Le Sida (ou syndrome d’immunodéficience acquise) est une maladie virale transmise par le contact avec le sang et/ou les liquides biologiques d’un sujet infecté. Le sida est le dernier stade de l’infection au VIH, lorsque l’immunodépression est sévère. Au stade ultime de la maladie, le patient sidéen décède par suite des maladies opportunistes.
Aujourd’hui, le SIDA est une maladie mieux maitrisée grâce aux nouveaux protocoles de traitements, mais il n’en reste pas moins une maladie compliquée; le patient VIH+ est plus fragile aux infections (en raison de son immunodépression), et les traitements ont de lourds effets indésirables qu’il ne faut pas aggraver par des conduites à risque. Focus sur les recommandations et précautions à suivre.
Le virus du SIDA est un virus à ARN (lentivirus). Il existe deux types de virus, le VIH1 et le VIH2, et de nombreux sous-types. Le sous-type B du
VIH prédomine en France alors que sur le contient Africain, les sous-types non B sont largement majoritaires (A, C ou D par exemple).
L’infection se manifeste par un syndrome pseudo grippal au moment du premier contact avec le virus. Arrivée à l’état chronique (à partir de 30 jours après la contamination, apparition des anticorps anti-VIH, détectables dans le sang), l’évolution se fait sur plusieurs années où elle peut rester silencieuse.
Le stade du SIDA est marqué par l’effondrement des défenses immunitaires (chute des lymphocytes T4), et le développement des maladies infectieuses opportunistes (pneumocystose, Zona, Toxoplasmose, etc…) ou de cancers.
Physiopathologie
Le VIH possède une transcriptase inverse, une enzyme capable de transformer l’ARN viral en ADN double brin (provirus de forme virale très stable) qui s’intègre dans le chromosome de la cellule-cible (essentiellement le lymphocyte T CD4) grâce à une intégrase, et qui induit une infection définitive. L’activation de cette cellule déclenche alors les étapes de la
réplication virale, avec synthèse et assemblage de protéines virales grâce à une enzyme, la protéase.
Le virus du SIDA se transmet par contact avec le sang ou les liquides biologiques d’une personne infectée (sperme ou sécrétions vaginales). Le mode de transmission est le même que celui du virus de l’hépatite B mais le virus de l’hépatite B est 50 à 100 fois plus infectieux et peut survivre au moins 7 jours à l’extérieur de l’organisme.
Les voies de transmission sont les suivantes: périnatale (de la mère à l’enfant pendant l’accouchement); injections à risque (drogues, tatouages, piercing); transfusions sanguines (dans les pays en développement) rapports sexuels non protégés. personnels de santé par contact avec le sang et/ou les liquides biologiques des patients infectés.
En France, 40 000 à 50 000 des 152 000 personnes séropositives ne connaissent pas leur statut!
Suite à une prise de risque (rapport non protégé, rupture de préservatif , partage de seringue, etc…). Pratiquer une sérologie moins de 48 heures auparavant et 15 jours après.
Cette analyse se réalise sur une prise de sang au laboratoire d’analyse
Pour faire le point sur sa situation sérologique. En France, seulement 10 % des patients sont détectés au stade de primo-infection. Pour une forte proportion de sujets, le diagnostic est posé à un stade avancé : symptomatique (13 % des cas) ou de sida déclaré (17 %) avec pneumocystose, tuberculose, toxoplasmose.
Attention, on peut être porteur du VIH sans avoir le moindre symptôme.
Qui contacter pour se faire tester?
Votre médecin traitant pour la prescription du test réalisé dans un laboratoire d’analyses (remboursé à 100%)
Un centre d’information et de dépistage anonyme et gratuit (Cdag). Pour rechercher un centre de dépistage: www.sida-info-service.org
Un service hospitalier spécialisé ou d’urgence, le plus rapidement possible, en cas de prise de risque moins de 48 heures auparavant.
Examen de dépistage et de confirmation
Test sérologique
Le test Elisa VIH sert au dépistage (détection des anticorps sériques anti-VIH sur une prise de sang).
le Western-Blot est un second test qui sert à la confirmation du test Elisa (reconnaissance du virus en cause, VIH1 ou VIH2).
Autres examens de laboratoire en cas de dépistage positif
La charge virale et le comptage des lymphocytes CD4 sont les deux éléments clés permettant de surveiller l’évolution de l’infection et l’efficacité des traitements.
Charge virale
La détermination de la charge virale consiste à mesurer l’ARN VIH présent dans un échantillon de plasma ou de sérum. L’examen doit se faire en dehors de toute infection aiguë et au moins un mois après une vaccination.
Les résultats sont exprimés en nombre de particules d’ARN (appelées copies) par millilitre d’échantillon ou en logarithme de base 10 (log10) de ce nombre.
Taux de lymphocytes CD4
Le nombre de lymphocytes CD4 dans le sang reflète le niveau d’atteinte (déficit) du système immunitaire. La quantité normale des CD4 est de 500 à 1 500 par mm3. Principales cibles du VIH, ils diminuent progressivement sans traitement.
Attention, on peut être porteur du VIH sans avoir le moindre symptôme.
La meilleure prévention est le port de préservatiflors de tout rapport sexuel
Des articles ont été publiés sur l’intérêt de la circoncision. La circoncision améliore la protection mais elle doit être associée au port du préservatif. Elle permettrait de diminuer de 55 à 60% le risque de contamination des hommes.
Aucun type de rapport sexuel ne protège des MST (on peut attraper ou donner ces infections par des rapports buccogénitaux )
En cas de conduite à risque, il est possible de prendre un traitement d’urgence permettant d’éviter la contamination. Se rendre aux urgences du centre hospitalier le plus proche de chez vous afin de bénéficier de ce traitement prophylactique! Il semble que parmi les antirétroviraux, le cabotegravir soit le plus efficace comme traitement prophylactique*
*https://info-vih.com/tag/cabotegravir/
Réajuster l’apport énergétique un peu supérieur à la normale des apports
journaliers recommandés (AJR) pour compenser l’hyper catabolisme de base. L’alimentation a une grande importance, et il convient de modifier la qualité des nutriments en diminuant la part des graisses saturées, des sucres rapides .
Réduire votre consommation d’alcool. La consommation d’alcool (plus de 2 verres par jour) accélère la progression de l’infection par le VIH*. Une immunosuppression transitoire induite par l’alcool, et affectant les lymphocytes T suppresseurs, pourrait expliquer une réplication plus rapide du VIH.
*Alcohol use accelerates HIV disease progression: Aids research an human retroviruses, 2010; 26(5): pp 511-18
Comment voyager avec son traitement contre le SIDA?
Avant de partir à l’étranger, faites un examen de santé afin de vérifier que votre état clinique autorise votre voyage et que votre traitement antiviral soit stabilisé.
Munissez vous des coordonnées des équipes médicales et prévoyez une assurance rapatriement adaptée.
Partez avec la totalité de votre traitement nécessaire à la durée de votre séjour et prévoyez les moyens de conservation adaptés pour vos traitements.
Anticipez avec votre médecin les éventuelles interactions impliquant les médicaments nécessaires au voyage (antipaludiques notamment)
Consultez aussi la fiche conseil:
Pendant le voyage, conserver ses intervalles de prises en se basant sur l’heure du lieu de départ.
Si le séjour n’excède pas huit jours, ne pas décaler les heures de prise
Si votre séjour dépasse 8 jours, à l’arrivée, se recaler en 48 heures maximum sur l’heure locale en avançant chaque prise de 2 ou 3 heures. Préférer le raccourcissement des intervalles plutôt que leur allongement.
Température et humidité
Se renseigner avant le départ auprès des compagnies aériennes pour
maintenir vos traitements entre +2 et +8°C dans un compartiment réfrigéré. S’assurer de la conservation optimale de vos traitements sur les lieux d’hébergement locaux.
Formalités administratives
Connaitre les formalités pour vos déplacements hors de l’espace Schengen.
Vaccins
Les vaccins vivants atténués sont en principe contre-indiqués.
En cas de voyages, les vaccins contre les hépatites A et B sont très fortement recommandés.
En zone d’endémie, les vaccins contre le méningocoque et la fièvre typhoïde sont envisageables
Les nombreux effets indésirables des antirétroviraux poussent souvent les patients vers l’automédication. Mais attention, des interactions peuvent influencer dramatiquement l’effet du traitement anti-VIH.
Troubles du sommeil
Les médicaments indiqués en cas d’angoisse ou de troubles du sommeil sont parfois incompatibles avec le traitement du SIDA
Troubles de l’humeur
En cas de déprime, le recours au millepertuis= traitement naturel n’est pas anodin. Cette plante diminue considérablement les taux sériques des IP en raison d’une puissante activité inductrice enzymatique, rendant le traitement inefficace. Association contre indiquée
Troubles de l’érection
La dysfonction érectile est un effet iatrogène fréquent des anti-VIH. 50% des patient traités par les IP se plaignent de troubles érectiles.
L’association des inhibiteurs des 5-phosphodiestérases avec les antirétroviraux est déconseillée pour le Viagra® ou le Cialis® (initier le traitement à la dose minimale) ou contre-indiquée (Levitra®) qui a une puissance d’interaction bien supérieure aux autres molécules (risque
d’hypotension sévère).
Les médicaments traitant les brulures œsophagiennes ne doivent pas être pris par automédication en cas de traitement anti-VIH en raison des nombreuses interactions médicamenteuses possibles (risque de diminution ou d’augmentation des taux plasmatiques des anti-VIH).
Les topiques digestifs et le sucralfate doivent par mesure de précaution être pris à distance de tout autre médicament (au moins 2 heures avant ou après).
Anti-H2: l’association avec l’atazanavir (Reyataz®) doit être prise en compte en raison du risque de diminution des taux plasmatiques de l’antirétroviral.
Les inhibiteurs de la pompe à proton (IPP) induisent une diminution très importante des taux sériques d’atazanavir (Reyataz®), avec risque d’échec thérapeutique. Inversement les IPP augmentent les taux sériques de raltégravir (Isentress®). Leur association est déconseillée.
De plus des symptômes de brulures œsophagiennes ne sont pas toujours synonymes de RGO, mais peuvent parfois signer une candidose nécessitant une consultation médicale.
Le poids, le tour de taille, de hanche et de poitrine doivent être mesurés avant l’introduction de toute thérapeutique anti-VIH, puis à intervalles réguliers.
L’effet de certains anti-VIH sur les mitochondries, notamment les INTI (stavudine, zidovudine…) ou les IP, peut affecter les adipocytes et être à l’origine d’une redistribution des graisses encore appelée lipodystrophie. Ce risque est majoré par l’âge plus avancé, une longue durée de traitement et des anomalies métaboliques associées.
les lipoatrophies: fonte graisseuse principalement au niveau du vidage (joues, tempes), des fesses, des membres.
les lipohypertrophies: accumulation de tissus graisseux dans les zones localisées (tronc, abdomen, seins, cou nuque: « bosse de bison » ). on peut aussi voir apparaitre des petites boules de graisses ou des lipomes sous la peau à d’autres localisations.
Ces 2 types d’anomalies peuvent coexister chez un même patient et générer une modification morphologique importante, mais leur prévalence a diminué au cours des dernières années du fait de la moindre prescription des molécules les plus délétères sur le tissu adipeux (stavudine, zidovudine)
Traitements des lipodystrophies
Médicaments
Des antidiabétiques oraux (glitazones) ou des statines peuvent améliorer les lipodystrophies (hors AMM). La testostérone et l’hormone de croissance ne sont pas recommandées
Chirurgie
Technique de Coleman: de la graisse est prélevée dans une partie du corps et réinjectée ailleurs. Cette intervention est réalisée sous anesthésie générale avec un arrêt maladie de quelques jours. Elle est prise en charge à 100% au titre d’accident donnant droit à une chirurgie réparatrice. Un suivi rigoureux est nécessaire afin de vérifier que la graisse injectée reste bien positionnée.
Comblement(New-Fill) Par injection d’acide polyactique. Ce produit exerce une action épaississante sur le derme, stimule la synthèse de collagène qui comble progressivement les zones traitées. Il est surtout utilisé pour traiter les lipoatrophies faciales. Un résultat satisfaisant est obtenu après 3 à 5 séances espacées d’environ 1 mois. Son effet persiste 1 à 3 ans. Elle est prise en charge à 100% chez les patients infectés par le VIH.
Le risque de transmission du VIH après exposition au sang d’un patient porteur du virus est estimé à 0,32%.
Le traitement d’urgence se fait par antirétroviraux pour diminuer la multiplication du virus et ralentir la progression de l’infection. Il est délivré dans les 24 heures (au maximum 48 heures) et doit être pris pendant 4 semaines après une prise de risque (rapport non protégé, piqure avec du sang ou du liquide biologique…) L’efficacité peut être diminuée si les consignes de prise sont mal suivies (respect de la durée, des doses, des horaires des prises)
Plus le traitement est pris rapidement, plus il est efficace.
Effets secondaires
Diarrhées, vomissements, nausées, fatigue, vertiges, le plus souvent (la plupart disparaissent après quelques jours)
Vérification de l’efficacité du traitement
Un test de dépistage est pratiqué 3 mois après la fin du traitement pour savoir si la personne a été ou non contaminée
Les solutions naturelles ne peuvent en aucun cas remplacer les traitements conventionnels mais ils peuvent accompagner le patient sidéen sur prescription médicale
Eviter toute substance même naturelle, pouvant interférer avec le traitement
Tout médicament à base de millepertuis (même en homéopathie: Hypericum à des dilutions inférieures à 4 CH), puissant inducteur enzymatique qui réduira l’efficacité de votre traitement antirétroviral
Tous les produits du pamplemousse (extrait de pépins, jus,confiture, fruit….) il y a un risque d’ interactions médicamenteuses car le pamplemousse contient de la bergamottine et de la 6,7-dihydrobergamottine, inhibitrices du CYP3A4 qui ralentissent le métabolisme de certains médicaments. Les conséquences sont une majoration des effets indésirables des médicaments métabolisés par cet enzyme, équivalent à un surdosage
La propolis a démontré à pouvoir supprimer la réponse de l’HIV-1
Elle a modifié in vitro les réponses immunitaires, et selon les expériences des auteurs des tests, « Peut constituer un produit naturel non toxique dans l’arsenal contre HIV-1 avec son pouvoir immunorégulateur » (Harish, et al, 1997).
En France, on estime à quelque 1500 chaque année, le nombre d’accouchements de femmes séropositives. La majorité de ces femmes ont été contaminées lors de rapports sexuels et 60% d’entre elle sont d’origine subsaharienne. 1/3 de ces femmes découvrent leur séropositivité à l’occasion de leur grossesse.
La grossesse ne modifie pas l’évolution de l’infection par le VIH
L’infection par le VIH ne constitue pas une contre indication à une grossesse même si celle-ci peut être rendue plus difficile. Elle reste déconseillée si la patiente souffre d’affections opportunistes.
Sous traitement bien conduit, Le risque de transmission au bébé est ainsi réduit de 90%.
Divers antirétroviraux peuvent être utilisés sans inconvénient majeur chez une femme enceinte sauf l’Efavirens (Sustiva®) pendant le premier trimestre et l’association didanosine (Videx®) + stavudine (Zérit®)
Le traitement antiviral prophylactique doit amener la future maman à avoir une charge virale indétectable lors de l’accouchement. La zidovudine présente un passage transplacentaire et est indiquée après 14 semaines d’aménorrhée dans la prévention de la transmission maternofœtale du VIH et dans la prophylaxie primaire de l’infection par le VIH chez le nouveau-né.
L’accouchement par césarienne n’est plus recommandé dans toutes les situations
L’allaitement maternel peut représenter une voie de contamination pour les nourrissons. Quand l’allaitement peut être évité, il est préférable d’avoir recours aux laits artificiels.
En cas de conduite à risque, consulter le plus rapidement possible (dans les 24 heures de préférence) pour faire un bilan et recevoir un traitement d’urgence.
Faites régulièrement vos bilans sanguins comme le médecin vous l’a demandé
Signes liés au traitement:
Dans ces cas, une consultation médicale s’impose
Faire régulièrement un bilan cardiovasculaire: les maladies cardiovasculaires constituent la 4ème cause de décès chez les sujets VIH+, en raison de la fréquence élevée des facteurs de risque cardiovasculaire (tabagisme), de l’action propre du VIH et d’une exposition prolongée aux antirétroviraux (IP notamment).
Troubles digestifs (diarrhée persistante plus de 2 jours), des céphalées, des signes d’infection (fièvre, frissons, maux de gorge, ulcérations buccales), des éruptions cutanées, de lipodystrophies.
En cas d’ictère scléral (yeux jaunes) mal supporté, consulter votre infectiologue pour une modification éventuelle de votre traitement.
Fatigue extrême, amaigrissement, accompagnés de douleurs musculaires de survenue brutale doivent faire évoquer une toxicité mitochondriale (surtout due aux INTI) systémique et justifient un rapide changement de la combinaison antirétrovirale prescrite
Signes liés au SIDA:
Fièvre, éruption cutanée importante (phlyctènes, desquamation, ulcérations), signes généraux d’hypersensibilité (malaise, hypotension, vomissements, œdèmes, myalgies, dyspnée), diarrhées
importantes, douleurs lombaires soudaines et intenses, amaigrissement inexpliqué, grande fatigue, signes de neuropathies périphériques (paralysies, paresthésies).