Rhumes, rhinites, sinusites

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🔴 Alerte pseudoéphédrine — ordonnance obligatoire depuis déc. 2024
Le rhume est l’infection la plus frĂ©quente de l’adulte et de l’enfant : chacun en fait en moyenne 2 Ă 4 par an. BĂ©nin mais inconfortable, il guĂ©rit spontanĂ©ment en 7 Ă 10 jours — avec ou sans traitement. Cette page fait le point sur ce que l’on sait vraiment, sur les traitements qui fonctionnent (et ceux Ă Ă©viter), et sur les signes qui doivent vous alerter.
Les termes « rhinite aiguë », « rhinopharyngite », « rhinosinusite aiguë » et « sinusite aiguë » dĂ©signent des atteintes du mĂŞme continuum anatomique. On les regroupe aujourd’hui sous l’acronyme IVVAS : Infection Virale des Voies AĂ©riennes SupĂ©rieures. Cette dĂ©nomination rappelle l’essentiel : dans l’immense majoritĂ© des cas, l’origine est virale — et les antibiotiques n’ont donc aucun effet.
Le rhume (coryza aigu) — ce qui se passe dans votre nez
Le rhume est provoquĂ© par la pĂ©nĂ©tration d’un virus dans les muqueuses du nez et de la gorge — principalement un rhinovirus (plus de 100 sĂ©rotypes diffĂ©rents) ou un coronavirus. Ces virus se transmettent par contact direct, par inhalation de microgouttelettes lors d’Ă©ternuements, ou par contact avec un objet contaminĂ© (poignĂ©e de porte, tĂ©lĂ©phone…).
Certains facteurs fragilisent les dĂ©fenses immunitaires des muqueuses et favorisent l’apparition d’un rhume : le froid, une atmosphère trop sèche, la fatigue, un manque de vitamines A, C ou D, ou le stress.
Les 3 phases du rhume
Picotements nasaux, prurit, éternuements en série. Sensation de « nez qui chatouille ».
Obstruction nasale, rhinorrhée claire et abondante, éternuements. La respiration devient difficile.
SĂ©crĂ©tions qui Ă©paississent, deviennent jaune-vert. C’est normal et n’indique pas une surinfection bactĂ©rienne ni la nĂ©cessitĂ© d’un antibiotique.
Non. La couleur jaune-verte des sĂ©crĂ©tions en fin de rhume est due Ă l’accumulation de cellules immunitaires (polynuclĂ©aires) et non Ă une bactĂ©rie. Ce signe seul ne justifie pas la prescription d’antibiotiques.
La rhinopharyngite
La rhinopharyngite est une inflammation simultanĂ©e du nez et du pharynx — c’est l’infection respiratoire la plus courante chez les jeunes enfants. Elle dure un peu plus longtemps (5 Ă 7 jours), s’accompagne de fièvre et d’une toux due Ă l’Ă©coulement des sĂ©crĂ©tions. Son origine est virale dans l’immense majoritĂ© des cas.
La complication la plus frĂ©quente chez l’enfant entre 6 mois et 3 ans est l’otite moyenne aiguĂ«, due au dysfonctionnement de la trompe d’Eustache provoquĂ© par l’inflammation.
La sinusite (rhinosinusite) — quand les sinus sont atteints
Les sinus sont des cavitĂ©s creuses dans les os du visage, tapissĂ©es d’une muqueuse continue avec celle des fosses nasales. Quand les orifices de communication entre les sinus et les fosses nasales se bouchent lors d’une inflammation, le mucus s’accumule — c’est la sinusite.
| Forme | Symptômes clés | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| Rhinosinusite banale | Nez bouché, sensation de pression du visage, douleur modérée augmentée en se penchant en avant | Traitement symptomatique (lavages nasaux, antalgiques). Guérison spontanée en 7–10 jours. |
| Rhinosinusite hyperalgique | Fièvre + douleurs importantes, insomniantes | Consultation mĂ©dicale nĂ©cessaire. AntibiothĂ©rapie et/ou corticothĂ©rapie selon l’Ă©valuation mĂ©dicale. |
| Rhinosinusite compliquĂ©e | CĂ©phalĂ©es intenses, exophtalmie (yeux proĂ©minents), vision double, gonflement orbital, trouble de la conscience | Urgence mĂ©dicale. Consultation ORL immĂ©diate. Risque d’extension aux orbites et aux mĂ©ninges. |
Sinusite chez l’enfant — selon l’âge
- Avant 3 ans : sinusite des cellules ethmoĂŻdales — fièvre > 39°C, abattement, gonflement d’une paupière. Consultation en urgence et hospitalisation.
- Entre 3 et 10 ans : sinusite maxillaire possible — toux grasse, nez bouché, douleurs du visage, sécrétions purulentes.
- Après 10 ans : sinusite frontale possible — symptĂ´mes similaires Ă l’adulte.
- Troubles de la vision (vision double, baisse d’acuitĂ© visuelle) d’apparition soudaine
- Gonflement ou rougeur autour des yeux
- Céphalées intenses résistantes aux antalgiques
- Raideur de la nuque, trouble de la conscience
- Fièvre très élevée chez un patient immunodéprimé avec signes ORL
Ces signes évoquent une complication grave (abcès orbital, méningite, thrombophlébite cérébrale). Appelez le 15 ou rendez-vous aux urgences.
La sinusite chronique
On parle de sinusite chronique quand les symptĂ´mes durent plus de 3 mois (nez bouchĂ© permanent, perte de l’odorat) ou en cas de plus de 3 Ă©pisodes par an. Elle nĂ©cessite un bilan ORL avec fibroscopie et scanner des sinus. La polypose nasosinusienne (souvent associĂ©e Ă l’asthme) en est la forme la plus frĂ©quente. Un foyer dentaire peut ĂŞtre responsable d’une sinusite maxillaire chronique unilatĂ©rale.
Traitements — ce qui marche vraiment
Un rapport des acadĂ©mies nationales de pharmacie et de mĂ©decine a conclu que « les mĂ©dicaments du rhume ne sont pas d’une grande efficacitĂ© et peuvent mĂŞme ĂŞtre dangereux ». Le rhume guĂ©rit spontanĂ©ment en 7 Ă 10 jours. L’objectif du traitement est uniquement de soulager les symptĂ´mes — pas de guĂ©rir plus vite.
Les mesures indispensables — en première intention
- Lavez votre nez avec du sĂ©rum physiologique ou une solution de lavage isotonique, 1 Ă 6 fois par jour selon les besoins. C’est le geste le plus efficace et sans danger.
- Mouchez-vous correctement : une narine Ă la fois, en fermant l’autre. Les mouchoirs jetables limitent la transmission du virus.
- Buvez suffisamment : au moins 1,5 litre par jour, privilégiez les boissons chaudes pour fluidifier les sécrétions.
- Humidifiez la chambre et ne la surchauffez pas (température idéale : 18–19°C).
- Surélevez la tête du lit pour faciliter la respiration nocturne.
- En cas de sinusite : Ă©vitez de pencher la tĂŞte en avant (aggrave la douleur). Évitez l’avion et la plongĂ©e sous-marine.
- ArrĂŞtez le tabac : il est un facteur de chronicisation des infections ORL.
- En cas de sinusite récurrente ou maxillaire : consultez un dentiste pour écarter une origine dentaire.
Le paracétamol — seul antalgique recommandé en première intention
En cas de fièvre ou de douleurs (maux de tĂŞte, douleurs faciales), le paracĂ©tamol reste le traitement de rĂ©fĂ©rence. Respectez la dose : 1 g par prise maximum chez l’adulte, toutes les 6 heures. Attention : certains mĂ©dicaments « anti-rhume » contiennent dĂ©jĂ du paracĂ©tamol — vĂ©rifiez la composition avant d’en prendre en plus.
Vasoconstricteurs nasaux locaux (sprays)
Les vasoconstricteurs en spray nasal (oxymĂ©tazoline : Aturgyl®, Pernazène®) peuvent soulager temporairement l’obstruction nasale. Leur utilisation doit ĂŞtre strictement limitĂ©e Ă 3 jours maximum (5 jours absolus) pour Ă©viter un effet rebond (sinusite chimique).
- Pencher la tĂŞte vers l’avant pendant l’application, jamais en arrière.
- Toujours instiller après lavage de nez et mouchage.
- Ne pas associer deux vasoconstricteurs (même par voies différentes).
Les médicaments antirhume contenant de la pseudoéphédrine par voie orale (Actifed Rhume®, Dolirhume®, Humex Rhume®, Nurofen Rhume®, Rhinadvil Rhume®…) sont désormais classés Liste I et ne sont délivrables que sur ordonnance médicale.
L’ANSM justifie cette dĂ©cision par des effets indĂ©sirables graves confirmĂ©s par l’Agence EuropĂ©enne du MĂ©dicament : infarctus du myocarde, AVC, syndrome d’encĂ©phalopathie postĂ©rieure rĂ©versible (PRES), syndrome de vasoconstriction cĂ©rĂ©brale rĂ©versible (RCVS). Ces accidents peuvent survenir mĂŞme chez des patients sans facteur de risque connu, Ă faible dose et sur une courte durĂ©e.
L’ANSM dĂ©conseille l’utilisation de la pseudoĂ©phĂ©drine pour traiter un rhume, mĂŞme avec ordonnance. Ces mĂ©dicaments ne traitent pas le rhume — ils ne font que soulager temporairement le nez bouchĂ©, pour une maladie qui guĂ©rit seule en quelques jours.
Depuis le 11 dĂ©cembre 2024, toute dĂ©livrance de pseudoĂ©phĂ©drine par voie orale nĂ©cessite une ordonnance — refusez la dĂ©livrance sans ordonnance, mĂŞme si le patient insiste en prĂ©sentant d’anciennes boĂ®tes. Les 8 spĂ©cialitĂ©s concernĂ©es : Actifed Rhume®, Actifed Rhume Jour et Nuit®, Dolirhume®, DolirhumePro®, Humex Rhume®, Nurofen Rhume®, Rhinadvil Rhume®, Rhinadvilcap®. Proposez systĂ©matiquement en substitution : lavage nasal + paracĂ©tamol ± oxymĂ©tazoline (spray local, 3 jours max). Si le patient a une ordonnance : vĂ©rifiez les contre-indications (HTA, pathologie cardiovasculaire, insuffisance rĂ©nale, grossesse, allaitement, moins de 15 ans, prise d’IMAO).
Antihistaminiques H1 de première génération (chlorphéniramine)
Plus actifs sur la rhinorrhée que les vasoconstricteurs, mais entraînent une somnolence importante (passage de la barrière hémato-encéphalique). Contre-indiqués : adénome prostatique, glaucome, grossesse, allaitement, enfant de moins de 15 ans, association avec les antidépresseurs. Spécialités : Rhinofébral®, Humex Rhume® (ancienne formule), Fervex® (phéniramine).
Produits complémentaires utiles
- Crèmes cicatrisantes péri-nasales (Bepanthen®, Homéoplasmine®) : pour soulager les irritations autour du nez dues aux mouchages répétés.
- Inhalations vapeur (rĂ©servĂ©es Ă l’adulte) avec des produits Ă base d’eucalyptus ou de menthol.
- Suppositoires ou pommade Ă base d’eucalyptus (Bronchodermine®, Bronchorectine®) chez l’adulte.
Traitement spécifique de la sinusite
Sinusite banale — traitement symptomatique uniquement
Lavages nasaux frĂ©quents, paracĂ©tamol, vasoconstricteur nasal local (3 jours maximum). Pas d’antibiotique en première intention.
Sinusite hyperalgique ou sur terrain particulier — antibiothérapie
L’antibiothĂ©rapie est indiquĂ©e en cas d’Ă©chec du traitement symptomatique après 72 heures, de signes de gravitĂ©, ou sur terrains particuliers (immunodĂ©pression, diabète mal Ă©quilibrĂ©, sinusite d’origine dentaire).
Première intention : Amoxicilline + acide clavulanique, CĂ©furoxime, Cefpodoxime, CĂ©fotiam (5 jours). Allergie aux bĂŞtalactamines : Pristinamycine (4 jours). Formes sĂ©vères ou Ă©chec : Fluoroquinolones (lĂ©vofloxacine ou moxifloxacine, 7–10 jours). Vigilance : tendinopathies sous fluoroquinolones (risque accru après 65 ans) — arrĂŞt immĂ©diat en cas de douleur d’Achille. Risque de photosensibilisation sous fluoroquinolones — dĂ©conseiller l’exposition au soleil jusqu’Ă 48 h après la fin du traitement. Penser aux probiotiques en prĂ©vention des troubles digestifs sous antibiotiques.
Corticothérapie courte
Les corticoïdes oraux (prednisolone, prednisone) sont indiqués en cas de douleurs importantes, pendant 3 à 7 jours maximum. À prendre le matin pour respecter la sécrétion physiologique du cortisol. Limiter à 2–3 cures par an.
Solutions naturelles — ce que la science sait
Zinc
Une mĂ©ta-analyse publiĂ©e par Singh et Das (Cochrane, 2013) conclut que la prise de zinc dès les premiers signes de rhume, pendant 5 jours, rĂ©duit la durĂ©e et la sĂ©vĂ©ritĂ© des symptĂ´mes. En prĂ©vention (5 mois), le zinc rĂ©duirait l’incidence du rhume et le recours aux antibiotiques. Les formes utilisĂ©es dans ces Ă©tudes : acĂ©tate, sulfate ou gluconate de zinc (30 Ă 160 mg/j en zinc Ă©lĂ©ment).
Vitamine C
La vitamine C ne prévient pas le rhume en population générale, mais peut réduire légèrement la durée des symptômes. Elle peut être utile chez les personnes soumises à des efforts physiques intenses ou au froid (sportifs, travailleurs en milieu froid).
Vitamine D
Des niveaux suffisants de vitamine D contribuent au bon fonctionnement des défenses immunitaires des muqueuses. Une supplémentation en automne-hiver est souvent recommandée pour les personnes carencées.
Aromathérapie, phytothérapie, homéopathie
Ces approches complémentaires peuvent contribuer au confort du patient sans remplacer les mesures de base (lavage nasal, hydratation, repos). Pour les détails pratiques, consultez nos fiches dédiées :
Quand consulter un médecin ?
| Situation | Signe(s) déclencheur(s) |
|---|---|
| Nourrisson < 3 mois | Tout rhume, même sans fièvre — consultation systématique |
| Enfant | Fièvre > 39°C ou persistant > 48 h · IrritabilitĂ©, rĂ©veils nocturnes rĂ©pĂ©tĂ©s · Douleur ou Ă©coulement d’oreille · Gonflement autour des yeux · Conjonctivite purulente · Pas d’amĂ©lioration après 2 jours |
| Adulte — rhume | SymptĂ´mes persistant > 7–10 jours avec fièvre · Perte de l’odorat (anosmie) · Douleurs maxillaires ou auriculaires · DifficultĂ©s respiratoires · Fièvre > 38,5°C persistante |
| Adulte — sinusite | Douleurs insomniantes · Absence d’amĂ©lioration après 72 h de traitement symptomatique · RĂ©cidives frĂ©quentes (> 3/an) · Sinusite durant > 7–10 jours |
| Urgence — toute personne | Troubles visuels, gonflement orbital, céphalées intenses, trouble de la conscience, raideur de la nuque → appeler le 15 |
| Patient immunodéprimé | Tout signe rhinosinusien, même banal → consultation sans délai |
Prévenir les infections hivernales
- Lavez-vous les mains régulièrement, surtout avant de toucher votre visage.
- Aérez votre logement 10 minutes par jour, même en hiver.
- Éternuez et toussez dans le creux du coude, pas dans vos mains.
- Évitez les contacts proches avec des personnes enrhumées — et restez chez vous si vous êtes malade.
- Adoptez un mode de vie équilibré : sommeil suffisant, alimentation variée, activité physique régulière.
- Arrêtez le tabac : la fumée irrite durablement les muqueuses ORL et favorise la surinfection.
- Faites-vous vacciner contre la grippe si vous y êtes éligible — une grippe non traitée peut favoriser des surinfections bactériennes ORL.
Si vous ĂŞtes rĂ©gulièrement enrhumĂ©(e) en hiver, parlez-en Ă votre pharmacien. Une supplĂ©mentation en vitamine D, une vĂ©rification de votre statut en zinc, et l’apprentissage d’un lavage nasal efficace peuvent faire une vraie diffĂ©rence sur la saison. Ces gestes simples valent mieux que les mĂ©dicaments antirhume.
Article rĂ©digĂ© par Anne-Sophie Delepoulle, Docteur en Pharmacie. Dernière rĂ©vision : Avril 2026. Ces informations sont Ă titre indicatif et ne remplacent pas l’avis de votre mĂ©decin ou pharmacien.



