Constipation : causes, traitements et conseils au comptoir

Constipation chez l'adulte, l'enfant ou la femme enceinte : causes, laxatifs, régime et quand consulter. Guide pharmacien fondé sur les recommandations HAS.

La constipation — définie comme moins de 3 selles par semaine avec des selles dures ou difficiles à évacuer — concerne une personne sur cinq en France, avec une prévalence deux à trois fois plus élevée chez les femmes et chez les personnes de plus de 65 ans (Müller-Lissner SA et al., Am J Gastroenterol, 2005). Si elle est le plus souvent fonctionnelle et bénigne, la constipation peut, lorsqu’elle se chronicise, engendrer des complications sérieuses : fécalome, hémorroïdes, fissures anales, voire retentissement psychologique notable. Ce guide complet vous explique ses mécanismes, ses causes, les traitements validés et les situations qui imposent une consultation médicale.

Pour en savoir plus sur la prise en charge officielle, consultez les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS).

1. Constipation : définition, critères de Rome IV et mécanismes

La constipation est un symptôme, non une maladie. Les critères internationaux de Rome IV (Drossman DA, Gastroenterology, 2016) la définissent par la présence d’au moins deux des éléments suivants sur les 3 derniers mois : selles grumeleuses ou dures (type 1–2 de l’échelle de Bristol) dans > 25 % des défécations, sensation d’évacuation incomplète, sensation de blocage anorectal, manœuvres manuelles nécessaires, ou fréquence < 3 selles/semaine. On parle de constipation chronique lorsque ces critères persistent depuis plus de 6 mois.

Sur le plan physiopathologique, deux mécanismes distincts existent : la constipation de transit (ralentissement de la progression des selles dans le côlon, par insuffisance des ondes péristaltiques) et la constipation terminale (dysfonction du plancher pelvien ou anisme — contraction paradoxale du sphincter externe lors de la poussée). Cette distinction est cliniquement fondamentale car elle oriente différemment le traitement.

Deux types de constipation : mécanismes distincts, prises en charge différentes 🐢 Constipation de transit ⬇ Ondes péristaltiques insuffisantes ⬇ Absorption d’eau excessive ⬇ Selles dures, rares, volumineuses Réponse aux laxatifs osmotiques, de lest et aux stimulants + fibres alimentaires 🔒 Constipation terminale (anisme) SPHINCTER ⬆ Contraction paradoxale lors de la poussée (anisme) ⬆ Dyssynergie pubo-rectale Réponse à la biofeedback-thérapie et à la kinésithérapie périnéale ⚠ Les laxatifs seuls sont insuffisants

Schéma des deux mécanismes principaux de constipation — constipation de transit vs constipation terminale — et leurs traitements respectifs.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Quand un patient dit « j’ai du mal à évacuer même si j’ai envie », pensez à l’anisme ou à la dyssynergie pubo-rectale : les laxatifs n’y feront presque rien. Orientez vers une consultation spécialisée et la kinésithérapie périnéale. Inversement, « je n’ai pas envie et mes selles sont dures » oriente vers une constipation de transit — là, les laxatifs osmotiques et les règles hygiéno-diététiques sont efficaces.

2. Constipation traitement : identifier la cause pour choisir la bonne stratégie

La constipation de traitement étiologique passe d’abord par l’identification de sa cause. Quatre grandes familles se distinguent.

2.1 Causes diététiques

Un apport insuffisant en fibres alimentaires (< 15 g/jour au lieu des 25–30 g recommandés par l’EFSA) est la première cause évitable. Les fibres insolubles (cellulose du son de blé) augmentent le volume fécal et accélèrent le transit ; les fibres solubles (pectines, bêta-glucanes de l’avoine) forment un gel hydrophile qui ramollit les selles. Une hydratation insuffisante (< 1,5 L/jour) aggrave la déshydratation colique des selles.

2.2 Causes médicamenteuses — les plus fréquentes à l’officine

⚠️ Médicaments constipants : toujours y penser

Les opioïdes (codéine, tramadol, morphine) bloquent les récepteurs µ des plexus myentériques, inhibant la libération d’acétylcholine et réduisant le péristaltisme — c’est la constipation opioïde induite (COI), touchant 40 à 80 % des patients sous traitement chronique (Camilleri M, Gastroenterology, 2011). Autres médicaments constipants : anticholinergiques (antidépresseurs tricycliques, antihistaminiques H1, solifénacine), inhibiteurs calciques (vérapamil >> amlodipine), sels de fer et de calcium, diurétiques, antipsychotiques, antiparkinsoniens, pansements gastriques à base d’aluminium et antidiarrhéiques (lopéramide).

2.3 Causes organiques et métaboliques

L’hypothyroïdie (ralentissement global du métabolisme, y compris intestinal), le diabète (neuropathie autonome digestive), l’hypercalcémie (diminution de l’excitabilité neuromusculaire), la maladie de Parkinson et la sclérose en plaques figurent parmi les causes systémiques. Une obstruction mécanique (cancer colorectal, diverticulose compliquée, volvulus) doit être évoquée devant toute constipation d’apparition récente après 50 ans.

2.4 Causes fonctionnelles et psychologiques

Le syndrome de l’intestin irritable à dominante constipation (SII-C) associe constipation et douleurs abdominales soulagées par la défécation. Le stress active l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et modifie la motricité colique via le système nerveux entérique (Cryan JF et al., Nat Rev Neurosci, 2019) — un petit-déjeuner sauté et le refus d’aller aux toilettes par manque de temps sont des facteurs comportementaux directement corrigeables.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Avant tout conseil laxatif, posez systématiquement la question : « Avez-vous un traitement en cours ? » Un patient sous tramadol ou fer ferreux qui se plaint de constipation a d’abord besoin d’un laxatif osmotique préventif associé — pas de fibres en premier lieu, qui peuvent empirer l’inconfort dans ce contexte.

3. Complications de la constipation chronique

Sous-estimées, les complications de la constipation non traitée ou mal traitée peuvent être sévères :

  • Fécalome : accumulation de matières fécales durcies dans le rectum ou le côlon, pouvant évoluer vers une occlusion intestinale — urgence médico-chirurgicale.
  • Hémorroïdes et fissures anales : les efforts de poussée répétés augmentent la pression dans le plexus hémorroïdaire et déchirent la muqueuse anale.
  • Prolapsus rectal et descente de périnée : complications à long terme chez la femme, favorisant incontinence urinaire et prolapsus utérin.
  • Maladie des laxatifs : usage prolongé de laxatifs stimulants (séné, bisacodyl) entraîne une hypotonie du côlon et une dépendance, avec alternance constipation/diarrhées.
  • Retentissement psychologique : anxiété, repli social, altération de la qualité de vie documentée par l’échelle PAC-QOL (Frank L et al., Scand J Gastroenterol, 1999).

🚫 Danger de l’automédication prolongée en laxatifs stimulants

Les laxatifs anthracéniques (séné, bourdaine, cascara) ne doivent pas être utilisés plus de 8 à 10 jours consécutifs. Leur usage chronique entraîne une mélanose colique (dépôt de pigments lipoïdes dans la sous-muqueuse), une hypokaliémie favorisant l’arythmie, et une perte d’autonomie motrice du côlon. Ils sont contre-indiqués chez la femme enceinte et l’enfant de moins de 12 ans.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Face à un patient qui « prend du séné depuis des années », expliquez-lui la notion de maladie des laxatifs avec bienveillance : « votre intestin s’est mis en grève parce qu’on lui a fait le travail à sa place ». Proposez un sevrage progressif en substituant un laxatif osmotique (macrogol) puis en travaillant sur les fibres et l’hydratation.

4. Constipation traitement hygiéno-diététique : fibres, hydratation, exercice

Les mesures hygiéno-diététiques constituent le traitement de première ligne de la constipation fonctionnelle. Leur efficacité est documentée à condition d’être appliquées de façon cohérente et progressive.

4.1 Les fibres alimentaires

L’augmentation des fibres à 25–30 g/jour (Agence nationale de sécurité sanitaire, 2017) est la recommandation centrale. Les meilleures sources sont les légumineuses (lentilles : 8 g/100 g cuits), les céréales complètes, les légumes verts (épinards, haricots), les fruits secs réhydratés et le jus de pruneau. Le son de blé (15 g/j introduit progressivement sur 2–3 semaines pour éviter les ballonnements) est la source la plus concentrée. L’augmentation brutale des fibres provoque systématiquement gaz et inconfort transitoire : prévenez vos patients pour éviter l’abandon prématuré.

4.2 L’hydratation

Le côlon réabsorbe jusqu’à 1,5 L d’eau par jour sur les 1,5 L de contenu iléal entrant. Une hydratation insuffisante déshydrate les selles mécaniquement. La recommandation est de boire 1,5 à 2 L de liquide par jour, en privilégiant un grand verre d’eau fraîche à jeun le matin — ce stimulus thermique déclenche le réflexe gastrocolique (contraction réflexe du côlon) en 15 à 30 minutes. Les eaux riches en magnésium (type Hépar®, 119 mg/L) ont un effet osmotique colique documenté (Maguire D et al., Eur J Nutr, 2019).

4.3 L’activité physique

L’activité physique modérée (30 minutes de marche rapide quotidienne) accélère le transit colique par activation du système nerveux autonome et renforcement de la ceinture abdominale. Une revue Cochrane (Krogh K et al., Cochrane Database Syst Rev, 2017) confirme l’efficacité de l’exercice sur le temps de transit colique chez l’adulte sédentaire.

4.4 La posture et les habitudes défécatoires

La position accroupie (genoux relevés, pieds surélevés sur un marche-pied de 20–30 cm) redresse l’angle ano-rectal et facilite l’évacuation sans effort — le muscle pubo-rectal se relâche mieux que dans la position assise classique sur les toilettes occidentales (Sikirov D, Dig Dis Sci, 2003). Ne jamais se retenir lorsque l’envie se présente : le réflexe de défécation s’épuise rapidement si on l’inhibe répétitivement.

✅ Aliments à favoriser contre la constipation
Aliment Teneur en fibres Mécanisme principal
Son de blé 42 g/100 g Augmentation du volume fécal, accélération du transit
Lentilles cuites 8 g/100 g Fibres solubles + insolubles, fermentation colique modérée
Pruneaux 7 g/100 g Fibres + sorbitol (effet osmotique) + phénoliques stimulants
Graines de lin moulues 27 g/100 g Mucilages lubrifiants + fibres solubles (gel hydrophile)
Kiwi 3 g/100 g Actinidine (enzyme protéolytique) + fibre hydrophile
🚫 Aliments à limiter en cas de constipation
Riz blanc, pain blanc, féculents raffinés Pauvres en fibres, ralentissent le transit
Chocolat, thé noir fort, café fort Tanins astringents (effet constipant)
Banane verte, coing, myrtilles Tanins et pectines à effet constipant
Sodas et boissons sucrées Déshydratation relative, ballonnements

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

« Augmentez vos fibres » sans augmenter l’hydratation, c’est contre-productif : les fibres sans eau forment une masse dure dans le côlon. La règle est simple : +5 g de fibres = +250 mL d’eau supplémentaires par jour. Un marche-pied de toilettes (20 € en pharmacie) améliore souvent plus le transit qu’un laxatif : conseillez-le sans hésiter.

5. Laxatifs : quel traitement de la constipation choisir ?

Lorsque les mesures hygiéno-diététiques seules sont insuffisantes, les laxatifs constituent le traitement médicamenteux de la constipation. Ils se classent en quatre familles pharmacologiques aux mécanismes d’action distincts.

Classe Molécules / exemples Mécanisme Délai d’action Usage Niveau de preuve ?
Osmotiques Macrogol (PEG), lactulose, lactitol Rétention d’eau dans la lumière colique par effet osmotique 24–72 h (macrogol) ; 24–48 h (lactulose) 1re ligne, y compris grossesse et enfant ⭐⭐⭐⭐⭐
De lest (bulk) Psyllium (ispaghul), méthylcellulose Augmentation de la masse fécale hydrophile, stimulation mécanique du péristaltisme 12–72 h Traitement de fond, toujours avec beaucoup d’eau ⭐⭐⭐⭐
Stimulants Bisacodyl, séné, picosulfate de sodium Stimulation directe des plexus nerveux myentériques, augmentation des sécrétions coliques 6–12 h (oral) ; 15–30 min (rectal) Épisodique, ≤ 10 jours. CI grossesse, enfant < 12 ans ⭐⭐⭐
Lubrifiants / émollients Huile de paraffine, docusate Ramollissement des selles par réduction de la tension de surface 6–8 h Fécalome, post-opératoire. Risque de pneumopathie par inhalation chez le sujet âgé ⭐⭐
Locaux (suppositoires, lavements) Glycérine, bicarbonate, laurylsulfate Distension rectale réflexe, lubrification locale 5–30 min Constipation terminale, fécalome, préparation coloscopie ⭐⭐⭐

ℹ️ Le macrogol (PEG) : traitement de référence en 2025

Le macrogol (polyéthylène glycol 3350 ou 4000 — Forlax®, Movicol®, Transipeg®) est le laxatif osmotique de référence recommandé par la HAS et l’ESPCG. Sa molécule retient 72 à 100 mL d’eau par gramme dans la lumière colique sans absorption systémique. Il est utilisable chez la femme enceinte, l’enfant dès 6 mois (formulation pédiatrique) et le sujet âgé. Contrairement au lactulose, il ne fermente pas et ne provoque pas de ballonnements. La notice ANSM autorise son usage sur plusieurs semaines sans risque de dépendance.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Pour un patient naïf de laxatifs, le macrogol est presque toujours le meilleur premier choix : efficace, bien toléré, sans interaction médicamenteuse. Pour une constipation opioïde, le macrogol ou le naloxégol (Moventig® — antagoniste périphérique des récepteurs µ, sur prescription) sont indiqués. Pour le sujet âgé sous paraffine depuis des années, expliquez le risque de pneumopathie d’inhalation et proposez une substitution par macrogol.

6. Constipation traitement en situations particulières : grossesse, nourrisson, personne âgée

6.1 Constipation et grossesse

Une femme enceinte sur deux est constipée, en raison de l’effet relaxant de la progestérone sur le muscle lisse intestinal (hypotonie du péristaltisme) et de la compression mécanique du côlon par l’utérus en fin de grossesse. La prise de fer prescrit en supplémentation aggrave fréquemment ce symptôme.

⚠️ Laxatifs autorisés et contre-indiqués pendant la grossesse

  • Autorisés : laxatifs osmotiques (macrogol, lactulose), laxatifs de lest (psyllium), suppositoires à la glycérine.
  • Contre-indiqués : laxatifs stimulants anthracéniques (séné, bourdaine, cascara) — risque de contractions utérines et passage dans le lait maternel ; huile de ricin — stimulant puissant pouvant déclencher des contractions.

6.2 Constipation du nourrisson et de l’enfant

Chez le nourrisson allaité, une selle tous les 3 à 5 jours peut être normale si elle est molle. La constipation se définit par des selles dures, douloureuses, accompagnant des pleurs à la défécation. Les causes les plus fréquentes sont diététiques : biberons trop concentrés, laits à forte teneur en caséine, introduction précoce de féculents. L’eau minérale riche en magnésium (Hépar®) diluée 50/50 peut être utilisée sur de courtes périodes chez le nourrisson, mais avec prudence (risque d’hypermagnésémie en usage excessif).

Chez l’enfant plus grand, une méta-analyse incluant 127 nourrissons (Coccorullo P et al., J Pediatr, 2010) a démontré l’efficacité de Lactobacillus reuteri DSM 17938 sur la fréquence des selles dans la constipation fonctionnelle pédiatrique — une piste probiotique utile à proposer en complément des laxatifs osmotiques.

🚫 Ne jamais habituer le nourrisson au « réflexe du thermomètre »

Cette pratique conditionne l’enfant à ne défécuer que sous stimulation externe et crée une dépendance iatrogène. Les suppositoires à la glycérine peuvent être utilisés ponctuellement mais jamais en routine.

6.3 Constipation de la personne âgée

La prévalence de la constipation augmente avec l’âge et atteint 30 à 40 % après 65 ans, par réduction de la motricité colique, polymédication constipante, réduction de l’activité physique et diminution de la perception de la soif. Le fécalome est une complication spécifiquement redoutée chez le sujet âgé institutionnalisé — un toucher rectal doit toujours être envisagé si un patient âgé présente une diarrhée paradoxale ou une agitation inexpliquée.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Chez le sujet âgé, systématisez la revue médicamenteuse à chaque dispensation : calcium + vitamine D, codéine, vésicaux anticholinergiques, fer, antidépresseurs tricycliques — cette liste est souvent la première cause de constipation, et la corriger vaut mieux que d’ajouter un laxatif.

7. Traitements naturels de la constipation : probiotiques, plantes, micronutrition

7.1 Probiotiques

Les probiotiques agissent sur le transit colique via deux mécanismes : acidification du pH colique (production d’acide lactique et acétique) qui accélère le péristaltisme, et modulation du microbiote (réduction des Clostridia constipants, enrichissement en Bifidobacterium). Une méta-analyse de 14 essais randomisés (Dimidi E et al., Am J Clin Nutr, 2014) montre que les probiotiques réduisent le temps de transit colique de 12,4 heures en moyenne. Les souches les mieux documentées dans la constipation sont Bifidobacterium lactis DN-173 010 et Lactobacillus reuteri DSM 17938 (pédiatrique).

7.2 Plantes à activité laxative

Plante Mécanisme actif Précautions Niveau de preuve ?
Psyllium blond (Plantago ovata) Mucilages (fibres solubles) formant un gel, augmentation de la masse fécale Boire abondamment (risque d’obstruction si insuffisance hydrique) ⭐⭐⭐⭐⭐
Séné (Cassia senna) Sénosides → rhéine-anthrone (métabolite colique) → stimulation des plexus myentériques Max 10 jours. CI : grossesse, allaitement, enfant < 12 ans, pathologie intestinale inflammatoire ⭐⭐⭐
Prunier (Prunus domestica) — jus et fruits secs Sorbitol (6,1 g/100 g) + fibres + phénoliques stimulants (acide chlorogénique) Efficacité démontrée supérieure au psyllium à dose équivalente de fibres (Attaluri A, Aliment Pharmacol Ther, 2011) ⭐⭐⭐⭐
Kiwi (Actinidia deliciosa) Actinidine + fibres hydrophiles ; 2 kiwis/jour pendant 4 semaines améliorent significativement le transit (Chan AO, World J Gastroenterol, 2007) Bien toléré, sans risque de dépendance ⭐⭐⭐
Aloe vera (latex — aloe-émodine) Anthracénosides stimulants coliques Usage limité, mêmes CI que le séné. Déconseillé chez la femme enceinte. Ne pas confondre avec le gel de pulpe (sans effet laxatif) ⭐⭐

7.3 Micronutrition : magnésium et constipation

Le magnésium, cofacteur de plus de 300 enzymes, joue un rôle direct dans la motricité intestinale : il régule les canaux ioniques musculaires lisses du côlon et module la libération d’acétylcholine au niveau des plexus myentériques. Une supplémentation en magnésium sous forme de chlorure de magnésium ou de citrate de magnésium exerce un effet osmotique laxatif doux à doses suffisantes (> 300 mg/jour). Maguire D et al. (Eur J Nutr, 2019) ont montré qu’un apport insuffisant en magnésium alimentaire est significativement associé à la constipation fonctionnelle dans les études de cohorte.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Les pruneaux sont souvent plus efficaces et bien mieux acceptés que les laxatifs par les patients âgés : prescrivez-en 6 à 8 par jour, réhydratés si nécessaire. Pour les patients sous IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) qui réduisent l’absorption du magnésium, pensez à contrôler la magnésémie et à proposer une supplémentation — c’est souvent une cause méconnue de constipation rebelle chez cette population.

8. Quand consulter ? Signaux d’alarme à ne pas manquer

La constipation est dans l’immense majorité des cas fonctionnelle et bénigne. Certains signes imposent cependant une orientation médicale sans délai.

🚨 Signaux d’alarme — orientation médicale urgente ou rapide

  • Constipation d’apparition brutale après 50 ans, sans facteur déclenchant identifié → éliminer un cancer colorectal
  • Rectorragies ou sang dans les selles
  • Amaigrissement inexpliqué + altération de l’état général
  • Alternance constipation / diarrhée sans cause médicamenteuse évidente
  • Douleurs abdominales intenses avec absence de gaz → occlusion à exclure en urgence
  • Constipation persistant > 3 semaines malgré les mesures hygiéno-diététiques et un laxatif bien conduit
  • Chez l’enfant : constipation avec fièvre, vomissements ou perte de poids → rechercher une cause organique (maladie de Hirschsprung)
  • Antécédents familiaux de cancer colorectal ou de polypes

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Après 50 ans, toute constipation nouvelle doit vous alerter. Posez systématiquement la question : « C’est récent ou vous avez toujours été constipé(e) ? » Une constipation récente sans raison évidente (nouveau médicament, changement alimentaire) doit conduire à une consultation médicale, même si elle répond aux laxatifs, car une réponse aux laxatifs n’élimine pas un obstacle mécanique débutant.

Récapitulatif : stratégie de prise en charge de la constipation

Situation 1re intention 2e intention Niveau de preuve ?
Adulte, constipation fonctionnelle Fibres + hydratation + exercice Macrogol ou psyllium ⭐⭐⭐⭐⭐
Constipation opioïde Macrogol systématique dès le début du traitement Naloxégol (Moventig® sur Rx) ⭐⭐⭐⭐⭐
Grossesse Règles diététiques + macrogol ou lactulose Suppositoire glycérine ⭐⭐⭐⭐
Nourrisson / enfant Correction diététique + macrogol pédiatrique L. reuteri DSM 17938 + suppositoire glycérine ponctuel ⭐⭐⭐⭐
Personne âgée Revue médicamenteuse + macrogol Suppositoire ou lavement si fécalome ⭐⭐⭐⭐
Constipation terminale (anisme) Kinésithérapie périnéale + biofeedback Laxatifs locaux d’appoint ⭐⭐⭐⭐

🔑 En résumé : constipation traitement en 5 points clés

  • Deux mécanismes distincts : constipation de transit (laxatifs efficaces) vs constipation terminale/anisme (kinésithérapie périnéale indispensable).
  • Les médicaments sont la première cause évitable : opioïdes, fer, calcium, anticholinergiques — systématiser la revue médicamenteuse.
  • Le macrogol (PEG) est le laxatif de référence : efficace, sans dépendance, utilisable chez la femme enceinte et l’enfant.
  • Fibres + eau = un duo indissociable : augmenter les fibres sans augmenter l’hydratation aggrave la constipation.
  • Signaux d’alarme après 50 ans : toute constipation d’apparition brutale, saignement ou amaigrissement impose une consultation médicale sans délai.

Avertissement médical : Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne se substitue pas à un avis médical personnalisé. En cas de constipation persistante, d’apparition récente après 50 ans, accompagnée de sang dans les selles, d’amaigrissement ou de douleurs abdominales, consultez votre médecin sans délai.

Sources principales : Müller-Lissner SA et al., Am J Gastroenterol, 2005 — Drossman DA (Rome IV), Gastroenterology, 2016 — Camilleri M, Gastroenterology, 2011 — Dimidi E et al., Am J Clin Nutr, 2014 — Attaluri A et al., Aliment Pharmacol Ther, 2011 — Coccorullo P et al., J Pediatr, 2010 — Maguire D et al., Eur J Nutr, 2019 — Krogh K et al., Cochrane Database Syst Rev, 2017 — Sikirov D, Dig Dis Sci, 2003 — HAS, recommandations constipation de l’adulte, 2018 — ANSM, fiches laxatifs.

Rédigé par Anne-Sophie Delepoulle (Dr en Pharmacie) — Mis à jour en juin 2026.