Traitement arthrose : paracétamol, AINS, PRP, GLP-1… quelles options en 2026 ?

Arthrose : exercice, AINS, PRP, GLP-1, duloxétine... guide 2026 fondé sur EULAR, SFR et les dernières études cliniques.

Le traitement de l’arthrose vit une période de profonde recomposition. En 2026, trois séismes scientifiques ont redessiné le paysage : les recommandations EULAR 2023 (publiées en 2024) ont repositionné les traitements non médicamenteux comme pierre angulaire absolue ; l’essai STEP-9 a révélé un effet spectaculaire du sémaglutide (GLP-1) sur la douleur arthrosique des patients obèses, ouvrant une piste vers les premiers DMOAD (médicaments modificateurs de la maladie) ; et le consensus européen ESSKA-ORBIT 2024 a accordé au PRP un grade A dans la gonarthrose modérée. En parallèle, le tableau des AASAL continue de s’assombrir : la diacéréine reste formellement déconseillée par Prescrire (liste 2026), et la chondroïtine vient d’intégrer cette même liste noire. Tour d’horizon complet et actualisé, du comptoir à la salle de rhumatologie.

1. Qu’est-ce que l’arthrose ? Mécanismes et localisations fréquentes

L’arthrose est une maladie dégénérative des articulations caractérisée par la destruction progressive du cartilage articulaire, un remodelage de l’os sous-chondral, une inflammation synoviale (synovite) et une atteinte des structures péri-articulaires. Contrairement à ce qu’on croyait autrefois, il ne s’agit pas simplement d’une « usure mécanique » mais d’un véritable processus pathologique intégrant des composantes mécaniques, inflammatoires et — point désormais central dans la recherche — métaboliques. Ce dernier volet explique pourquoi les agonistes du GLP-1, molécules métaboliques par excellence, suscitent un intérêt croissant dans cette pathologie (voir section 7).

Les localisations les plus fréquentes

Localisation Nom spécifique Prévalence / Particularités
GenouGonarthroseLa plus fréquente ; 65 % des arthroses symptomatiques
HancheCoxarthroseSouvent plus invalidante ; risque chirurgical plus élevé
Pouce (trapézo-métacarpienne)RhizarthroseFemmes péri-ménopausées +++
Doigts (IPD, IPP)Arthrose digitaleNodules de Heberden (IPD) et Bouchard (IPP)
Rachis cervical / lombaireCervicarthrose / LombarthroseFréquente après 50 ans ; impact fonctionnel variable

ℹ️ Facteurs de risque à connaître

Les principaux facteurs de risque sont l’âge (prévalence multipliée après 65 ans), le surpoids et l’obésité (facteur majeur et modifiable pour le genou et les mains), les traumatismes articulaires antérieurs, les contraintes mécaniques répétées (métiers manuels, sport intensif), la génétique (terrain familial pour les arthroses digitales) et les désaxations articulaires (genu varum, dysplasie de hanche). Le rôle de l’inflammation métabolique — alimentée par le tissu adipeux viscéral — est aujourd’hui reconnu comme un facteur aggravant, y compris dans les articulations non soumises à la charge (mains), ce qui explique l’intérêt croissant pour les traitements agissant sur le métabolisme.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — Implication pratique

La composante métabolique de l’arthrose change le conseil pharmaceutique : un patient arthrosique en surpoids mérite un accompagnement nutritionnel et une discussion sur les nouveaux traitements anti-obésité (GLP-1), en lien avec son médecin, bien au-delà du simple conseil sur les AINS topiques.

2. Traitement de l’arthrose : les non-médicamenteux, pierre angulaire incontournable (EULAR 2023)

La mise à jour 2023 des recommandations EULAR sur la prise en charge non pharmacologique de l’arthrose de la hanche et du genou (Moseng et al., Annals of the Rheumatic Diseases, 2024 — doi:10.1136/ard-2023-225041) constitue la référence la plus récente et la plus robuste disponible. Elle réaffirme sans ambiguïté que les traitements non médicamenteux sont la base essentielle, avant toute prescription. Plus récemment encore, la mise à jour 2025 des recommandations EULAR sur l’activité physique (Rausch Osthoff et al., Ann Rheum Dis, avril 2026) ajoute un objectif nouveau : la réduction du comportement sédentaire a des bénéfices indépendants de la pratique d’exercice, et doit être intégrée au conseil de première ligne.

L’activité physique : un traitement, pas une option

L’exercice physique régulier est le traitement le mieux documenté dans l’arthrose du genou et de la hanche. La mise à jour EULAR 2023 confirme des effets positifs de taille petite à modérée sur la douleur et la fonction pour toutes les modalités d’exercice testées (aérobie, renforcement musculaire, aquatique, neuromusculaire), sans qu’une modalité ne se dégage clairement supérieure aux autres — ce qui signifie concrètement que la meilleure activité est celle que le patient fait vraiment. La mise à jour 2025 recommande explicitement de viser 150 minutes d’activité modérée à intense par semaine combinée à des exercices de renforcement musculaire au moins 2 fois par semaine, en intégrant par ailleurs des interruptions régulières de la position assise prolongée.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — L’exercice ne fait pas « user » le cartilage

Une idée reçue très répandue consiste à croire que bouger « use » les articulations arthrosiques. C’est l’inverse : l’immobilité aggrave la perte musculaire, la raideur et la douleur. Le message EULAR 2025 va plus loin : rester assis longtemps est lui-même nocif, indépendamment de l’exercice. Conseiller concrètement de se lever 5 minutes toutes les heures, en plus de l’activité physique adaptée.

Perte de poids : l’intervention la plus rentable dans la gonarthrose

Chez le patient en surpoids ou obèse, une perte de 5 à 10 % du poids corporel est associée à une réduction significative de la douleur et à une amélioration fonctionnelle dans la gonarthrose : chaque kilogramme perdu réduit la contrainte sur le genou d’environ 4 kg lors de la marche. L’essai présenté à l’EULAR 2024 (régime à base de végétaux non transformés + 150 min/semaine d’activité physique + gestion du sommeil et du stress, sur 2 ans) a confirmé des résultats significatifs sur la douleur et la fonction. L’avènement des GLP-1 comme nouvelle classe médicamenteuse (voir section 7) renforce encore l’importance de cet axe thérapeutique.

Kinésithérapie, orthèses et éducation thérapeutique

La kinésithérapie est recommandée pour le renforcement musculaire péri-articulaire, la proprioception et la correction des désaxations. Pour la gonarthrose, la rééducation isométrique du vaste interne (quadriceps) est particulièrement efficace. Les semelles orthopédiques à coins de talonnette, les orthèses de repos sur mesure (rhizarthrose, arthrose digitale) et les cannes (côté controlatéral à la douleur, réduisant de 50 % la charge sur la hanche) complètent l’arsenal non médicamenteux. L’éducation thérapeutique — information, autogestion de la douleur, démystification de la peur du mouvement — a été classée par la task force EULAR 2023 comme la priorité numéro 1 pour la mise en œuvre des recommandations.

3. Antalgiques et AINS dans l’arthrose : quelle place en 2026 ?

Le traitement médicamenteux de la douleur arthrosique repose sur une escalade thérapeutique progressive, en tenant compte des comorbidités du patient (terrain cardiovasculaire, rénal, digestif, âge).

Paracétamol : toujours en première ligne, avec nuances persistantes

Le paracétamol reste l’antalgique de première intention recommandé par la HAS et l’EULAR pour la douleur arthrosique légère à modérée. Dose efficace : 1 g × 3 à 4/jour, à adapter selon le poids, l’âge et la fonction hépatique. La revue Cochrane (2021) a cependant confirmé que son efficacité dans la gonarthrose reste modeste et statistiquement proche du placebo dans les formes légères — ce qui conduit de plus en plus d’experts à positionner les AINS topiques comme alternative de première ligne locale, en particulier chez le sujet âgé.

AINS : efficaces mais à prescrire avec précaution

Les AINS (ibuprofène, naproxène, kétoprofène, diclofénac, méloxicam, célécoxib…) sont plus efficaces que le paracétamol dans la majorité des essais sur la douleur arthrosique, mais leur utilisation systémique se heurte aux effets indésirables, particulièrement chez le patient âgé.

✅ Atouts ⚠️ Effets indésirables 🚫 Contre-indications principales
Efficacité analgésique et anti-inflammatoire démontrée

Efficaces sur les poussées douloureuses

Coxibs : meilleure tolérance digestive
Ulcères gastro-duodénaux

Insuffisance rénale fonctionnelle

Rétention hydrosodée, HTA

Risque cardiovasculaire accru (coxibs)

Hépatotoxicité rare
Insuffisance rénale

Insuffisance cardiaque

ATCD d’ulcère gastrique sans IPP

Anticoagulants (risque hémorragique)

Grossesse (T3)

⚠️ AINS chez le patient âgé : vigilance renforcée

Chez les patients de plus de 65 ans, les AINS oraux doivent être prescrits à la dose efficace minimale, sur la durée la plus courte possible, avec systématiquement un inhibiteur de la pompe à protons (IPP) associé. Chez les patients à risque cardiovasculaire élevé, préférer le naproxène (profil cardiovasculaire le plus favorable parmi les AINS non sélectifs). Ne jamais associer deux AINS ni un AINS à l’aspirine antiagrégante sans gastroprotection.

Tramadol et codéine : ordonnance sécurisée obligatoire depuis mars 2025

Les opioïdes faibles (tramadol, codéine) peuvent être envisagés en cas de contre-indication ou d’échec des AINS, notamment en attente de chirurgie. Depuis le 1er mars 2025, l’ANSM impose leur prescription sur ordonnance sécurisée (ordonnance à la fois infalsifiable et à usage unique pour les renouvellements), en raison du risque de dépendance, de mésusage et de falsification d’ordonnances. Cette évolution réglementaire est majeure pour l’officine : toute délivrance de tramadol ou codéine doit désormais s’effectuer sur ordonnance sécurisée, sans exception. Leur utilisation prolongée dans l’arthrose reste déconseillée (risque de dépendance, chutes, syndrome sérotoninergique avec le tramadol).

4. AASAL et traitement de l’arthrose : point sur leur statut actuel

Les anti-arthrosiques symptomatiques d’action lente (AASAL) ont connu d’importantes évolutions réglementaires et scientifiques ces dernières années. En décembre 2025, la revue Prescrire a rappelé dans son évaluation annuelle que « fin 2025, on ne connaît pas de médicament permettant de réduire, stabiliser ou prévenir l’altération des articulations dont la balance bénéfices-risques est favorable » — positionnement qui conduit à écarter l’ensemble des AASAL des traitements à recommander activement.

🚫 Diacéréine : à ne pas recommander — statut actualisé 2026

Contrairement à ce qu’indiquaient certaines sources antérieures, la diacéréine (Art 50®) n’est pas retirée du marché français : elle conserve une AMM (avis HAS défavorable au remboursement depuis 2014, mais AMM européenne maintenue avec mesures de minimisation des risques). En revanche, la revue Prescrire la classe depuis plusieurs années dans sa liste des médicaments à écarter, en raison d’une efficacité jugée insuffisante et d’un profil d’effets indésirables préoccupant (diarrhées fréquentes, hépatotoxicité). Elle ne doit pas être recommandée activement au comptoir ni en conseil. Si un patient la reçoit encore sur prescription ancienne, orienter vers un avis médical pour réévaluation.

Glucosamine, chondroïtine et insaponifiables d’avocat-soja : état des lieux 2026

Molécule Statut réglementaire France Données d’efficacité Avis Prescrire 2026 / Précautions ⭐ Niveau de preuve
Glucosamine (Dolenio®, Voltaflex®…) Non remboursée depuis 2017. Disponible en pharmacie. Efficacité modeste et hétérogène. Certains ECR européens montrent une supériorité vs placebo sur la douleur de gonarthrose. 🚫 Listée « médicament à écarter » (Prescrire). CI : allergie crustacés, prudence diabète, anticoagulants AVK. ⭐⭐
Chondroïtine sulfate (Chondrosulf®…) Non remboursée. Disponible en pharmacie. Taille d’effet modérée vs placebo. Méta-analyses récentes restent discordantes. 🚫 Intègre la liste Prescrire 2026 des médicaments à écarter. Risques : interactions anticoagulants, hépatites rares (ANSM 2019), contre-indication hémophilie. ⭐⭐
Insaponifiables d’avocat-soja (Piasclédine® 300) AMM maintenu. Non remboursé. Données positives dans coxarthrose et gonarthrose ; stimulation du TGF-bêta, inhibition des métalloprotéases. Toujours prescrit. ⚠️ Non épinglé par Prescrire. Très bonne tolérance. EI rares : régurgitations lipidiques (prendre au milieu du repas). Évaluer après 3–6 mois. ⭐⭐⭐

🔑 À retenir sur les AASAL en 2026

La diacéréine est déconseillée mais encore disponible sur prescription — signaler aux patients qu’elle ne doit plus être renouvelée sans avis médical récent. La glucosamine et la chondroïtine sont désormais toutes deux listées dans les médicaments à écarter par Prescrire 2026 ; elles peuvent encore être demandées en automédication, mais le conseil pharmaceutique doit rester neutre et informé. Seul le Piasclédine® 300 conserve une image plus favorable dans ce groupe, sans être pour autant un traitement de fond validé. En l’absence de réponse après 3–6 mois, l’arrêt est recommandé pour tout AASAL.

5. Traitements locaux de l’arthrose : topiques, infiltrations, viscosupplémentation, PRP

AINS topiques : à privilégier en première intention locale

Les AINS topiques (diclofénac gel — Voltaren®, Flector® ; kétoprofène gel — Ketum®) constituent le traitement topique de première intention selon les recommandations actuelles EULAR et NICE. Leur efficacité sur la douleur de gonarthrose est comparable à celle des AINS oraux pour les douleurs légères à modérées, avec une absorption systémique très faible. Renouveler l’application toutes les 12 heures.

🚫 Kétoprofène topique et soleil : rappel capital

Le kétoprofène en gel est photo-sensibilisant : éviter toute exposition solaire ou UV des zones d’application pendant et jusqu’à 2 semaines après l’arrêt du traitement. Appliquer de la crème solaire SPF50+ si exposition inévitable. À signaler systématiquement au comptoir.

Infiltrations intra-articulaires de corticoïdes

Les infiltrations de corticoïdes sont indiquées lors des poussées douloureuses avec épanchement articulaire. Leur effet est rapide (24–48h) mais temporaire (quelques semaines à quelques mois). Réalisées idéalement sous guidage échographique, elles peuvent être répétées sans dépasser 3 à 4 infiltrations par an sur la même articulation (risque d’accélération de la dégradation cartilagineuse à forte fréquence).

Viscosupplémentation (acide hyaluronique) : avis toujours divergents

Les injections d’acide hyaluronique (viscosupplémentation) visent à restaurer les propriétés viscoélastiques du liquide synovial. Leur statut reste débattu entre sociétés savantes (EULAR : favorable ; AAOS, CNGE : défavorable ou neutre ; SFR : usage reconnu). Elles sont à envisager dans les arthroses du genou sans ou avec peu d’épanchement, en formes peu à modérément évoluées, chez des patients répondant insuffisamment au traitement médical. Acte non remboursé par l’Assurance Maladie.

PRP (concentrés plaquettaires) : grade A confirmé en 2024

Les injections de Plasma Riche en Plaquettes (PRP) ont franchi un cap réglementaire et scientifique important. Le consensus européen ESSKA-ORBIT 2024 (Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy, mars 2024) a accordé un grade A avec fort consensus (score 8,0–8,1/10) à deux affirmations : il existe suffisamment de preuves cliniques pour soutenir l’utilisation du PRP dans l’arthrose du genou, et son efficacité est démontrée dans les gonarthroses légères à modérées (Kellgren-Lawrence ≤ 3).

La méta-analyse de Simental-Mendía et al. (2025, Orthopaedics & Traumatology: Surgery & Research), portant sur 43 ECR évaluant le PRP dans la gonarthrose, apporte en outre une donnée cliniquement essentielle : les PRP avec un facteur de concentration plaquettaire modéré (≤ 4× la valeur de base) produisent de meilleurs résultats sur la douleur et la fonction que les PRP hautement concentrés. Autrement dit, plus concentré ne signifie pas plus efficace — et cette standardisation est désormais une exigence de qualité.

ℹ️ Statut actuel du PRP en France (2026)

Le PRP reste un acte non remboursé par l’Assurance Maladie. La SFR le positionne comme une option thérapeutique dont la place précise continue d’être affinée, notamment concernant les protocoles optimaux (nombre d’injections, délais, préparation). Le guidage échographique est recommandé. La tendance des données 2024–2025 est clairement en faveur du PRP dans les gonarthroses modérées, le positionnant de plus en plus souvent avant la viscosupplémentation chez les patients actifs avec lésions peu évoluées.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — Qui oriente vers quoi ?

Poussée avec épanchement (articulation chaude, gonflée) → orienter vers corticoïdes. Arthrose sèche peu évoluée, patient actif → PRP ou viscosupplémentation selon avis rhumatologique. Arthrose évoluée ou contre-indication aux injections → discussion chirurgicale.

6. Duloxétine dans l’arthrose douloureuse : une option de recours

La duloxétine (Cymbalta®, duloxétine génériques) — IRSNA (inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline) agissant sur la modulation centrale de la douleur — dispose d’une AMM dans la douleur musculosquelettique chronique. Plusieurs ECR ont démontré son efficacité dans la gonarthrose douloureuse à des doses de 60 à 120 mg/jour, avec réduction significative de la douleur et amélioration fonctionnelle. Elle est particulièrement utile dans les douleurs à composante centrale (sensibilisation centrale, score de douleur élevé sans corrélation radiologique).

🔑 Place de la duloxétine : jamais en première intention

La duloxétine est un traitement de recours, à envisager sur prescription spécialisée (rhumatologue, médecin de la douleur) chez les patients ne pouvant pas prendre d’AINS (insuffisance rénale, risque cardiovasculaire, âge avancé) ou après échec des autres lignes. L’arrêt doit toujours être progressif pour éviter le syndrome de sevrage. Signaler au comptoir : nausées fréquentes en début de traitement (transitoires), sécheresse buccale, insomnie. Interaction à surveiller : association tramadol + duloxétine → risque de syndrome sérotoninergique.

7. GLP-1 et traitement de l’arthrose : la révolution en cours ?

L’émergence des agonistes des récepteurs du GLP-1 (GLP-1 RA — sémaglutide, tirzépatide, liraglutide) comme classe médicamenteuse à effet potentiel dans l’arthrose constitue l’une des nouvelles les plus attendues de ces deux dernières années. Deux mécanismes sont aujourd’hui discutés : un effet indirect via la perte de poids (décharge articulaire) et un effet direct anti-inflammatoire et potentiellement chondroprotecteur.

L’essai STEP-9 : un signal fort, publié dans le NEJM (2024)

L’essai STEP-9, conduit chez plus de 400 patients obèses souffrant d’arthrose douloureuse du genou et évaluant le sémaglutide 2,4 mg hebdomadaire, a livré des résultats remarquables publiés dans le New England Journal of Medicine en 2024. La perte de poids atteignait en moyenne près de 14 % à 68 semaines (contre 3 % sous placebo). Mais au-delà de l’effet sur la balance, la douleur mesurée sur l’échelle WOMAC (0–100) chutait de 41,7 points sous sémaglutide contre 27,5 sous placebo — une différence statistiquement très significative. Reste la question de la part attribuable à la perte de poids seule versus un effet articulaire direct du GLP-1.

Des données à plus long terme nuancées (ACR 2025)

Les données présentées à l’American College of Rheumatology 2025 apportent un contrepoint important : une émulation d’essai comparant sur 5 ans les initiateurs de GLP-1 RA aux initiateurs d’inhibiteurs du SGLT2 chez des patients diabétiques arthrosiques a livré un résultat contre-intuitif — en analyse per-protocole, le risque de chirurgie pour prothèse totale de genou était 18 % plus élevé chez les utilisateurs de GLP-1 RA que chez les utilisateurs de SGLT2. Ce résultat, qui contredit les données des essais cliniques de court terme, illustre la complexité des effets à long terme et la limite des données de vie réelle avec une adhérence fluctuante. Il ne remet pas en question l’effet positif démontré sur la douleur à court terme, mais tempère l’enthousiasme autour d’un effet modificateur structurel.

ℹ️ Et les DMOAD ? Le désert thérapeutique persiste — pour l’instant

Le tanézumab (anti-NGF) a été abandonné pour raisons de sécurité (dégradation articulaire paradoxale, RPOA). La sprifermine (facteur de croissance FGF18) a montré une augmentation du volume cartilagineux à l’IRM sans traduction clinique robuste. Le lorecivivint (inhibiteur de la voie Wnt/CLK) présentait des données de phase 3 extension prometteuses à l’ACR 2024 (bénéfice sur la douleur, la fonction et la structure à 3 ans, en particulier chez les patients KL grade 2), mais n’a pas encore obtenu d’AMM. En 2026, aucune molécule ne possède le statut officiel de DMOAD (médicament modificateur de la maladie dans l’arthrose). Fin 2025, Prescrire le rappelait sans ambiguïté. Les GLP-1 RA injectés en intra-articulaire font l’objet d’essais cliniques en cours, avec des effets précliniques encourageants.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — GLP-1 et arthrose : que dire au patient ?

Un patient obèse arthrosique qui vous demande si le Wegovy® ou le Mounjaro® pourrait aider ses articulations mérite une réponse nuancée : oui, la perte de poids induite est clairement bénéfique sur la douleur articulaire du genou (démontré par STEP-9). En revanche, ce ne sont pas des médicaments de l’arthrose au sens strict, ils ne remboursent pas sur cette indication, et leur éventuel effet modificateur de la maladie reste à démontrer sur le long terme. Orienter vers le médecin traitant pour une discussion sur l’indication globale.

8. Compléments alimentaires, phytothérapie et approches naturelles dans l’arthrose

⚠️ Avertissement important

Aucune plante ni aucun complément alimentaire ne guérit l’arthrose ni ne remplace un traitement médical validé. Ces approches visent uniquement à soulager les symptômes en accompagnement. En cas de traitement anticoagulant, d’hépatopathie ou de grossesse, toujours demander l’avis d’un professionnel de santé avant toute prise.

Plante / complément Mécanisme / Données Précautions ⭐ Niveau de preuve
Harpagophytum (Harpagophytum procumbens) Inhibe COX-2 et TNF-α. Méta-analyses positives douleur lombaire et arthrose. Usage traditionnel bien établi (EMA). CI : ulcère gastroduodénal actif, lithiases biliaires. Prudence anticoagulants, antidiabétiques. ⭐⭐⭐
Curcuma (Curcuma longa) Curcumine inhibe NF-κB et COX-2. Plusieurs ECR montrent un bénéfice sur la douleur arthrosique. Formes lipophiles ou + pipérine pour la biodisponibilité. CI : lithiase biliaire, obstruction biliaire. Prudence anticoagulants (potentialisation). Éviter grossesse à forte dose. ⭐⭐⭐
Boswellia serrata Inhibe 5-lipoxygénase (voie des leucotriènes). Études positives dans gonarthrose. Bien toléré. Prudence interactions médicamenteuses. Quelques cas de troubles digestifs. ⭐⭐⭐
Saule blanc (Salix alba) Salicine, précurseur de l’acide salicylique. Effet analgésique et anti-inflammatoire reconnu EMA. CI relatives similaires à l’aspirine : allergie salicylés, troubles de coagulation, ulcère gastrique, enfant. ⭐⭐
Collagène hydrolysé type II Les peptides de collagène stimulent les chondrocytes. Quelques ECR montrent un bénéfice symptomatique à 5 g/j sur 6 mois. Très bonne tolérance. Qualité variable selon les produits. ⭐⭐
Vitamine D Carence fréquente chez le patient arthrosique âgé, aggravant les douleurs musculosquelettiques. Dosage 25-OH-vitamine D utile. Risque de toxicité à fortes doses prolongées. Adapter la supplémentation au dosage biologique. ⭐⭐⭐
Oméga-3 (EPA/DHA) Propriétés anti-inflammatoires documentées. Utiles dans la prise en charge globale, surtout si alimentation pauvre en poissons gras. Prudence avec anticoagulants à forte dose (> 3 g/j). ⭐⭐

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — Froid ou chaud ?

Règle simple : froid lors des poussées douloureuses (articulation chaude, gonflée) pour ses effets anti-inflammatoires et décongestifs ; chaud hors des poussées pour décontracter et améliorer la souplesse. Ne jamais appliquer le froid directement sur la peau (risque de brûlure) : toujours protéger avec un linge.

9. Traitement de l’arthrose : quand envisager la chirurgie ?

La chirurgie est envisagée après échec du traitement médical et non médicamenteux bien conduit, en présence d’une douleur rebelle et d’un retentissement fonctionnel significatif sur la qualité de vie. Un indice de Lequesne ≥ 10–12 constitue habituellement le seuil de discussion chirurgicale.

Type de chirurgie Indication Localisation
Prothèse totale (PTH, PTG)Arthrose évoluée, douleur rebelle, handicap majeurGenou, hanche
Ostéotomie de correctionAdulte jeune avec désaxation (genu varum/coxa vara/dysplasie)Genou, hanche
ArthroscopieIndications très limitées (corps étrangers, méniscectomie ciblée) — ne traite pas l’arthrose en elle-même (AAOS, EULAR)Genou
Trapézectomie / arthroplastieRhizarthrose sévère résistantePouce

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — Implication pratique

Un patient sous GLP-1 RA en attente de chirurgie prothétique mérite une discussion avec le chirurgien et l’anesthésiste sur la poursuite ou l’arrêt préopératoire de ce traitement (risque de gastroparésie et d’aspiration à l’induction anesthésique — recommandations en cours d’évolution). Signaler toujours le traitement dans le dossier médicamenteux.

10. Quand consulter ? Rôle du pharmacien dans le traitement de l’arthrose

⚠️ Orienter sans tarder si…

  • Articulation rouge, chaude, très gonflée : éliminer une arthrite septique ou une poussée de goutte
  • Douleurs nocturnes intenses ou dérouillage matinal > 30 minutes : orientation rhumatologique pour éliminer un rhumatisme inflammatoire
  • Fièvre associée aux douleurs articulaires
  • Perte de poids inexpliquée avec douleurs articulaires
  • Aggravation rapide malgré traitement bien conduit
  • Patient jeune (avant 45 ans) avec douleurs articulaires chroniques

👨‍⚕️ Missions du pharmacien dans le traitement de l’arthrose

  • Premier recours : conseiller les antalgiques de palier 1 et les AINS topiques sans ordonnance pour les poussées légères
  • Sécurité médicamenteuse : vérifier les interactions (AINS + anticoagulants, AINS + IEC/ARA2, duloxétine + tramadol → syndrome sérotoninergique), contrôler les contre-indications, vérifier l’ordonnance sécurisée pour tramadol/codéine depuis mars 2025
  • Éducation thérapeutique : expliquer l’importance de l’activité physique adaptée, de la réduction de la sédentarité et de la gestion du poids ; démystifier la peur du mouvement
  • Conseil micronutritionnel actualisé : vitamine D, oméga-3, harpagophytum, curcuma, collagène hydrolysé — et déconseiller la diacéréine, la glucosamine (Flexea) et la chondroïtine (Chondrosulf) comme médicaments à écarter (Prescrire 2026) si le patient les demande
  • Orientation : identifier les drapeaux rouges nécessitant une consultation médicale urgente
  • Suivi de l’observance : duloxétine (arrêt progressif impératif), GLP-1 RA (effets digestifs du début de traitement), AASAL longue durée

📊 Tableau récapitulatif — Traitement de l’arthrose en 2026

Traitement Place dans la stratégie Statut / Nouveautés 2024–2026 ⭐ Niveau de preuve
Exercice physique adapté + réduction sédentarité ✅ 1ère ligne absolue EULAR 2023 (non-pharmaco) + EULAR 2025 (activité physique) : réduction sédentarité comme objectif indépendant ⭐⭐⭐⭐⭐
Perte de poids (si surpoids) ✅ 1ère ligne Renforcé par STEP-9 / GLP-1. Impact majeur genou (−4 kg de charge / kg perdu) ⭐⭐⭐⭐⭐
Paracétamol ✅ 1ère ligne médicamenteuse Efficacité modeste vs placebo confirmée (Cochrane 2021) ⭐⭐⭐
AINS topiques ✅ 1ère ligne locale (préféré oraux chez le sujet âgé) EULAR, NICE. Photo-sensibilisation kétoprofène toujours à signaler. ⭐⭐⭐⭐
AINS oraux ⚠️ 2e ligne, courte durée Dose min, durée min, IPP si risque digestif ⭐⭐⭐⭐
Infiltrations corticoïdes ⚠️ Poussées avec épanchement Effet rapide, temporaire. Max 3–4/an. ⭐⭐⭐⭐
PRP (concentrés plaquettaires) ⚠️ Gonarthrose KL ≤ 3, arthrose sèche 🆕 Grade A ESSKA-ORBIT 2024 ; méta-analyse 43 ECR 2025 : concentration ≤ 4× optimale. Non remboursé. ⭐⭐⭐⭐
Viscosupplémentation (AH) ⚠️ Option dans gonarthrose sèche Avis divergents entre sociétés savantes. Non remboursée. ⭐⭐⭐
GLP-1 RA (sémaglutide) ⚠️ Option émergente (patient obèse) 🆕 STEP-9 (NEJM 2024) : −41,7 pts WOMAC douleur. Données long terme nuancées (ACR 2025). Hors AMM arthrose. ⭐⭐⭐⭐
Piasclédine® (insaponifiables avocat-soja) ⚠️ Option complémentaire AMM maintenu, non remboursé. Non épinglé par Prescrire 2026. Évaluer après 3–6 mois. ⭐⭐⭐
Duloxétine 🚫 Dernier recours (expert) Sur prescription spécialisée. Arrêt progressif impératif. ⭐⭐⭐
Tramadol / Codéine 🚫 Dernier recours ou pré-opératoire 🆕 Ordonnance sécurisée obligatoire depuis mars 2025 (ANSM). Durée limitée. ⭐⭐⭐
Glucosamine (Flexea®) 🚫 À déconseiller Non remboursée. Listée « médicament à écarter » Prescrire. ⭐⭐
Chondroïtine (Chondrosulf®) 🚫 À déconseiller Non remboursée. 🆕 Intègre la liste Prescrire 2026 des médicaments à écarter. ⭐⭐
Diacéréine (Art 50®) 🚫 À ne pas recommander AMM maintenu mais déremboursée et déconseillée (Prescrire, HAS). Ne pas renouveler sans avis médical récent.

🔑 En résumé — Traitement de l’arthrose en 2026

Le traitement de l’arthrose en 2026 est plus que jamais multimodal. Les mesures non médicamenteux — exercice adapté, réduction de la sédentarité (EULAR 2025), perte de poids — constituent la pierre angulaire absolue. Côté médicaments, le paracétamol et les AINS topiques restent en première ligne ; les AINS oraux sont réservés aux poussées. Le paysage des AASAL s’assombrit : la diacéréine reste disponible mais ne doit plus être recommandée, la glucosamine et désormais la chondroïtine intègrent la liste Prescrire 2026 des médicaments à écarter. Le PRP progresse fortement avec un grade A ESSKA-ORBIT 2024 et 43 ECR analysés — la standardisation de la concentration (≤ 4×) est la clé. La grande nouveauté est le sémaglutide : l’essai STEP-9 (NEJM 2024) a démontré une réduction spectaculaire de la douleur chez les patients obèses arthrosiques, même si les données à 5 ans restent à consolider. Aucun DMOAD n’est encore approuvé. Le tramadol et la codéine requièrent désormais une ordonnance sécurisée depuis mars 2025. Le pharmacien reste le pivot de ce parcours : premier recours, gardien de la sécurité médicamenteuse, éducateur et vigie des drapeaux rouges.

Stratégie thérapeutique dans l’arthrose — 2026 1ère ligne : Exercice adapté · Perte de poids · Kinésithérapie · Éducation thérapeutique EULAR 2023 + EULAR 2025 — Niveau de preuve A 2e ligne : Paracétamol · AINS topiques · AINS oraux (courte durée) Traitements locaux : PRP (grade A) · Viscosupplémentation · Corticoïdes Recours : Duloxétine · GLP-1 (obèse) · Tramadol* Chirurgie * Ordonnance sécurisée obligatoire depuis mars 2025 (ANSM) — PRP : grade A ESSKA-ORBIT 2024 dans gonarthrose KL ≤ 3

Pyramide du traitement de l’arthrose en 2026 — de l’exercice physique (EULAR 2023) aux options de recours médicamenteuses et à la chirurgie en dernier ressort.

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale ou pharmaceutique personnalisée. En cas de douleurs articulaires persistantes, consultez votre médecin. Sources principales : Moseng et al., EULAR recommendations non-pharmacological core management hip and knee OA: 2023 update, Ann Rheum Dis 2024;83:730-740 (doi:10.1136/ard-2023-225041) ; Rausch Osthoff et al., EULAR recommendations physical activity IA and OA: 2025 update, Ann Rheum Dis, avril 2026 (doi:10.1016/j.ard.2026.03.006) ; consensus ESSKA-ORBIT 2024 sur le PRP, Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2024 Apr;32(4):783-797 ; Simental-Mendía et al., méta-analyse PRP gonarthrose (43 ECR), Orthop Traumatol Surg Res 2025 ; essai STEP-9 sémaglutide, New England Journal of Medicine 2024 ; données ACR 2025 (GLP-1 vs SGLT2 à 5 ans) ; Prescrire liste 2026 médicaments à écarter ; ANSM décision ordonnance sécurisée tramadol/codéine, mars 2025 ; Brandt et al., Biomedicines 2025 (DMOAD pipeline 2010-2024) ; HAS avis Commission de Transparence (diacéréine, glucosamine, Piasclédine) ; Vidal ; RecoMédicales 2025.