Fluor prévention caries : bénéfices, risques et recommandations 2025

Le fluor protège-t-il vraiment contre les caries ? Bénéfices, fluorose, neurotoxicité : le point complet fondé sur les dernières recommandations HAS, EFSA 2025.

La fluor prévention caries : derrière cette expression se cache l’un des débats les plus vifs de la santé bucco-dentaire contemporaine. D’un côté, un consensus scientifique de plusieurs décennies positionne le fluorure comme l’un des agents anticariogènes les mieux documentés au monde. De l’autre, une accumulation de données récentes — méta-analyse du National Toxicology Program américain (2023), évaluation de l’EFSA de juillet 2025, demande de l’ANSES à l’ECHA en décembre 2025 — soulèvent des questions sérieuses sur la neurotoxicité développementale du fluorure ingéré. Cet article fait le point, sans idéologie, avec les chiffres et les niveaux de preuve.

Ce que vous trouverez ici : la biochimie du fluor dans l’émail, les bénéfices documentés, les risques réels (fluorose, neurotoxicité), et surtout une grille de lecture pratique pour conseiller au comptoir en 2025.

1. Fluor prévention caries : mécanisme d’action moléculaire

L’émail dentaire est constitué à 97 % d’un sel minéral cristallisé appelé hydroxyapatite — de formule Ca₅(PO₄)₃(OH). Cette structure, solide mais pas invulnérable, se dissout progressivement lorsque le pH buccal descend en dessous de 5,5, ce qui se produit à chaque prise alimentaire sucrée. C’est le phénomène de déminéralisation.

Le fluorure (ion F⁻) agit à deux niveaux complémentaires :

① Substitution cristalline : l’ion fluorure remplace le groupement hydroxyle (–OH) de l’hydroxyapatite pour former la fluoroapatite — Ca₅(PO₄)₃F. Cette substitution n’est pas anodine : la fluoroapatite commence à se dissoudre à un pH de 4,5 au lieu de 5,5. Autrement dit, l’émail fluoré tolère des attaques acides nettement plus intenses avant de se déminéraliser. L’analogie : si l’hydroxyapatite est une citadelle en grès, la fluoroapatite est la même citadelle reconstruite en granite.

② Effet bactériostatique : à des concentrations suffisantes dans le biofilm buccal (la plaque dentaire), le fluorure inhibe l’énolase — une enzyme clé de la glycolyse bactérienne chez Streptococcus mutans, principale bactérie cariogène. Moins d’énergie produite = moins d’acide lactique sécrété = moins de déminéralisation. Cet effet est surtout actif lors du brossage et dans les minutes qui suivent ; il s’amenuise progressivement.

③ Effet sur la reminéralisation : lors des phases de neutralisation salivaire (entre les repas), le fluorure favorise la réincorporation des ions calcium et phosphate dans l’émail déminéralisé, accélérant la reconstruction de la fluoroapatite.

Mécanisme d’action du fluorure sur l’émail dentaire Hydroxyapatite Ca₅(PO₄)₃(OH) Se dissout à pH < 5,5 ❌ Vulnérable aux acides alimentaires courants F⁻ substitution Fluoroapatite Ca₅(PO₄)₃(F) Se dissout à pH < 4,5 ✅ Résistance augmentée d’un ordre de grandeur Effet bactériostatique Inhibe l’énolase de S. mutans ↓ production d’acide lactique bactérien Cycle déminéralisation / reminéralisation dans la journée Repas / sucre pH buccal ↓ 4,5–5,5 Déminéralisation perte Ca²⁺ / PO₄³⁻ Inter-repas pH remonte > 5,5 Reminéralisation F⁻ accélère la réparation Le fluor déplace l’équilibre vers la reminéralisation : c’est sa valeur thérapeutique principale. Chaque brossage avec dentifrice fluoré reconstituera le « stock » de fluorure biodisponible dans le biofilm buccal.

Fig. 1 — Fluor et prévention des caries : double mécanisme de substitution cristalline (hydroxyapatite → fluoroapatite) et d’inhibition bactérienne. Le cycle de déminéralisation/reminéralisation est l’enjeu quotidien que le fluorure aide à équilibrer.

ℹ️ Voie topique vs voie systémique : un glissement de paradigme

Pendant des décennies, on a cru que l’efficacité du fluor était surtout pré-éruptive — c’est-à-dire que le fluorure ingéré s’incorporait dans les dents en formation. Les données actuelles (Featherstone JDB, Community Dentistry and Oral Epidemiology, 1999 ; confirmé par les méta-analyses Cochrane 2019) réhabilitent la voie topique post-éruptive comme mécanisme dominant : le fluorure agit surtout en contact direct avec l’émail déjà en place, via le dentifrice ou le vernis fluoré appliqué par le professionnel. Cette réévaluation a des conséquences directes sur les recommandations pédiatriques actuelles.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Quand un patient vous demande « mais le fluor ça sert à quoi dans le dentifrice ? » — cette réponse tient en une image : « Votre émail de base se dissout au cola, au jus d’orange, au yaourt. L’émail fluoré résiste bien mieux à ces acides du quotidien. De plus, le fluorure ralentit directement les bactéries cariogènes. C’est pour ça que les deux minutes de brossage comptent vraiment. »

2. Bénéfices du fluor : ce que prouvent vraiment les études

L’efficacité du fluorure contre la carie dentaire est l’une des données les mieux répliquées de la médecine préventive. Voici les niveaux de preuve par forme d’administration :

Forme d’apport Efficacité résumée Référence clé Niveau de preuve
Dentifrice fluoré (1000–1450 ppm) Réduction des caries de 24–35 % vs dentifrice non fluoré chez l’enfant Walsh et al., Cochrane Database, 2019 ⭐⭐⭐⭐⭐
Vernis fluoré professionnel (22 600 ppm) Réduction significative sur dents temporaires et permanentes ; 2–4 applications/an recommandées chez les enfants à haut risque carieux Marinho et al., Cochrane Database, 2013 (mis à jour 2022) ⭐⭐⭐⭐⭐
Fluoration de l’eau (0,7–1 mg/L) Réduction historique documentée ; bénéfice moins net dans les populations utilisant largement le dentifrice fluoré Iheozor-Ejiofor et al., Cochrane, 2015, mise à jour 2024 ⭐⭐⭐
Sel fluoré (250 mg F/kg) Efficacité comparable à la fluoration de l’eau dans les pays où utilisé (France, Allemagne, Suisse) Marthaler TM, Caries Research, 2013 ⭐⭐⭐⭐
Comprimés/gouttes fluorés (Zymafluor®) Utilité principalement topique (sucer/mâcher), non systémique ; réservés aux situations où le dentifrice est impossible ; bilan fluoré préalable obligatoire HAS, recommandations 2010 confirmées 2025 ; UFSBD 2023 ⭐⭐⭐

🔑 À retenir

La méta-analyse Cochrane sur les dentifrices fluorés (Walsh et al., 2019, 96 essais randomisés, plus de 65 000 enfants) est sans ambiguïté : les dentifrices avec moins de 1 000 ppm de fluorure ne sont pas suffisamment efficaces pour prévenir les caries. C’est la raison pour laquelle les produits « bébé » à 500 ppm ont été progressivement remplacés par des formulations à 1 000 ppm dès le premier brossage dans les recommandations européennes.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Face à un parent qui vient acheter un « dentifrice naturel sans fluor » pour son enfant de 4 ans, vous pouvez dire : « Je comprends le réflexe — moins de produits, c’est rassurant. Mais là, vous priveriez votre enfant du seul agent anticariogène qui ait vraiment fait ses preuves sur des dizaines de milliers d’enfants dans des essais cliniques. La fluorose, si on respecte les quantités, est bénigne. La carie non traitée chez un enfant de 5 ans, c’est une douleur, une anesthésie, parfois une hospitalisation. »

3. Risques du fluor : fluorose, neurotoxicité — état des lieux 2025

La fluorose dentaire

La fluorose dentaire survient quand l’exposition systémique au fluorure est excessive pendant la phase de minéralisation de l’émail — soit entre la naissance et 6–8 ans pour les incisives permanentes. Elle se manifeste par des opacités blanchâtres diffuses (« stries de neige »), et dans les formes sévères par des piqûres brunes et un émail poreux. En France, environ 15 % des enfants présentent des signes de fluorose — mais dans 90 % des cas sous forme légère ou très légère (Leroy R et al., estimations épidémiologiques européennes).

La forme sévère (fluorose osseuse avec fragilité squelettique) est quasi-exclusivement observée dans des zones géographiques où l’eau naturelle dépasse 3–10 mg/L de fluorure — Inde, Chine, Afrique de l’Est. Elle n’est pas un risque dans le contexte de l’utilisation normale du dentifrice fluoré en France.

⚠️ Zone à risque de fluorose dentaire en France

Tranche d’âge critique : 0–6 ans (minéralisation des incisives permanentes). Facteurs de risque cumulatifs : dentifrice à concentration inadaptée (trop de ppm ou trop grande quantité), ingestion régulière de dentifrice, eau fluorée naturellement élevée locale, sel fluoré + dentifrice fluoré + comprimés en simultané. Populations à surveiller : l’EFSA (juillet 2025) identifie les enfants de 4 à 8 ans comme groupe prioritaire de surveillance en Europe, surtout en cas de cumul de sources.

La fluorose osseuse

Elle nécessite une exposition prolongée et massive (plusieurs années à des concentrations d’eau supérieures à 4–8 mg/L). Elle est sans pertinence clinique dans le contexte de la supplémentation fluorée standard européenne. La soulever à propos du dentifrice fluoré constitue une extrapolation non justifiée par les données.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Si un patient évoque la fluorose osseuse en rapport avec le dentifrice, rassurez-le : ce risque concerne des populations vivant près de sources géothermales ou dans certaines régions d’Asie du Sud, avec des concentrations d’eau 5 à 10 fois supérieures aux seuils européens. Le vrai risque en France reste la fluorose dentaire légère chez l’enfant de moins de 6 ans — évitable en respectant la quantité (grain de riz puis petit pois) et en rangeant le tube hors de portée.

4. Fluor et QI des enfants : que disent les données les plus récentes ?

C’est le terrain qui a le plus évolué depuis l’article original de 2020. Voici la chronologie des publications majeures, débarrassée des polémiques para-scientifiques :

2012 — Méta-analyse de Choi et al. (Harvard School of Public Health, Environmental Health Perspectives) : synthèse de 27 études chinoises comparant des zones à fluorure élevé (> 2–10 mg/L dans l’eau) et des zones à faible teneur. Elle conclut à une association inverse entre concentration de fluorure et QI des enfants. Limite majeure : les concentrations étudiées étaient souvent bien supérieures aux niveaux utilisés en fluoration de l’eau conventionnelle (0,7 mg/L).

2019 — Green et al. (JAMA Pediatrics) : étude canadienne portant sur des femmes enceintes et leurs enfants. Elle suggérait une association entre fluorure urinaire maternel et QI légèrement réduit chez les garçons à 3 ans. Cette étude a soulevé une tempête scientifique — critiques méthodologiques importantes (mesure ponctuelle du fluorure urinaire pendant la grossesse, QI mesuré très tôt).

2023 — Rapport du National Toxicology Program (NTP) américain, JAMA Pediatrics, 2025 : méta-analyse de 74 études épidémiologiques, considérée par ses auteurs comme la plus complète jamais réalisée. Elle conclut à une association inverse « cohérente » entre exposition au fluorure et QI des enfants — y compris dans certaines études menées à des niveaux inférieurs à 1,5 mg/L. La différence moyenne pondérisée est de –0,45 point de QI (IC 95 % : –0,56 à –0,35). Les auteurs du NTP précisent que cet effet, même subtil à l’échelle individuelle, pourrait avoir un impact significatif à l’échelle populationnelle.

⚠️ Ce que les chiffres signifient — et ne signifient pas

Un effet moyen de –0,45 point de QI est une donnée statistique de population, non une prédiction individuelle. À titre de comparaison, l’exposition au plomb ou au méthylmercure produit des effets de –1 à –5 points de QI. La question pertinente n’est pas « y a-t-il un signal ? » (il y en a un, statistiquement), mais « à quelles concentrations, par quelle voie d’exposition, et ce signal est-il pertinent aux niveaux réels d’exposition des enfants européens ? » — et là, les preuves sont nettement moins solides.

Juillet 2025 — L’EFSA publie son évaluation des risques du fluorure (avis scientifique 9478, après analyse de plus de 20 000 publications) : elle fixe un apport journalier sans risque de 3,3 mg/j pour les femmes enceintes (pour protéger le fœtus des effets neurodéveloppementaux potentiels) et pour les adultes. Elle confirme que l’exposition moyenne des Européens reste sous ce seuil — mais identifie les enfants de 4 à 8 ans comme groupe à surveiller en cas de cumul de sources. Elle appelle également à une révision de la limite légale de fluorure dans l’eau potable.

Décembre 2025 — L’ANSES saisit l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) pour demander une classification du fluorure de sodium comme perturbateur endocrinien de catégorie 1 et toxique pour la reproduction de catégorie 1B, sur la base de données expérimentales animales et épidémiologiques humaines. Cette procédure est ouverte à consultation publique. Elle ne conduit pas à un retrait des dentifrices fluorés, mais pourrait aboutir à un étiquetage réglementaire renforcé.

Publication Ce qu’elle établit Limites / contexte Niveau de preuve
Choi et al., Env. Health Persp., 2012 Association inverse fluorure/QI dans zones à haute concentration Concentrations étudiées 2–10 mg/L, hors normes européennes ⭐⭐
Green et al., JAMA Pediatrics, 2019 Signal sur QI des garçons / fluorure urinaire maternel Mesure ponctuelle, QI mesuré à 3 ans, réplication limitée ⭐⭐
NTP / Grandjean et al., JAMA Pediatrics, 2025 Association inverse cohérente sur 74 études dont certaines < 1,5 mg/L Hétérogénéité des études ; pertinence aux niveaux UE contestée ⭐⭐⭐
EFSA, avis 9478, juillet 2025 Seuil sans risque neurodéveloppemental fixé à 3,3 mg/j ; population UE sous ce seuil en moyenne Enfants 4–8 ans à surveiller en cas de cumul de sources ⭐⭐⭐⭐
ANSES → ECHA, décembre 2025 Proposition classification perturbateur endocrinien / repro cat. 1B Procédure en cours ; ne préjuge pas d’une interdiction ⭐⭐ (en cours d’évaluation)

ℹ️ RFK Jr., antifluor et biais de contexte

La publication du rapport NTP en 2023–2024 a coïncidé avec la montée en puissance politique de l’antifluorisme aux États-Unis (63 % de la population américaine reçoit de l’eau fluorée). Certains scientifiques ont publiquement exprimé leur crainte que cette publication n’érode la confiance dans les institutions sanitaires dans un contexte déjà fragilisé. En Europe, le contexte est différent : l’eau n’est pas fluorée dans la quasi-totalité des pays (moins de 3 % de la population), et la source principale d’exposition reste le dentifrice — dont l’EFSA confirme la sécurité d’utilisation dans le respect des bonnes pratiques.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Si un patient vous apporte un article sur « le fluor qui baisse le QI » : « Le signal existe dans les données — ce serait malhonnête de le nier. Mais il concerne surtout des expositions élevées à l’eau fluorée, loin des niveaux européens. L’EFSA, qui a épluché 20 000 études en 2025, confirme que l’exposition des enfants européens via le dentifrice reste dans des limites sûres — à condition de bien respecter les quantités selon l’âge. La balance bénéfice/risque reste clairement favorable au dentifrice fluoré. »

5. Sources naturelles de fluor et exposition quotidienne réelle

Comprendre les sources d’exposition au fluorure permet d’identifier les situations de cumul — le vrai risque pratique en France aujourd’hui :

Source Concentration typique Commentaire
Eau du robinet (France) 0,05–0,3 mg/L en moyenne Non fluorée artificiellement. Quelques exceptions locales (zones géothermales).
Sel de table fluoré (en vente libre) 250 mg F/kg Stratégie nationale française depuis les années 1990 ; contribue significativement chez l’adulte consommant du sel iodé-fluoré
Thé noir infusé 1–4 mg/L Contenu naturellement élevé (accumulation dans les feuilles de Camellia sinensis) ; pertinent pour les grands consommateurs
Eaux minérales fluorées Vichy : 5–8 mg/L / Évian : 0,1 mg/L Teneurs très variables ; une eau dépassant 1,5 mg/L doit être signalée sur l’étiquette et est déconseillée chez le nourrisson
Dentifrice 1000–1450 ppm 1–1,45 mg/mL Source topique principale ; ingestion résiduelle chez l’enfant non cracheur = source systémique non négligeable
Comprimés (Zymafluor® 0,25 mg) 0,25 ou 0,5 mg par comprimé Bilan fluoré obligatoire avant prescription — ne pas cumuler avec sel fluoré et eau fluorée
Poissons de mer (sardine, maquereau) 0,2–1 mg/100g Contribution alimentaire modérée mais réelle pour les grands consommateurs

🔑 À retenir : la règle du cumul

En France, un enfant de 3 ans qui utilise un dentifrice 1 000 ppm (avec une partie ingérée), boit de l’eau minérale modérément fluorée et est supplémenté en comprimés fluorés peut facilement dépasser la dose journalière sans risque de 0,05–0,07 mg/kg/j. C’est cette situation de cumul non contrôlé — et non le dentifrice seul — qui est la cible des recommandations actuelles. Le bilan fluoré individualisé par le chirurgien-dentiste ou le pédiatre prend ici tout son sens.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Avant de délivrer des comprimés de Zymafluor® à la demande des parents : vérifiez la teneur en fluorure de l’eau de boisson locale (disponible sur le site de la commune ou via l’ARS), demandez si le sel de cuisine est fluoré, et quelle est la concentration du dentifrice utilisé. La prescription de comprimés est aujourd’hui réservée aux situations où le brossage est impossible selon la HAS — et doit passer par un bilan fluoré par un professionnel de santé.

6. Fluor prévention caries : recommandations actualisées 2025 (HAS, EFSA, UFSBD)

La position des autorités françaises et européennes en 2025 peut se résumer ainsi : la voie topique (dentifrice) est centrale, la voie systémique (comprimés, eau fluorée) est marginalisée ou réservée à des situations spécifiques.

Âge Concentration recommandée Quantité Fréquence Source
0–6 mois (avant l’éruption) Compresse humide Après chaque prise alimentaire HAS 2025
6–36 mois 1 000 ppm Trace (grain de riz) 2×/j (au moins 1 soir) HAS / UFSBD 2023
3–6 ans 1 000 ppm Petit pois (0,25 g) 2×/j ; supervisé par adulte HAS / UFSBD 2023
À partir de 6 ans 1 450 ppm 1 cm (1/3 de la brosse) 2×/j ; supervisé jusqu’à 8 ans HAS / EAPD 2022
Adulte standard 1 450 ppm Standard 2×/j EFSA 2025
Adulte à haut risque carieux (xérostomie, chimiothérapie, radiothérapie cervico-faciale) ≥ 5 000 ppm (sur prescription) Gouttière ou brossage spécifique Selon protocole médical HAS 2025

🚫 Ce qui a été abandonné (supplémentation systémique préventive)

La supplémentation en comprimés/gouttes fluorés pendant la grossesse a été abandonnée : le fluor systémique chez la femme enceinte n’a pas montré d’effet significatif sur l’indice carieux du futur enfant (HAS, 2010 ; UFSBD, 2023). De même, la prescription systématique de comprimés fluorés chez le jeune enfant est désormais réservée aux situations où le dentifrice fluoré ne peut être utilisé, et doit être précédée d’un bilan fluoré individualisé évaluant toutes les sources d’exposition.

À noter : le programme « Génération sans caries », lancé en France dans le cadre de la convention dentaire 2023–2028, élargit l’examen bucco-dentaire annuel gratuit à tous les 3–24 ans à partir du 1er avril 2025 (« M’T dents tous les ans ! »). Ce contexte renforce l’importance du conseil fluoré individualisé délivré lors de ces consultations — et par extension, au comptoir de la pharmacie.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

La recommandation phare à retenir pour 2025 : les dentifrices « bébé » à 250 ppm sont insuffisants. La HAS recommande 1 000 ppm dès la première dent, en quantité infime (grain de riz). Si un parent hésite encore à cause de la fluorose, rappellez-lui que l’efficacité des dentifrices à moins de 1 000 ppm n’est pas suffisamment démontrée, et que la carie de la petite enfance est une pathologie douloureuse, coûteuse, et parfois lourde en termes de prise en charge.

7. Fluor et dentifrices : ce qu’il faut conseiller au comptoir

Face à la diversification des gammes (dentifrices sans fluor, à l’hydroxyapatite, naturels, « bio »), le pharmacien doit être capable d’orienter avec des arguments précis :

Le cas des dentifrices sans fluor

Leur popularité croissante s’explique par les inquiétudes sur la neurotoxicité du fluorure. L’UFSBD les pointe comme une « perte de chance » quand le risque carieux est réel. Ils ne sont pas a priori dangereux — mais ils privent le patient du principal bénéfice du brossage en termes de prévention carieuse. À réserver aux situations où le risque carieux est très faible et le patient bien informé.

Le cas des dentifrices à l’hydroxyapatite

Présentés comme une alternative « naturelle » au fluor (l’hydroxyapatite étant la substance naturelle de l’émail), leur efficacité anticariogène est documentée dans un nombre croissant d’études — mais les méta-analyses de comparaison directe avec le fluorure restent peu nombreuses et de qualité variable (Epple M et al., Journal of Clinical Medicine, 2019). Ils représentent une option acceptable pour les adultes à faible risque carieux et pour les personnes souhaitant réduire leur exposition systémique, mais ne constituent pas une alternative validée au dentifrice fluoré chez l’enfant en 2025.

⚠️ Enfants : ne pas ranger les dentifrices fluorés à portée

L’ingestion accidentelle de dentifrice est la principale cause de dépassement des seuils fluorés chez l’enfant en France. L’EFSA (2025) recommande de surveiller particulièrement les enfants de 4 à 8 ans et de ranger systématiquement les tubes hors de portée. Un enfant qui avale 1/4 de tube de dentifrice 1 450 ppm peut ingérer 2–3 mg de fluorure en une seule prise — proche de la dose provoquant des symptômes gastro-intestinaux (nausées, douleurs) si le poids est faible.

Tableau récapitulatif — Fluor et prévention des caries en 2025

Question Réponse actualisée 2025 Niveau de preuve
Le fluor prévient-il les caries ? ✅ Oui, solidement établi — dentifrice fluoré : réduction de 24–35 % des caries (Cochrane 2019, 65 000 enfants) ⭐⭐⭐⭐⭐
La fluorose dentaire est-elle un risque réel en France ? Oui, mais surtout légère — 15 % des enfants touchés, 90 % sous forme mineure. Évitable en respectant quantités et concentrations adaptées à l’âge ⭐⭐⭐⭐
La fluorose osseuse est-elle un risque en France ? Non, en pratique — concerne des expositions à l’eau > 3–10 mg/L non rencontrées en France métropolitaine ⭐⭐⭐⭐⭐
Le fluor réduit-il le QI des enfants ? Signal statistique existant à haute exposition (eau > 1,5 mg/L). Non pertinent au niveau européen moyen selon l’EFSA 2025. Dossier à suivre (ANSES/ECHA en cours) ⭐⭐⭐ (à ce niveau d’exposition)
Les comprimés fluorés sont-ils encore indiqués ? Indications très réduites — uniquement si brossage impossible, après bilan fluoré. Plus de prescription systémique chez le nourrisson ou la femme enceinte ⭐⭐⭐⭐
Le dentifrice sans fluor est-il acceptable ? Possible chez adulte à risque carieux faible. Déconseillé chez l’enfant et les personnes à risque. L’UFSBD le qualifie de « perte de chance » ⭐⭐⭐⭐
À partir de quelle concentration de dentifrice est-il efficace ? 1 000 ppm minimum — les dentifrices < 1 000 ppm ne sont pas suffisamment efficaces selon Cochrane 2019 et HAS 2025 ⭐⭐⭐⭐⭐

🔑 En résumé — Fluor prévention caries en 2025

Le fluorure reste en 2025 l’agent anticariogène le mieux documenté au monde. Son mécanisme de substitution hydroxyapatite → fluoroapatite et son effet bactériostatique sur S. mutans sont solidement établis. La voie topique via le dentifrice est la modalité de choix — avec des concentrations minimales de 1 000 ppm dès le premier brossage et 1 450 ppm à partir de 6 ans.

Le débat sur la neurotoxicité développementale est réel et ne doit pas être balayé : la méta-analyse NTP (JAMA Pediatrics, 2025) et la saisine ANSES→ECHA (décembre 2025) témoignent d’un dossier en évolution. Mais l’EFSA (juillet 2025), après analyse de 20 000 publications, confirme que l’exposition moyenne des Européens via le dentifrice reste sous les seuils de risque — à condition de respecter les quantités et d’éviter le cumul de sources chez les enfants de 4 à 8 ans.

La supplémentation systémique par comprimés est marginalisée. Les dentifrices sans fluor représentent une perte de chance chez l’enfant et les personnes à risque carieux. Le bilan fluoré individualisé — demandez l’eau locale, le sel, les comprimés — est le geste clé au comptoir pour 2025.

Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un avis médical individualisé ni une recommandation thérapeutique. Consultez votre pharmacien, chirurgien-dentiste ou médecin pour toute question concernant votre situation personnelle ou celle de votre enfant.

Sources principales : Walsh T et al., Cochrane Database Syst Rev, 2019 ; Iheozor-Ejiofor Z et al., Cochrane, 2015/2024 ; Grandjean P et al. (NTP), JAMA Pediatrics, 2025 ; EFSA, avis scientifique 9478, juillet 2025 (efsa.europa.eu) ; ANSES, demande de classification ECHA, décembre 2025 ; HAS, stratégies de prévention de la carie dentaire, 2025 (has-sante.fr) ; UFSBD, recommandations fluorure 2023.

Article rédigé par Anne-Sophie Delepoulle (Dr en Pharmacie). Dernière mise à jour : mai 2026.