou IMC ≥ 40
Bypass gastrique (Roux-en-Y) Restriction + malabsorption partielle IMC ≥ 35 avec comorbidité ou IMC ≥ 40, DT2 associé
Anneau gastrique ajustable Restriction par anneau réglable (réversible) IMC ≥ 35 avec comorbidité — usage en diminution
Dérivation biliopancréatique Malabsorption majeure Obésités massives (IMC ≥ 50) — équipes spécialisées

⚠️ Suivi post-chirurgical : un engagement à vie

La chirurgie bariatrique impose un suivi biologique régulier : 3 fois la première année, puis 1 à 2 fois par an (HAS 2024). Les carences en fer, vitamine B12, folates, vitamine D, calcium et zinc sont quasi-constantes à terme. Le pharmacien a un rôle clé dans le conseil sur les compléments adaptés aux opérés bariatriques.

8. Solutions naturelles et complémentaires

⚠️ Avertissement essentiel

Aucune approche complémentaire ne remplace les mesures hygiéno-diététiques ni les traitements médicamenteux validés. Les solutions présentées ci-dessous s’inscrivent uniquement en soutien du terrain, en complément d’une prise en charge globale.

Oligothérapie

Deux associations sont traditionnellement utilisées en soutien du terrain dans la prise en charge du surpoids : le Chrome (Granions® Chrome, Oligosol® Chrome) — intéressant en cas de pulsions sucrées — et l’association Zinc-Nickel-Cobalt (Oligosol® ZNC) comme modificateur de terrain. 1 ampoule par jour en sublingual.

Compléments alimentaires, homéopathie et aromathérapie

Des approches complémentaires plus détaillées sont développées dans nos articles dédiés :

ℹ️ La propolis : une piste de recherche prometteuse

Des travaux expérimentaux ont montré que la propolis brune (riche en polyphénols) est capable, chez la souris, de limiter le développement de l’obésité en activant la voie Nrf2, favorisant l’oxydation lipidique et inhibant l’inflammation du tissu adipeux. Des études chez l’homme sont en cours. À ce stade, aucune recommandation clinique ne peut en être tirée.

9. Quand faut-il consulter un médecin pour un traitement de l’obésité ?

Situations qui doivent amener à consulter

  • IMC ≥ 30 kg/m², ou IMC ≥ 27 avec comorbidité associée (HTA, DT2, dyslipidémie, SAHOS)
  • Échec d’une tentative de perte de poids autonome après 3 à 6 mois
  • Avant toute prescription d’orlistat ou d’un aGLP-1 (ces médicaments nécessitent une ordonnance)
  • En cas de traitement par amiodarone, anticoagulants oraux, antidiabétiques ou antihypertenseurs
  • Suspicion de cause organique au surpoids (hypothyroïdie, hypercortisolisme, SOPK…)
  • Chez la femme : à chaque étape de la vie (projet de grossesse, post-partum, ménopause) — recommandation HAS fév. 2025

Sous traitement aGLP-1 : signes nécessitant une consultation rapide

⚠️ Consulter sans tarder si

  • Douleurs abdominales intenses et persistantes (suspicion de pancréatite)
  • Vomissements incoercibles ou impossibilité d’alimentation
  • Troubles visuels (flou visuel, baisse de l’acuité) — suspicion de NOIAN, nécessitant l’arrêt immédiat du traitement (RCP sémaglutide mis à jour en 2025)
  • Arrêt du transit intestinal (suspicion d’occlusion)
  • Grossesse ou désir de grossesse sous traitement — arrêt immédiat indispensable
  • Doute sur l’efficacité d’une contraception orale associée au sémaglutide (signal EMA/ANSM actif)

Les acteurs de la prise en charge

  • Médecin traitant : coordinateur du parcours, primo-prescription des aGLP-1 possible depuis juin 2025
  • Endocrinologue/nutritionniste : formes complexes, obésités sévères, bilan hormonal
  • Diététicien(ne) : éducation nutritionnelle, rééducation alimentaire
  • Chirurgien bariatrique : décision en RCP pour les obésités éligibles à la chirurgie
  • Pharmacien : conseil micronutritionnel, vérification des interactions, éducation thérapeutique sur l’injection et la titration, vigilance sur le mésusage et les produits falsifiés
  • Centre spécialisé de l’obésité (CSO) : formes sévères ou résistantes, obésité avec comorbidités mal contrôlées

📊 Tableau récapitulatif : positionnement des traitements de l’obésité

Traitement Voie Efficacité (perte de poids) Remboursement SS Place dans la stratégie ⭐ Niveau de preuve
Wegovy® (sémaglutide) SC 1×/semaine ~15–21 % Attendu 2e sem. 2026 (IMC ≥ 35) 1ʳᵉ intention parmi les aGLP-1 (bénéfice CV démontré) ⭐⭐⭐⭐
Mounjaro® (tirzépatide) SC 1×/semaine ~22,5 % Attendu 2e sem. 2026 (IMC ≥ 35) Alternative à Wegovy® (données CV incomplètes) ⭐⭐⭐⭐⭐
Saxenda® (liraglutide) SC 1×/jour ~8 % Non (avis HAS défavorable) Si injection hebdomadaire non tolérée ⭐⭐⭐
Xénical® / Orlistat Orale 3×/jour ~3–5 kg Possible sur prescription Si refus ou CI aux injections ⭐⭐

🔑 En résumé — Traitement obésité en 2025-2026

La prise en charge médicamenteuse du traitement de l’obésité a connu une mutation profonde avec l’arrivée des analogues du GLP-1. Wegovy® (sémaglutide) et Mounjaro® (tirzépatide) offrent des pertes de poids de 15 à 22 %. Le remboursement, objet d’avis favorables HAS en décembre 2024 (Wegovy) et décembre 2025 (Mounjaro, ASMR IV), est attendu pour le 2e semestre 2026 pour les patients avec IMC ≥ 35 — les négociations CEPS sont encore en cours. L’arrêté ANSM du 23 juin 2025 ouvre désormais la prescription à tout médecin, élargissant considérablement l’accès. En décembre 2025, l’OMS a validé pour la première fois ces traitements dans ses lignes directrices mondiales, confirmant leur rôle au long cours. Deux nouveaux signaux de sécurité requièrent une vigilance accrue au comptoir : le risque de NOIAN sous sémaglutide (consulter en urgence en cas de troubles visuels) et le possible impact sur la contraception orale (surveillance EMA/ANSM active). La recommandation HAS de février 2025 sur l’obésité féminine invite à intégrer le suivi du poids à chaque consultation gynécologique. Quelle que soit la stratégie choisie, les mesures hygiéno-diététiques restent le socle incontournable.

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Les informations sur le remboursement et les conditions de prescription reflètent la situation à la date de mise à jour et sont susceptibles d’évoluer. Sources : HAS — Guide parcours surpoids-obésité adulte (fév. 2024, mise à jour nov. 2024) ; HAS — Surpoids et obésité chez la femme : dépistage et accompagnement (fév. 2025) ; HAS — Avis sur Wegovy® (déc. 2024) et Mounjaro® (déc. 2025, ASMR IV) ; ANSM — Conditions de prescription aGLP-1 (juin 2025) ; OMS — Lignes directrices mondiales sur les aGLP-1 dans l’obésité, JAMA (déc. 2025) ; Ameli.fr ; Vidal.

Anne-Sophie DELEPOULLE (Dr en Pharmacie) — Dernière mise à jour : mai 2026